textes personnels

Publié le 22 Décembre 2021

Jaillissement de mots, d'expressions

serpenter ruisseau serpente dans les sentes chemin montagne

serpente soupente  soupir sept 

sonnette assonances association assassin 

sonnette sifflet police uniforme casquette gyrophare

morsure venin mort son antidote double doublon doubler redoubler d'effort

redoubler d'effort sport courir

zig zag

têtu gay joyeux

sonnette porte maison invite

Avec des expressions

La terre est bleue comme une orange

Il y avait une haute fenêtre

Les oiseaux ont le coeur sous la langue

Le temps nous lange l'envie

j'ai l'horizon au bout du doigt

Le ciel brûle

Ce soir il y avait un alpaga sur le trottoir

Quel tintamarre !

La nuit tombe, c'est bien connu.

Avec des cartes Dixit

Voir plus loin que le bout de son nez, voir ce que l'on ne voit pas, derrière l'image.

Incipit :

"Au bout du regard il y a le monde. Et le reste. Tout ce que l'on ne soupçonne pas".

Le monde en pointillé.

Le monde des désespérés. 

Qui soupçonnerait qu'un SDF vit là, sous ce pont ?

Il s'abrite de cette pluie intermittente, lui

Cet intermittent du spectacle.

Il a joué le gnome défiguré dans le spectacle N-D de Paris

et le voilà au pied de cette cathédrale incendiée,  lui

Quasimodo maintenant démaquillé

redressé, bien droit dans son habit mouillé. 

Quasi hors du monde,

celui des Pdg pressés

et des livreurs mal payés.

Lui, qui bute sur chaque pierre,

chaque heure,

chaque miette,   

chaque larme.

Larmes inondant son visage

Miettes au fond de sa poche

Heures qui défilent trop lentement

Pierres en travers de son chemin.

Et le reste

Tout ce que l'on ne soupçonne pas. 

Avec une musique

En apesanteur sur la lune, je flotte.

En apesanteur dans le ventre de ma mère, je nage.

En apesanteur dans la nuit, je rêve ...

Puis je m'arrête.

 

J'observe le monde vu de là-haut, de ce bel astre blanc et lumineux,

Forêt, ville, rivières, humains et animaux.

 

J'écoute la vie autour de moi, 

Musique, cri, voix, roulements et gratouillis.

 

Je goûte la saveur des choses,

Sucrées, salées ou amères, douces ou rugueuse

lisses ou granuleuses.

 

Je sens les exhalaisons de la terre,

De la mer, de ma mère, 

piquantes, capiteuses, âcres ou fétides. 

 

Je palpe les rondeurs,

Le sec et le mouillé, le souple et le tendu.

 

... puis je tombe.

 

Je tombe raide dingue de toi

Je tombe en pâmoison

Je tombe dans les pommes 

Je tombe dans le panneau

Je tombe pour meurtre

Je tombe dans une tombe

Je tombe dans l'oubli

Je tombe en panne d'inspiration

Je tombe, je tombe, je tombe 

Je ...

Martine 

 

Il était une fois un homme magique il pouvait prendre tous les souvenirs du monde et avait les clés pour résoudre les problèmes de cœur, de conflit, de mort mais la dernière clé était spéciale. Elle permettait d'enfermer des souvenirs. Si jamais on l'utilisait l'homme magique et les souvenirs seraient perdus à jamais.

et

Le chat roux n’avait que cette idée en tête, capturer les souvenirs et sauver son compagnon poisson mais dans la nuit étoilée ce chat ne paraît pas très futé. L'homme magique a enfermé les clés pour se protéger.

 

Adélaïde

 

Un petit garçon marche dans le noir avec une bougie dans les mains pour réparer l'ampoule cassée avec son pyjama en forme d'étoile. Le garçon se coupe avec un bout de l'ampoule cassée et il ne ressent aucune émotion à cause d'une maladie.

 Bradlaey 


Ce vieil arbre à l'entrée de l'allée de ma maison a dû en voir passer des histoires au fil des années. Des orages, des tempêtes, des accidents ou au contraire des belles preuves d'amour, des initiales d'amoureux gravées dans son écorce, des premier rendez-vous souvent accompagnés de bouquet de fleurs et parfois même de premiers baisers. Mais aujourd'hui c'est différent. Je crois qu'il se prépare pour un rendez-vous galant avec la toute jeune pousse que nous venons de planter juste en face de lui. Elle est si élégante, si timide mais robuste en même temps et qu'est-ce qu'elle sent bon. Pas étonnant pour un rosier. Et si jamais ils ne s'entendent pas, il pourra toujours se défendre avec ses épines et mon vieil arbre avec ses énormes racines.

 Émilie

 

En apesanteur dans la nuit je rêve, écrin doré oùrepose de fantasques figures, oiseau géant bleu et ocre, chevaux, crinière au vent, crin noir ou gris. Et moi qui essaie de les saisir, folle que je suis. Je rêve .

En apesanteur  sur mon trapèze, un livre à la main, je survole mon lit, balançant de droite et de gauche au-dessus de ma couche écarlate.

 Rêve ou réalité ? En quelques coups d'aile je surplombe la maison, salle de bain d'une blancheur de nacre ou cuisine carrelée de bleu. Qui habite ici ? Cou tendu vers le vide, imagination et désarroi en ce lieu vide et nu, je réfléchis à l'avenir. La tête en feu, yeux exorbités, ou est-ce ma chevelure, j'ai explosé en plein ciel bouche ouverte sur le bleu nuit, sur le ciel.

Un pas en avant, je flotte dans l'irréel, un pas en avant je tombe dans l'espace intersidéral, je tombe amoureuse je tombe sur les pommes je tombe, je tombe, je tombe ...

Et avec moi tombent des dizaines, des centaines, des milliers, ils tombent, se couchent et meurent, tombes sans sépulture, cénotaphes monstrueux, poussière et fumée, morts inscrits dans les registres du temps, simples numéros tatoués au creux du bras qui se substituent dans nos cœurs, nos mémoires et ces vieilles photos sépias, racornies.

Flammes rouges démoniaques, incendies déments, autodafé de silhouettes humaines, humaines, profondément seules devant le spectacle infini de cette absurde.

Martine

 

 

En apesanteur dans la nuit je rêve. Assis sur le rebord de ma baignoire, je me remémore. Je me souviens de la grande maison de mon enfance, où j'ai vécu pendant une vingtaine d'années. En pleine nuit, impossible de dormir, son visage me  hantant.  Ses cheveux blonds aux reflets dorés, son petit sourire et son air triste. C'était la dernière fois que je le voyais. Dans sa chambre face à la mienne, son corps inanimé sur le lit me criait silencieusement d'aller l'aider. Le corps froid, glacé ;  les manches de son pull relevé me montrant ses bras ensanglantés. Il était trop tard. Je n'ai pas réussi. Pas réussi à l'aider, pas réussi à le sauver. Il m'a appelé au secours et je n'ai pas pu entendre ses prières. Je l'ai perdu et je ne le retrouverai plus jamais. Mais c'est à cause de tout ça. À cause d'eux qu'il est devenu comme ça. S'il n'avait pas été témoin de ce qu'il a vu, personne ne s'en serait pris à lui. Je savais qu'à cause de cette histoire, toute sa vie serait bouleversée. Mais maintenant il est trop tard, il n'est plus là. Maintenant ils vont pouvoir vivre en toute tranquillité sans avoir peur que leurs secrets soient révélés. Mais j'espère que cette mort ne sera pas inutile et qu'ils vivront avec et que ça les rongera de l'intérieur toute leur vie.

EC

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 22 Décembre 2021

Si Paul Eluard dit 

Les explosions du temps

Fruits toujours mûrs pour la mémoire

La grenade est une arme 

Toujours prête pour la victoire

Et toi, Dany (Laferrière)

Cette grenade dans la main dans la main du jeune nègre est-ce un fruit ou une arme

Granada es tu ciudad, Lorca

encuentra la muerte y su guadaña

Grenade est une île

où vivaient les indiens caraïbes

tranquilles

La grenade est un mot à double tranchant

saignant de tout temps

des larmes de sang

Non des gouttes sucrées

Martine Silberstein

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 29 Novembre 2021

L'hiver approche à grands pas. 

Soyeux, un joli lièvre à la douce fourrure grise et blanche adore l'automne. C'est son premier. Tout était nouveau pour lui.

La couche de feuilles rouges, jaunes, et oranges tombées au sol. Il aimait monter tout en haut de la colline et débarouler en se roulant dans cet épais tapis, chaud et humide à la fois. 

Ses longues oreilles pointues et triangulaires étaient à l'affût du moindre bruit, son corps, ses pattes, guettaient la moindre vibration transmise par la sol. Une voiture, un tracteur, des roues, un moteur, le son, la vitesse, l'odeur étaient différentes. 

Se cacher, vite. Loin du champ de carottes qu'il allait chiper dans le champ voisin. 

Et les champignons, ne sont-ils pas attirants ? Ce marron, au fumet délicieux ;  

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 10 Octobre 2021

Les palettes Maryses sont connues et le nom est resté, ne dit-on pas une "Maryse", comme l'on dit un  "frigidaire" ? C'est ce que l'on appelle un antonomase.

Mais quand on arrive dans ce viel atelier parisien, chez Lambert, au toit en dent de scie, là où la verrière éclaire notre poste de travail, l'histoire est moins belle qu'il n'y paraît. 

Le travail se fait à la main et à la chaîne dans les années 80. Seuls les plus rapides sont embauchés.

Brise-jet en métal ou en caoutchouc et plastique.

Palettes en bois et  caoutchouc ou caoutchouc et plastique.

******

Les brise-jets en métal. Un embout à visser sur un petit tuyau souple en spirale. Le métal, froid, le tuyau,  rugueux. Et les multiples et minuscules échardes qui se plantent sous les pulpe des doigts, et s'infectaient parfois. Le soir, à la pince à épiler, l'épingle à nourrice, je les ôtais.

****** 

Les palettes, fameuse, bien sûr. Les petites, celles de la ménagère, passent encore. Plastique et caoutchouc, ça glisse ! Je ne dis pas qu'à la fin de la journée le geste répété des centaines de fois ne laissait pas de trace dans les bras, la nuque, les épaules.

Mais que dire des palettes vendues aux cantines et aux restaurants gastronomiques ? Le manche en bois clair, rêche, s'accordait mal à la large palette de  caoutchouc, rugueux. Et la taille de l'un et de l'autre obligeait d'avoir une position telle que les muscles étaient mis à rude épreuve.

******

Quand il s'agissait d'entamer une série de brise-jets en caoutchouc et plastique, l'odeur du trichloréthylène envahissait l'atelier. Sur la table, de petits tuyaux de caoutchouc blanc ivoire, longs d'une dizaine de centimètres de long, à gauche et à droite, un petit embout de plastique. Jste devant nous, une petite coupelle de ce liquide inflammable et volatile au doux nom de Trichlo. 

L'embout en plastique, sous l'effet du solvant, fond.

Le but du travail est de le tremper dans la coupelle et, immédiatement après, de le glisser dans le petit tuyau de caoutchouc. Après quoi, on jette le tout dans le carton situé à droite. Pop !

Sur le bidon, écrit en gros, en rouge et noir, encadré dans de grands triangles : Attention produit inflammable et volatile, danger ...

A n'utiliser que : Dans un local aéré. Le notre es clos.   

A n'utiliser que : Avec un ventilateur. Il n'y en n'a pas.

A n'utiliser que : avec un masque. Notre employeur n'en fournit pas.

Les premier symptômes ne tardent pas : migraines, diahrrées.

Sachant que je n'étais là que pour un mois, je ne me suis pas gênée pour en parler au médecin du travail. Je ne risquais rien, ce qui n'était pas le cas de mes collègues. 

Des années après je découvre que ce produit provoque de multiple cancers; dont celui du rein. 

Je pense encore parfois à elles. 

******

Non, cette entreprise Lambert n'était pas un paradis pour ses salariés ! 

 

 

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 3 Octobre 2021

Dans mon rêve la marionnette danse sur un rythme rapide et léger.

Mais quand le rythme vire au cauchemar, mon enfance revient, me saute à la gorge, au visage et, la voix cassée, je crie quand cette femme avance, et que sa voix de violon monte dans les aïgus. Alors, la marionnet danse comme un caillou, lourd.     

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 3 Octobre 2021

La mer est un noir mystère 

Elle s'agit, monte, descend, s'arrête quand elle est calme.

Sur la plage, on peut y danser et faire la fête autour d'un feu de bois.

Elle inspire l'amour, le romantisme mais aussi les religions.

C'est là qu'est née la vie. Mais on y meurt beaucoup aussi.

Elle est bruyante. Même quand elle est apaisée, le ressac de ses vagues est sonore. Sans parler des tempêtes. où elle rugit, où elle blanchit d'écume les rochers

Elle est rouge en Egypte, bleue à Palavas, noire en Bulgarie, émeraude à Saint-Malo ou en Belgique, opale à Wissant. 

La mer est un noir mystère

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 29 Septembre 2021

C’est à petits pas que l’on construit, du moins c’est ce qu’on espère.

Un toit en terre, c’est ce que l’on doit faire que l’on soi père ou mère.

A notre ère, finit le béton mais faut pas être un pauvre hère qui gère comme hier et qui se serre, nu comme un verre dans deux ou trois pull-over verts.

Sinon, c’est pas la terre ni le béton mais c’est pour la tôle et les cartons que l’on est bon. Je sais, c’est con. Lui, l’a pas reçu de don ni de fond. Alors sous le pont et sur un cartonc’est au fond ceux qu’ont pas un rond vont.

A vot’bon cœur M’sieur dame !

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 24 Avril 2021

Quelques lignes... de coke ou d'écriture

 

Entre les deux, que choisir ? Moi j'ai choisi, ce sera l'écriture.

 

Prise de notes ou prise de tête, le matin ou le soir j'aime écrire.

 

Chez moi, en atelier, sur une table ou dans mon lit, j'aime écrire.

 

Au stylo, au crayon de bois, à la plume ou sur mon clavier, jamais écrire

 

Mais écrire quoi ? Des sentiments ? Mes douleurs au ventre ? Les cheveux qui poussent ?

 

Des histoires vraies ou inventé par mon cerveau en ébullition, un grain de magie. Des histoires qui n'existent nulle part, même dans mon portable ou à la télé.

 

Dans tous les cas, un minimum de concentration est nécessaire quand il s'agit de quitter le brouillon pour passer à l'écriture du texte

 

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 28 Janvier 2021

Te suivre, Rhône, à pied ou à vélo, vent sur le visage

Jamais je ne cesserai de me promener le long de tes berges

Fatiguée, je puise à ta fluidité la vitalité nécessaire dont mon corps a besoin

Ton courant entraînant toujours plus avant me donne l’énergie d’avancer

Suivre tes eaux, roulent sans s’arrêter, est un plaisir renouvelé

Toi, Rhône, sourd, immuable, tu avances, lourd de ton flot puissant et inarrêtable, débordant tes rives, entraînant continuellement rochers, bois, pierres, hommes et maisons

J’aime ta musique, oh ! symphonie fantastique, notes bouillonnantes, monde de fracas vers laquelle j’accours 

Eaux froides, profondes, poissonneuse, vivante et poisseuses

Que de vie

Que de mort

en toi      

Cap sur le Rhône, Concours d'écriture

L'eau du fleuve

Comme du sang qui coule dans les veines de la ville.

L'eau de la vie

La ville de part et d'autre, ses quais, ses rives.

Ses rives chargées de limon qui ensemence les champs où croît le blé.

Le blé, source et ressource, le pain dont l'Homme se nourrit.

L'eau, ce verre d'eau posé sur la table.

Le pain et l'eau, un poisson frit. 

L'eau EST  la VIE.

La vie, ses tourbillons, le fleuve.

Et la lune qui se reflète dans l'eau. Blanche, pâle comme la mort.

La MORT, l'eau.

L'eau où tant d'hommes ont péri. 

La Seine où, en octobre 1961, deux cent Algériens ont péri noyés, précipités dans le fleuve par la police française lors d'une manifestion pour une Algérie Libre. 

Le Chili où, entre les années 1973 à 1990 des centaines de prisonniers politiques ont été jetés dans la mer du haut des avions, enfermés et lestés dans des sacs.

Et ce jeune, en France, en 2019, bousculé par les forces de l'ordre à Nantes, à la fin de la fête de la musique, il faisait noir, tombé à l'eau, noyé dans les eaux du fleuve Loire.

L'eau, la VIE, la MORT aussi.

 

 

Cap sur le Rhône, Concours d'écriture

Archives du monde

Entre les massacres de Sétif (8 mai 1945) et les morts du métro Charonne (8 février 1962), la journée sanglante du 17 octobre 1961 occupe une place d'honneur dans la liste des atrocités commises par l'État français durant la guerre d'Algérie. Ce jour-là, à l'initiative du Front de libération nationale (FLN), 30 000 Algériens descendent manifester dans les rues de Paris pour protester pacifiquement contre le couvre-feu décrété à leur intention par le préfet de police, Maurice Papon. La police, chauffée à blanc par les nombreuses pertes que lui font subir les attentats du FLN sur le territoire français, et couverte par ses autorités de tutelle, se livre à une répression sanglante, dont le nombre de victimes est estimé entre 80 et 200 morts. Les cadavres seront, pour certains, retrouvés flottant dans la Seine. Aucune reconnaissance ni réparations officielles depuis lors.

À côté des historiens (Jean-Luc Einaudi, Jean-Paul Brunet), des photographes, des romanciers (Meurtres pour mémoire de Didier Daeninckx, Gallimard, 1984) et des musiciens (La Gueule du loup, poème de Kateb Yacine mis en chanson par Les Têtes raides en 1998), les cinéastes ont puissamment contribué à la mise en lumière de l'événement puisqu'on recense une vingtaine de films qui lui sont consacrés, dont le plus récent, la fiction de Rachid Bouchareb, Hors la loi (2010).

Deux documentaires inédits n'en sortent pas moins, mercredi 19 octobre, en salles. Le premier est, à tous égards, exceptionnel. Il s'agit d'Octobre à Paris, de Jacques Panijel. Réalisé dans la foulée de la manifestation, ce film intense et bouleversant, aussi incroyable que cela puisse paraître, n'a jamais été exploité en salles, même s'il a fait à plusieurs reprises l'objet de projections illégales.

Victime jusqu'en 1973 de la censure gouvernementale, le film n'est pas davantage distribué par la suite, Jacques Panijel s'opposant à sa sortie tant qu'on lui refusera de lui adjoindre un préambule mettant en cause un "crime d'Etat". Il mourra donc, le 10 septembre 2010, sans avoir la satisfaction d'assister à la sortie du film, désormais précédé d'une préface qui éclaire la responsabilité de ce massacre programmé.

Biologiste et ancien résistant, cet homme de conviction est, en 1959, le cofondateur, aux côtés de l'historien Pierre Vidal-Naquet et du mathématicien Laurent Schwartz, du comité Audin, consacré à Maurice Audin, un mathématicien communiste assassiné deux ans plus tôt à Alger par les parachutistes français. Après la manifestation du 17 octobre 1961, ce comité charge Panijel de réaliser un film pour témoigner de l'événement. Le tournage, doté d'un opérateur de fortune et réalisé clandestinement grâce à l'entremise du FLN, démarre dès la fin du mois d'octobre 1961 et se prolonge jusqu'en mars 1962 Trois registres d'images constituent la matière du film. C'est tout d'abord la nécessaire reconstitution de l'appel à la grève et son organisation par une cellule secrète du FLN en plein cœur du bidonville de Nanterre. Elle est "jouée" - et ressentie comme telle par tout spectateur attentif - par ceux-là mêmes qui ont vécu ces événements quelques jours plus tôt. C'est ensuite la mise en scène de la manifestation et de sa répression à l'aide du principal médium qui l'a enregistrée : la photographie. Mis à disposition par le photographe Elie Kagan, ce matériau est travaillé au banc-titre, au montage et à la bande-son pour lui conférer une dynamique cinématographique. A ces deux strates, qui pallient avec les moyens du cinéma l'absence d'archives cinématographiques, s'ajoute et s'entremêle le tournage, en direct cette fois, avec les nombreux témoins et victimes de la répression. Des hommes, des femmes et des enfants effrayés, humiliés, qui disent, quand ils n'en montrent pas les stigmates sur leur corps, l'aveuglement d'une idéologie et l'abjection d'une politique. Arbitraire de la répression, tabassage meurtrier des manifestants, noyades délibérées dans la Seine, fusillades, suivis du parcage bestial au Palais des sports, des tortures sadiques des supplétifs harkis dans les caves de la Goutte d'or, des descentes provocatrices dans les bidonvilles de la banlieue.

On aura beau jeu, bien sûr, de reprocher à ce film la partialité de son regard. Après tout, on était en guerre et le FLN ne faisait pas non plus dans la dentelle. Mais toute la beauté d'Octobre à Paris vient précisément du fait qu'il n'en veut rien savoir. Que seules l'occupent la trahison de la démocratie, la honte du rôle historique joué alors par la France et l'indignation face à la barbarie civilisée qui s'abat sciemment sur des protestataires désarmés. C'est ce sentiment de révolte morale, ce sursaut de la conscience qui confèrent au film non seulement sa puissance émotionnelle, mais aussi sa manière incroyablement vivante de filmer les gens, leur parole et les lieux chargés de souffrance (chambrettes, caves, cafés, bidonvilles) qui les réunissent. Octobre à Paris, qui, au départ, est en retard sur l'événement, retourne ainsi son handicap en devenant une archive unique et un film pionnier des luttes cinématographiques à venir.

« Ici on noie les Algériens », réalisé en 2011 par Yasmina Adi, jeune femme d'une trentaine d'années, est un honorable démarquage de ce film matriciel (évocation de l'événement selon les mêmes procédés) ou, mieux, un complément qui en actualise douloureusement la portée (les témoins d'aujourd'hui, dont les veuves des victimes, attendent toujours la reconnaissance officielle du préjudice qui leur a été infligé).

D'un documentaire contemporain, il était toutefois légitime d'exiger une approche historique un peu plus fouillée. Les spectateurs qui auraient la curiosité de voir les deux films ne manqueront pas, en tout cas, de relever ce détail, qui n'en est pas un : tous les personnages d'Octobre à Paris parlent français, tous ceux d'Ici on noie les Algériens parlent arabe. À croire que le demi-siècle d'intégration qui les sépare charrie bien des cadavres.

Cap sur le Rhône, Concours d'écriture

DANS LES ARCHIVES DE MATCH Paris Match n°2937, 1 septembre 2005

Juan Guzman, le tombeur de Pinochet

Le juge Juan Guzman, dans son bureau de la faculté de droit de l'université centrale de Santiago du Chili dont il était le doyen, en août 2005.Thierry Esch / Paris Match

Juan Guzman, le juge qui avait inculpé à deux reprises l'ex-dictateur Augusto Pinochet, s’est éteint. Notre magazine l’avait rencontré en 2005... Avec Rétro Match, suivez l’actualité à travers les archives de Paris Match.

Considéré comme le « tombeur » de l'ex-dictateur Augusto Pinochet, l'ancien juge chilien Juan Guzman est mort vendredi à l'âge de 81 ans, a annoncé sa famille. Meneur obstiné des enquêtes sur les crimes de la dictature, Juan Guzman avait poursuivi, à partir de 1998, le général Pinochet pour crimes contre l'humanité sous son régime de 1973 à 1990.

Le juge Guzman avait notamment poursuivi Pinochet pour les assassinats commis par « la Caravane de la mort », une escouade de militaires qui a parcouru le pays en exécutant une centaine d'opposants après le coup d'Etat militaire de septembre 1973. Malheureusement, le dictateur Pinochet ne répondra jamais des plus de 3 000 morts et disparus sous son régime.

 

 

Cap sur le Rhône, Concours d'écriture
Cap sur le Rhône, Concours d'écriture

Le juge Guzman avait inculpé à deux reprises Augusto Pinochet mais, en 2002, la Cour suprême a prononcé un non-lieu en alléguant une « démence modérée » qui empêchait l'ex-dictateur de se défendre devant les tribunaux. Sa mort en décembre 2006 à 91 ans l'a soustrait à l'ensemble des poursuites qui le visaient, en France comme au Chili, entraînant des réactions de frustration à travers le monde.

Cap sur le Rhône, Concours d'écriture

C’est le tombeur de Pinochet. Depuis sept ans, il dresse jour et nuit la liste des crimes du dictateur. À l’heure de la retraite, il raconte sa longue bataille.

« Héros national au Chili, Juan Guzman habite à Santiago avec sa femme, Inès, et leurs deux fox-terriers, Cacique et Floro. Il est aujourd’hui doyen de la faculté de droit de l’université centrale de Santiago, et son épouse se consacre à la défense de l’environnement. » -

Du temps libre, enfin. Juan Guzman a bien mérité le droit de se consacrer à sa femme, Inès, qui est française. Depuis janvier 1998, ce juge inflexible a voué sa vie à instruire les plaintes contre Augusto Pinochet. Malgré les difficultés juridiques qu’il y avait à poursuivre l’ancien dirigeant chilien, il a tenu bon, et mis au jour les exactions de l’ancien régime : 3 200 meurtres, 1 000 disparitions et plus de 40 000 cas de torture ont été ordonnés par le dictateur entre 1973 et 1990. Pendant sept ans, Juan Guzman a vécu entouré de gardes du corps, craignant parfois pour la sécurité d’Inès et de leurs deux filles, Sandra et Julia. Alors, au mois de mai, à 66 ans, assuré d’avoir fait son travail de « magistrat honnête », il s’est retiré de la vie judiciaire. Amoureux de la littérature, il s’est fixé pour but de terminer une saga commencée il y a quarante ans. Mais, auparavant, il publie, le 8 septembre, ses Mémoires, «Au bord du monde» (éd. Les Arènes). Le roman d’un combattant.

Cap sur le Rhône, Concours d'écriture

Paris.Match A la cour d’appel de Santiago du Chili, vous étiez un juge comme les autres quand on vous a confié une plainte contre l’ex-dictateur Augusto Pinochet. Avez-vous senti que votre destin était en train de basculer ?
Juan Guzman. Oui, c’était le 12 janvier 1998. Par les hasards du calendrier, j’étais de permanence au palais de justice. Le président de la cour d’appel m’a convoqué et m’a dit : “Écoutez, Juan. J’ai là une plainte qui concerne le général Pinochet. Vous allez vous en occuper.” Cette première procédure concernait l’enlèvement puis l’assassinat, en 1976, des membres de la direction clandestine du Parti communiste chilien. Un seul homme était nommément désigné : le général Pinochet. Jusqu’alors, j’avais eu une carrière de juge déjà longue, d’abord à Panguipulli, petite ville à 800 kilomètres au sud de Santiago, puis dans d’autres petits tribunaux, jusqu’à mon arrivée à Santiago, en 1974. J’avais instruit tous les types de plaintes qu’on puisse imaginer, y compris des dossiers politiques. Mais jamais d’affaires de droits de l’homme. Tout de suite, j’ai eu le sentiment que ma vie allait être bouleversée. Ce dossier était l’occasion de me prouver que j’étais un vrai juge. C’était le point de départ d’une nouvelle vie.

Cap sur le Rhône, Concours d'écriture

Paris.Match. Comment votre existence a-t-elle changé ?
J.G. D’abord, il y a eu la presse. Dès les heures qui ont suivi, j’ai été assailli par les médiats : des journalistes venus de partout, y compris de l’étranger. Une presse plutôt bienveillante d’ailleurs. Mais il fallait que je sois très prudent, faire attention à ce que je pouvais dire ou non. Puis d’autres plaintes, plus de 200, sont arrivées et le dossier a accaparé toute ma vie. Pendant sept ans, je n’ai plus eu un instant de repos. J’ai dû faire face aux pressions, aux injures des partisans et des journaux de Pinochet. Et puis aux commentaires ironiques de mes collègues. Ils me disaient : “Tu ne vas pas prendre ces accusations au sérieux ? Ne perds pas ton temps avec cette plainte ! Quand vas-tu la classer ? Ne sois pas ridicule. Pinochet est intouchable, etc.” Beaucoup de mes homologues avaient encore la mentalité des années de dictature. Et je dois dire que la plupart de ceux qui m’ont donné ces conseils ont fait carrière et sont arrivés jusqu’à la Cour suprême du Chili. Mais il y avait des morts, des torturés, des disparus… Un magistrat honnête ne pouvait pas classer sans suite les plaintes contre Pinochet.

Cap sur le Rhône, Concours d'écriture

Paris.Match. Qu’avez-vous décidé alors ?
J.G. J’ai demandé quelques jours de réflexion. Je savais déjà que j’allais instruire mais je voulais étudier la façon de procéder. Parce que de gros obstacles se dressaient devant moi. Pour se protéger, les militaires avaient promulgué, en avril 1978, une loi d’amnistie qui les blanchissait pour tous les crimes commis depuis le coup d’État du 11 septembre 1973. Justement pendant les cinq années où la répression avait été le plus féroce. En relisant le dossier, je me suis aperçu que la plupart des victimes avaient été enlevées, qu’elles s’étaient volatilisées et qu’on n’avait plus jamais entendu parler d’elles. Alors, j’ai eu l’idée de contourner la loi d’amnistie et d’instruire à partir de ces enlèvements. Car la séquestration est un délit permanent, qui subsiste même après une amnistie ou un délai de prescription. Juridiquement, le raisonnement était imparable. C’est comme cela, le 20 janvier 1998, que je déclarais recevable la plainte contre Pinochet. Pour la première fois au Chili, l’ex-dictateur allait faire l’objet de poursuites par un magistrat.

Cap sur le Rhône, Concours d'écriture

Paris.Match. Pourtant, rien ne vous prédisposait à ce rôle. Vous êtes issu d’une famille de militaires et de diplomates. En septembre 1973, vous aviez même accueilli le coup d’État de Pinochet en sablant le champagne…
J.G. C’est exact. Avec mes parents, à l’annonce du coup d’État des militaires, nous avons ouvert une bouteille de champagne. Nous avions confiance dans l’armée chilienne. Nous pensions qu’au bout de deux ou trois mois la situation du pays allait se stabiliser et que des élections libres allaient être organisées. Nous étions très naïfs. Aujourd’hui, j’éprouve beaucoup de honte et de regret pour cette réaction primaire. Elle survenait, il est vrai, après trois années de privations, de difficultés, de chaos économique et institutionnel. Mais rien ne justifiait d’attaquer le gouvernement et de bombarder le palais présidentiel.

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Paris.Match. La mort du président Salvador Allende vous avait tout de même meurtri ?
J.G. La mort d’Allende a été un choc. Nous avions notre coupe de champagne à la main quand la radio a annoncé son décès. On ne savait pas de quelle façon. Mon père, ambassadeur, était un ami d’Allende. Il ne partageait pas ses idées politiques, mais il l’admirait, le considérait comme un homme droit et intègre. Ils avaient eu de grandes conversations ensemble dans la maison de Pablo Neruda. Et ma mère aimait beaucoup Hortensia, la femme d’Allende. Alors on n’a pas su quoi faire avec nos verres de champagne. On les a mis de côté et notre satisfaction s’est immédiatement évanouie.

Paris.Match. Sous le régime Pinochet, quand avez-vous pris conscience que c’était une dictature ?
J.G. Au tout début, j’étais plutôt favorable au nouveau pouvoir. Je pensais qu’il pouvait en sortir de bonnes choses. Mais, au bout de deux ans, je me suis rendu compte que ça allait devenir une longue dictature. En même temps, les abus du régime commençaient à devenir visibles. A cette époque, on pensait qu’il s’agissait de cas isolés commis par ce que j’appellerais la “soldatesque” du régime. C’est en 1976- 1977, alors que j’étais rapporteur à la cour d’appel de Santiago, que me suis rendu compte que les tortures, les meurtres, les enlèvements faisaient partie d’un système. Sans me douter toutefois de l’ampleur de ces crimes.

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Au début, j’étais plutôt favorable au nouveau pouvoir des militaires. Je pensais qu’il pouvait en sortir de bonnes choses. On a même accueilli le coup d’Etat en sablant le champagne. Aujourd’hui j’en ai honte. 

Paris.Match. Dans les dossiers de l’époque Pinochet, reste-t-il des horreurs à révéler ?
J.G. On va peut-être encore en découvrir. Mais aujourd’hui le voile a été levé sur la plupart d’entre elles. Même des faits que je n’ai pas pu établir quand j’étais encore en fonction. Il y a par exemple les relations du régime Pinochet avec la fameuse colonie allemande Dignidad, fondée par l’ancien nazi Paul Schaefer : une propriété de 17 000 hectares à 300 kilomètres au sud de Santiago. Le juge qui a repris le dossier a fait un travail formidable. On y a découvert des bunkers, des lieux de torture, de même que des voitures ayant appartenu à des disparus. Durant mon enquête, en interrogeant des centaines de témoins, en faisant parler les bourreaux ou leurs complices, en effectuant des fouilles, dans tout le Chili, pour retrouver les corps des disparus, j’ai recueilli des milliers de preuves sur les atrocités du régime de Pinochet. Aujourd’hui, presque tout se sait. Comment les gens ont été enlevés ; où ils ont été emprisonnés ; comment ils ont été torturés et par qui; comment des centaines d’entre eux ont été jetés à la mer depuis des hélicoptères ; comment des cadavres ont été exhumés puis brûlés dans des fours, afin de faire disparaître toutes les traces de ces crimes, etc. La justice chilienne a en main l’essentiel des données sur le système de terreur instauré par le général Pinochet. Elle connaît aussi le bilan de ces années terribles : environ 3 200 meurtres, près de 1 000 disparitions encore non élucidées et plus de 40 000 cas de torture.

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Paris.Match. Pendant toutes ces années, avez-vous reçu des menaces ? Durent-elles encore ?
J.G. Des menaces de mort, non. Mais, pendant ces sept années, j’ai vécu entouré de gardes du corps et de carabiniers. J’en ai eu jusqu’à huit avec une voiture de surveillance postée sur la colline en face de ma maison. Les policiers ont aussi craint pour ma sécurité en 2000, lorsque j’ai été hospitalisé pour une petite intervention chirurgicale. J’ai surtout eu peur pour ma famille. Aujourd’hui, la pression est retombée. Parfois, dans la rue, je dois faire face aux remontrances de pinochetistes irréductibles. Mais, le plus souvent, surtout dans les lieux populaires, les gens spontanément m’applaudissent ou viennent m’embrasser.

Paris.Match. Depuis l’affaire Pinochet, d’autres dictateurs, comme Slobodan Milosevic en Serbie ou Saddam Hussein en Irak, ont été rattrapés par la justice. Quel doit être leur sort ?

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J.G. Il faut qu’ils soient jugés. Si possible par la justice de leur pays, par leur propre peuple. Traduire devant les tribunaux les grands tyrans de l’Histoire est essentiel. D’abord pour établir que personne n’est au-dessus des lois, pas même les dictateurs. Ensuite pour montrer à la face du monde – grâce aux témoins, aux preuves, aux photos – que leurs atrocités ont bien eu lieu, qu’il ne s’agit pas de simples rumeurs ou de propagande politique.

Paris.Match. Votre femme Inès est française. Comment l’avez-vous rencontrée ?
J.G. Au printemps 1967, à 28 ans, mon diplôme d’avocat en poche, j’ai débarqué à Paris. Officiellement pour étudier la philosophie du droit à la Sorbonne. En fait, pour découvrir le monde et me consacrer à ma passion de toujours, la littérature. J’ai d’abord habité un petit hôtel rue Quincampoix, puis des chambres de bonne du Quartier latin. Je vivais de petits boulots. J’ai emballé des pièces d’hélicoptère. Peut-être celles des Puma qui serviront quelques années plus tard aux bourreaux de la caravane de la mort, au Chili. J’ai aussi été coursier, veilleur de nuit, homme de ménage, assistant d’un avocat. C’était la vie de bohème. Mais aussi la vie de cocagne. Un an plus tard, en avril 1968, je faisais de l’auto-stop sur une petite route des Landes avec une amie. Une Citroën Dyane s’est arrêtée. Dès que j’ai vu dans le rétroviseur les yeux de la conductrice, une très belle jeune femme blonde, ils sont devenus une obsession. La foudre était tombée sur moi. Pour Inès, cela a demandé un peu plus de temps. Rentré à Paris, je l’ai d’abord invitée à prendre le thé. Puis nous sommes partis ensemble en vacances au Maroc et nous nous sommes mariés début 1970. Son père, André Watine, que j’aimais beaucoup, était un grand industriel du textile à Lille, un héros de la Résistance ; il avait sauvé des centaines de pilotes anglais. Aujourd’hui, Inès est toujours à mes côtés. Elle m’a donné deux filles, Sandra et Julia, et mène son propre combat pour la protection de l’environnement à Santiago.

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Paris.Match. Vous étiez à Paris au moment des événements de Mai 1968 ?
J.G. Oui. Mais, incapable de passions politiques, je suis resté observateur. Entre policiers et manifestants, je parcourais les rues du Quartier latin. Je me rendais parfois dans les meetings comme à la Cité universitaire internationale, où j’ai pu entendre Jean-Paul Sartre. Mais je n’ai jamais lancé un pavé. Inès, ma future femme, était beaucoup plus active. Je n’aimais pas la violence ni le dogmatisme. Et j’ai été rassuré quand l’ordre est revenu. Je me suis rendu compte, bien plus tard, de l’importance de ce mouvement de 1968 qui a fait bouger tant de choses.

Paris.Match. Vous aviez un faible pour le général de Gaulle ?
J.G. Même si je me sentais proche des étudiants, j’admirais beaucoup de Gaulle. Ses discours à la radio ou à la télévision me remplissaient d’émotion. Peut-être me rappelait-il mon père. J’ai même laissé couler une larme quand il a annoncé qu’il quittait le pouvoir en avril 1969.

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Paris.Match D’où vous vient cette passion pour la littérature ? Vous a-t-elle été utile dans votre métier de juge ?
J.G. Je dois tenir cela de mon père qui, en plus de sa carrière diplomatique, a été un grand poète. Il a côtoyé Pablo Neruda, la célèbre poétesse chilienne, Prix Nobel, Gabriela Mistral ou encore Miguel Angel Asturias, Jorge Luis Borges, Rafael Alberti, Saint-John Perse… Au collège, deux professeurs m’ont aussi beaucoup poussé vers la lecture. En lisant Dickens, Zola, Shakespeare, Somerset Maugham, Oscar Wilde…, la littérature m’a permis de découvrir toutes sortes de figures humaines, avant que je ne les découvre dans la vraie vie, puis devant les tribunaux. J’ai toujours dans mes tiroirs le projet de roman commencé dans les cafés parisiens, il y a quarante ans. C’est une trilogie intitulée “Los pobres de espiritu” (Les pauvres d’esprit) en référence à l’Évangile de saint Mathieu et aux hommes qui n’ont pas besoin de biens matériels, de titres ou d’honneurs pour arriver au bonheur. Le premier tome, qui parle du Chili du début des années 70, est terminé. Maintenant que j’ai davantage de temps, peut-être le publierai-je un jour.

Cap sur le Rhône, Concours d'écriture

Paris.Match En mai dernier, vous avez choisi de prendre votre retraite. Pourtant, Augusto Pinochet n’a toujours pas été jugé et des enquêtes le concernant sont toujours en cours.
J.G. Selon la loi chilienne, j’aurais pu continuer jusqu’à 75 ans. Mais aujourd’hui le plus gros des investigations sur Pinochet est terminé et je m’étais toujours promis de partir en retraite à 65 ans, pour donner enfin du temps à ma famille, aux activités universitaires et à la littérature. En dépit des multiples obstacles dressés par les avocats de la défense, par deux fois, en janvier 2001 dans le dossier “Caravane de la mort”, puis en décembre 2004 dans le dossier “Opération Condor”, je suis parvenu à inculper l’ancien dictateur. Dans ce long parcours pour faire éclater la vérité, je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir de juge d’instruction et bien au-delà des attentes…

Journal Paris-Match

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Textes personnels

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Publié le 24 Janvier 2021

                                   Pourquoi LUSTRES

                                   tu tes chaussures ?

 

Il y a des                     Tout ce                                          Sous les

LUSTRES                     LUSTRE                                          LUSTRES

                                   m'éblouit !                                     de la République 

 

                                   que l'on ne sacrifie plus personne       

                                   à l'occasion du

                                   LUSTRE

                                   ce sacrifice humain de l'antinque Rome !

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Rédigé par Martine Silberstein

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