Publié le 2 Janvier 2025

La blonde, à droite : Simak Buthler. 30 ans. Ne  travaille pas. Paris. Parents pauvres. Vit seule. Se fait entretenir. Rebelle, jamais contente. Objet fétiche : sèche-cheveux.

Simak, viens ici, chérie.

Oui, quoi, encore ?

Je te dis de venir.

Mais j'ai pas envie, je suis fatiguée.

Viens ici, tout de suite !

Si tu le prends sur ce ton, c'est non ! Je reste couchée pour le reste de la journée. Fous-moi la paix, c'est clair ?

London, l'ami de Simak qui tentait de la réveiller en eut marre et alla chercher un verre d'eau à lui renverser dessus pour la forcer à bouger. 

Si tu ne te lèves pas tout de suite, tu vois ce verre d'eau ?

Simak ouvrit un œil.

MMhh ?

Et bien c'est dans ta gueule, qu'elle va se retrouver, l'eau !

Non, mais ça va pas, toi ? !

Si, très bien. Allez, hop, debout !

Mais pourquoi faire, je suis si bien, couchée ... Et puis on fait quoi aujourd'hui ? Rien ...

Ah parce qu'en plus tu as oublié ?

Quoi ? Et merde !

Simak se leva d'un bond, courut s'enfermer dans la salle de bain.

Eh bien c'est pas trop tôt !  Allô ? Francis ? On arrive dans une demi-heure.

Et en ressortie toute pomponnée, maquillée, parfumée.

J'ai une faim de loup ! Y'a du café ? Des croissants ?

Rien, viens, on trouvera ça en route. Et Francis nous offrira bien un café, non ?

Martine

Mon chéri, tu as tellement de beaux cheveux que les couper court est du gâchis. Entendu mon chéri, on les coupera quand tu le voudras.

Merci maman de comprendre que j'aime beaucoup mes cheveux et le foot. Je les couperai quand j'en aurai marre.

Allez, on mange la bonne soupe de légumes que j'ai faite, puis après tu iras dormir.

Merci, bon appétit.

SZAFRAN Maurice, 25 ans, cheveux noirs, yeux bleus, grande taille, colporteur, vit seul. 

Il retrouve une ancienne connaissance de l'école maternelle qu'il n'avait pas vue depuis dix ans. Ils ne s'étaient jamais quittés jusqu'au jour où son ami d'enfance a dû déménager et depuis, ils ne s'étaient jamais revus ni même parlé jusqu'au jour où son ami a emménagé à côté de chez lui.

Il ne s'en n'est pas aperçu tout de suite car il n'est pas encore revenu dans son village à cause de son travail de vendeur ambulant. 

Léa

Tout commence dans un petit village perdu dans la campagne où vit une petite famille, la mère et le père avaient donné la vie à une petite fille du nom de Mary. Aujourd'hui  elle a dix ans. Elle prend son petit-déjeuner pour aller ensuite en cours à son école et avant de partir elle prend toujours son doudou qui, apparemment lui porterait chance, mais personne n'y croit. 

Un soir en rentrant de son école ses parents lui ont demandé pourquoi elle emporte toujours n'importe où son doudou de naissance. Mary répond parce qu'il me protège et il a des pouvoirs magiques. Évidemment les parents ne comprennent pas  un mot de ce que Mary raconte. Pour en finir avec cette histoire, les parents décident de mettre ce doudou à la poubelle.

Le soir, la famille mange dans un silence pesant et va se coucher. Lorsque, d'un coup, ils entendent quelque chose tomber dans la chambre de Mary. Ils se précipitent pour voir ce que c'est et il s'agit du doudou que les parents de Mary avaient jeté et là, le doudou parle et dit : "Je vois et j'entends tous vos faits et gestes depuis la naissance de Mary. Mary vous avait dit que j'étais magique".

Kenza 

Françoise Dolto, 13 ans, rousse aux yeux verts, gentille, prête à aide, se défend et défend les autres. Accessoire fétiche : bandeau blanc pour ses cheveux.

A l'école Françoise et ses amis étaient en train de jouer ensemble comme d'habitude. Normalement tout le monde s'entend bien mais aujourd'hui un nouvel élève est arrivé et fait un croche-pattes à la voisine de table de Françoise. Ne pouvant supporter cette injustice Françoise s'est levée pour aider sa voisine de table qui s'est fait mal au pied, elle lui demande si elle va bien et si elle a besoin de l'infirmière.


Quand elle était bambine, la belle rousse aux yeux vert défendait souvent sa mère face à son père, elle a toujours grandi face à l'injustice et elle aimait sa mère de toute son âme. 

Un jour son père est allé bien trop loin, courageuse, elle appela la police et sauva sa mère qui, pour la remercier de son acte lui donna son bandeau blanc pour ses cheveux. Depuis ce jour, Françoise ne s'est jamais séparée de ce bandeau.

Suite à cette mésaventure de quand elle était plus jeune, sa mère a décidé que la famille resterait ensemble tous les dimanches.

Lara 

Je me rappelle être allé en vacances en Ardèche en 2017. J'ai adoré. On était dans une maison de pierres, avec des champs autour et des vaches devant la maison. 

On a fait beaucoup de visites, des musées, le Mont Gerbier, la grotte de Lascaux. Du kayak dans l'Ardèche avec l'arc en pierre, beaucoup de randonnées et de baignades.  

Un voyage de rêve.

Antonin

Devos, Raymond; 28 ans, grand, roux, beau, Duc de Normandie, marié, deux enfants, intelligent.

Dans son château de Normandie, le duc de Normandie se repose dans sa chambre. Mais il se fait attaquer par des Vikings.

Le duc Raymond de Normandie est dans sa salle d'armes et s'entraîne avec son valet.

En garde ! Encore une erreur de ce genre et je te passe par le fil de mon épée. Que t'arrive-t-il, maraud !? Non, je ris. Concentre toi, David ! L'heure est grave. J'ai reçu une missive qui me donne à penser que des troupes enemies s'approchent des côtes. Alors un peu de sérieux dans ton travail. 

Je suis désolé mon Maître, je n'ai pas touché d'épée depuis bien des années et vous savez tellement bien la manier, sire ! Répondit le valet.

Comment cela se fait-il que vous n'ayez pas touché d'épée depuis des lustres ?

Mon ancien maître ne m'a jamais fait combattre car je n'étais juste qu'un servant pour lui. 

Antony

C'est l'histoire de la jolie Gertrude qui était énorme et sèche comme Tibo InShape. Pour sa compétition de ski, elle a décider d'aller farter ses skis

Voir les commentaires

Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Ateliers d'écriture adultes

Repost0

Publié le 17 Juillet 2023

Vous qui découvrez ce blog pour la première fois.

Vous qui venez souvent me rendre visite. 

J'aimerai que vous répondiez à ces questions :

Par quel hasard êtes-vous arrivé jusqu'à moi ?

Pourquoi, chaque année, chque mois, chaque jour, chaque heure revenez-vous pour me lire ?

Pourquoi ce blog parmi tant d'autres ?

Accepteriez-vous de répondre à mes interrogations : martine.silberstein@callipalabra.fr ?

 

Machin-Machine/Martin/Martine : à mes lecteurs et lectrices

Julien BAKKUSHAN (pseudo)

Le Bonheur pour l’être humain est le plus important

Bien le bonjour Martine,

En cette belle matinée j’ai envie de vous écrire tout mon ressenti sur ces huit mois passés dans votre atelier.

Déjà un grand merci de nous avoir montrer ce que nous étions capable de faire, juste en imagination, avec des mots, de mettre des phrases, des textes, qu’ils soient réels ou imaginaire.

Un grand merci pour le bonheur que vous nous faites ressentir à chaque atelier d’écriture et pour chaque personne qui passe dans vos ateliers.

Je vous souhaite une bonne continuation et de continuer à donner la vie dans vos ateliers et de donner l’envie à tout le monde d’écrire.

Merci Martine

Voir les commentaires

Rédigé par Martine Silberstein

Repost0

Publié le 15 Septembre 2026

Rédigé par Martine Silberstein

Repost0

Publié le 10 Mai 2026

Première partie : des vacances bien tranquilles

Pour fêter l’anniversaire de notre rencontre, nous avons décidé de choisir une destination de vacances, une île, qui nous permettrait de remonter le temps. N’étant pas habitué à voyager en avion, nous avons préféré nous adresser à une agence de voyage. L’employée nous a réservé la location d’une voiture, au moins, de ce côté aussi nous serons tranquilles.

Pour ce qui concerne l’hébergement, j’ai la chance d’avoir une amie, une artiste graveuse, originaire de cette île. Je me suis donc adressée à elle. Elle m’a conseillé de contacter sa nièce, propriétaire d’un gîte dans un tout petit village, pas très loin de la côte. De toute façon, en voyant la carte, nous nous sommes dit que comme l’île est très étroite, aucun lieu n’est vraiment loin de la côte. « Détrompez-vous, me dit mon amie, si l’île est étroite, le centre est très montagneux, et les routes, peu nombreuses, en lacets, et pas très larges. Si la distance vous semble faible, la durée du trajet, elle, peut être très élevée ». 

Le voyage en avion s’est très bien passé, et nos craintes concernant l’approvisionnement en kérosène n’étaient pas fondées. Nous verrons bien pour le retour ! Quelques heures après notre départ de la maison, voyage en voiture, enregistrement à l’aéroport, et vol compris, nous atterrissons déjà. Le soleil se couche sur l’horizon, empourprant le ciel. À peine sortis de l’avion, de douces effluves et une chaleur agréable nous envahissent. Nous rejoignons la salle où les tapis roulants tournent nonchalamment autour des piliers. Les voyageurs se saisissent à tour de rôle de leurs sacs, paquets, poussettes, d’un air satisfait. Il en sort toujours de nouveaux par ces grandes bouches sombres. Puis, plus rien. Mais où sont nos deux valises ? J’avais pourtant accroché un joli ruban rouge à l’une et vert à l’autre pour les reconnaître ! L’attente est interminable. On ne voit plus que le noir du tapis et il n’y a plus rien dessus ! 

Nous nous dirigeons vers le seul bureau ouvert dans le hall à cette heure tardive. Tout est écrit non seulement dans une langue, mais aussi dans une écriture que nous ne comprenons pas. Un homme débonnaire et souriant se rapproche du guichet. Il parle, mais que dit-il ? Nous expliquons, mais que comprend t-il ? J’ai toujours carnet et stylo dans mon sac car je rédige un journal de voyage pour chacun de mes périples. Je dessine donc, maladroitement, deux valises et un point d’interrogation accompagné d’un sourire triste. L’employé saisit son téléphone et entame un long dialogue avec son interlocuteur. Une policière arrive qui nous fait signe de la suivre.

Munis de nos seuls petits sacs à dos, nous montons dans une voiture de l’aéroport. Arrivés devant un bâtiment bas et long, elle nous fait descendre. Nous y entrons. Là, sur des dizaines d’étagères des sacs ouverts, des valises, certaines éventrées, d’autres fermés. Elle nous fait comprendre que nous devons chercher là. Mais comment nos bagages pourraient-ils déjà être rangés ici, alors que nous venons à peine d’arriver ? Nous nous concertons, mon compagnon et moi. Il est tard, nous avons sommeil. Une voiture et notre hébergement nous attendent. Comment lui faire comprendre ? Elle parle un peu anglais, j’ai toujours mon carnet dans ma poche. Nous reviendrons demain. Elle semble avoir saisi notre message. Nous remontons dans le véhicule, elle nous pose à côté de l’unique bureau de location de l’aéroport. Ouf ! Maintenant il s’agit de trouver le village où se trouve notre gîte, en espérant que notre hôte aura bien laissé la clé dans une boîte accessible par un code.

Effectivement, le relief est assez tourmenté sur cette île volcanique ! Le GPS, que nous avons pu heureusement programmer en français, nous indique 1h30 de route. Mais, dans la nuit noire, sur un parcours inconnu, ce n’est qu’au bout de deux heures que nous parvenons au village. Il est trois heures du matin. Nous garons la voiture au parking. Nous nous munissons du papier que nous avons imprimé avant de partir. Aucune lumière n’éclaire notre chemin. Les batteries de nos téléphones menacent d’expirer. Nous en éteignons un pour le préserver. Le bourg est minuscule, le plan indique qu’il faut prendre à droite de l’église, elle ressemble à une cabane, mais nous nous souvenons des photos vues sur booking, c’est bien elle, face au cimetière, grand comme un mouchoir de poche. Puis à gauche après le monastère, nous y sommes. Cette ruelle étroite, nous la reconnaissons, voici la petite terrasse, sombre, demain elle sera rose, comme sur internet. Derrière le pilier en bois, devrait se trouver la petite boîte. Bon, mon téléphone a rendu l’âme. Voyons le second. Ah, voici qu’une lumière automatique, violente, a détecté notre présence. Éblouis, l’éclair d’une seconde, nous n’y voyons plus rien. Le temps que nos yeux s’accoutument, le faisceau s’éteint. Un petit geste de la main, en l’air, la voilà qui se rallume. Mon compagnon compose le code. La boîte s’ouvre… elle est vide !

Décidément, ce voyage, pas si tranquille, ne se déroule pas du tout comme prévu. Que faire, s’installer là, sur les transats pour finir la nuit ou dormir dans la voiture ? Nous optons pour la terrasse, dans quelques heures le village s’animera et nous pourrons trouver notre hôte. Il fait maintenant frais, d’autant que nous sommes à cinq cents mètres d’altitude, loin de la douceur de l’air marin. Enveloppés dans nos pulls, nous commençons à nous assoupir, épuisés. Espérons qu’aucune bête ne rôde la nuit…

 

  

Voir les commentaires

Rédigé par Martine Silberstein

Repost0

Publié le 8 Mai 2026

Rédigé par Martine Silberstein

Repost0

Publié le 6 Avril 2026

Dans le cadre du Printemps des poètes, le Centre de Culture populaire (CCP) a organisé le 28 mars 2026 une table ronde autour de la thématique « Écrire le travail », avec le poète Jean-Marc Flahaut, Martine Silberstein (la Compagnie Pourquoi se lever le matin !) et Muriel Righeschi (CCP) à la ludothèque de la maison de quartier de Méan-Penhoët.

Le thème ? Travail et poésie

Invitée à la table ronde, j’avais bien sûr préparé mon intervention. Mais comment tout dire en une petite heure ? Alors voilà, ce que je n’ai pu dire, je l’ai écrit :

Dans les textes que nous publions sur le site de La Compagnie Pourquoi se Lever le Matin, dans les livres, dans les récits de travail que nous lisons en public ou dans des podcasts, les pépites très poétiques ne sont pas rares. La part tactile, émotionnelle du travail surgit parfois là où l’on ne l’attend pas. Des couleurs, des odeurs, la sensualité et la délicatesse déboule même au milieu des bloc de béton ou des tuyaux remplis d’essence. Alors que dire de la sensibilité trouvée dans les récits de travail des personnes à l’écoute d’autres humains, et de celles qui nous nourrissent et dont les mains façonnent amoureusement la matière première qui arrivera jusqu’à nos papilles ? La magie des uns rejoint la danse des autres. Il suffit parfois d’écouter leur petite musique.

Nicolas, un horloger parle de magie et de passion : « Mon père manipulait des quantités de petits outillages, il connaissait l’emplacement des minuscules tours, plaçait les axes et remontait les rouages qui, comme par magie, donnaient naissance aux ‘’mouvements’’ du mécanisme. (…) Les pendules anciennes, les réveils, les montres sont des objets précieux, parfois très chers (…) je pense que, quand on est horloger, c’est pour la vie… Pour moi, cela a été une passion et un choix ». Le temps qui passe, les aiguilles qui tourne, poésie.

Kevin, opérateur chez un sous-traitant, évoque « la capacité à s’engrener avec les autres, exactement comme des engrenages. Cela demande un effort que j’aime faire et que j’arrive à susciter de la part de mes compagnons de travail ». Engrenages, vous avez dit rouages ?

Iza, tatoueuse, a vu son rêve se concrétiser, rêver, n’est-ce pas ce que permet la poésie ? Elle aussi est passionnée par son travail : « Souvent, je me rends compte alors qu’il s’agira d’un tatouage réparateur : recouvrir une cicatrice, une trace de brûlure, mais aussi soigner une blessure morale, un mal-être psychologique. Moi qui rêvais de devenir éducatrice ou travailleuse sociale, je me retrouve dans mon élément. (…) Si je peux, c’est un métier que je ferai le plus longtemps possible. En Indonésie, il y a une vieille dame de cent-dix ans qui tatoue toujours. Pas étonnant : le tatouage n’est pas un métier comme les autres. C’est un métier-passion. Oui, je voudrais tatouer jusqu’au bout de ma vie… ». Comme Nicolas, l’horloger, « c’est pour la vie »

Yvan, magasinier aux chantiers de l’Atlantique : « Quand j’arrive en haut du coteau de Savenay, je découvre, au loin, le ruban de la Loire et l’amorce de l’estuaire dans la brume qui se mêle aux fumées des usines de Donges et de Montoir. À partir de là, je quitte ma campagne et je descends dans une nouvelle région ».  La Loire, comme un ruban, la brume, cela ne vous rappelle rien ? Yvan, a grand besoin de la vue pour exercer avec précision son travail : « Mon rôle était, au fond de la cale, de tracer la silhouette de la coque, de placer des blocs de béton sur lesquels j’ajustais au rabot et au laser les poutres en chêne qu’on appelle des « tins ». J’étais ce qu’on appelle un « attineur » … (…) Je voyais donc le navire se construire depuis le moment où il n’y avait rien jusqu’à celui où il ressemblait à un vrai bateau ». Mais quand le bateau s’en va, la vue devient inutile, ne fait-il pas passer son émotion quand il évoque cet instant ? « Quand la coque était finie et les machines installées, je participais à sa mise à flot. C’était le moment rare où je sentais la masse colossale se soulever. Quand le bateau quittait la cale, j’étais au ras de la paroi d’acier qui défilait devant moi. Un grand courant d’air : il était passé ».

Pour Marina, praticienne en massage de bien-être, la vue est inutile, « La représentation du corps considéré selon des canons visuels m’est tout à fait étrangère. Être non-voyante ne change rien à ma façon d’exercer mon métier de masseuse. Pourtant, je me rends bien compte que le fait d’être privée de la vue me rend attentive à ce qui n’est ni visible ni palpable et qui est de l’ordre des échanges d’énergie. J’ai sans doute développé une forme de perception qui s’appuie sur d’autres sens. Je suis particulièrement sensible à la voix, à la respiration ». L’invisible, les échanges d’énergie. Poésie ? Vous avez dit poésie ? 

Jean-Baptiste, lors d’un cours d’informatique a « pu faire écrire un poème crédible sous la forme d’un sonnet sur le soleil qui se couche sur la mer ». Qui imaginerait que poésie pourrait rimer avec travail ? Si même les IA s’y mettent … !

Nos cinq sens papillonnent quand Denis, pâtissier chocolatier, évoque toute la sensualité de son travail « Il y a le contact physique avec la matière. Toucher, palper, ça compte ! Lorsque j’ai construit ma maison à côté de l’atelier, je l’ai faite en terre. J’ai beaucoup aimé travailler la terre de mes mains. Ce sont des sensations importantes pour moi. (…) Mes rouges-gorges en chocolat sont composés uniquement de boules. Je les assemble et ensuite je dois fabriquer une branche, un bec, faire le dessin du plastron, des ailes ». Pour faire le portrait d’un oiseau …

Les odeurs, aussi, Gilbert, un autre pâtissier, évoque son travail, j’entends des sons, je sens des odeurs, je goûte des saveurs, des textures mais aussi toute la complexité et la pénibilité des tâches : « L’exquis effluves de fèves de cacao et d’orange s’exhalant des cuves embaumant tout l’atelier nous feraient presque oublier l’intensité de la tâche. (…) J’ai fait, seul, 3 mokas. Arômes de café et de chocolat, moelleux de la génoise, onctuosité de la crème au beurre. Le plus lourd pèse 2 kilos 500, belle superficie à décorer !! » Et aussi : « Faire la plonge, gratter, nettoyer plaques, plats, cornes. Blanchir, émonder, broyer les amandes brûlantes sortant du chaudron en cuivre. (…) Quand je travaillais à Paris la cour de la pâtisserie était commune à celle d’un hôtel qui logeait des étudiants, et c’est la découverte de la musique vivante. Ensemble, nous travaillons sur des airs de jazz et de musique classique, fenêtres ouvertes, j’abaisse la pâte au rythme de Mozart ».

C’est par la musique et la danse que Dominique, intervenant en alphabétisation auprès des migrants, nous transmet sa poésie : « À défaut de leur avoir permis de parfaitement maîtriser notre langue, nous serons au moins parvenus à tisser des liens sociaux avec ces habitants de Saint-Nazaire. Parfois, on met la musique et la séance se termine par une séquence de danse. Quel plaisir de les voir transfiguré(e)s par le son des chants venus de leur pays. Quel engagement dans leur volonté d’apprendre et quel parcours condensé dans ce moment festif ! »

On danse aussi à la Frat’, une association d’obédience protestante, qui assure un accueil de jour pour des personnes en grande précarité. Claire, une salariée raconte : « Quand nous faisons des fêtes, chacun apporte à manger et la soirée devient une espèce de grand buffet partagé. Les femmes du groupe de danse font une démonstration, une sorte de cours en ‘’ live ‘’. Et celui qui s’est installé au piano est vite rejoint par d’autres qui se mettent aux percus. Ce sont des moments d’échange qui prolongent et nourrissent nos temps de travail et de réflexion ».

La délicatesse s’invite dans le service d’oncologie. Laurence : « La nuit, quand, avec l’aide-soignante, j’entre dans une chambre, la lumière du couloir me permet de voir le patient dans son lit. Dans la pénombre, pour vérifier sa respiration, je regarde à quel rythme le drap se soulève. Et j’écoute ». La joie et la bonne humeur aussi ! Sandrine : « J’essaie toujours le dialogue, la diversion pour obtenir que la personne se mobilise, ou pour l’installer. Je passe parfois par l’humour. Un grand sourire est très souvent positif. J’ai affaire aussi à des patients drôles avec qui on peut plaisanter. Rire avec eux, ça fait beaucoup de bien ! »

Et le goût des « petits bonbons au miel de ma grand-mère » que Marie, intervenante sociale à Emmaüs propose aux compagnons qui « arrivent avec leur café dans [son] bureau.  C’est génial ! C’est souvent un moment convivial. ‘’Allez, assieds-toi. Comment ça va en ce moment ? ‘’ On peut venir y pleurer – la boîte de mouchoirs est là – mais parfois aussi annoncer des bonnes nouvelles, discuter, manger un petit bonbon et voilà… » Vous l’avez, là, sur vos papilles le goût du miel ? Et celui du sel des larmes qui coulent le long des joues du compagnon ?

Marie donne l’occasion aux compagnons d’Emmaüs de travailler sur l’image qu’ils renvoient d’eux-mêmes : « Une artiste photographe est venue un jour, j’ai très vite senti l’intérêt du projet pour travailler sur la thématique du regard. Un compagnon a dit : ‘’C’est la première fois que je me trouve beau… Cette photographe m’a rendu beau ‘’. Il était loin, alors, le compagnon humilié, écrasé de timidité, qui n’osait pas franchir la porte de mon bureau … »

Et puis l’émotion, et les parfums surgissent : « Je leur pose la question : ‘’Tu as pris une douche, hier ? ‘’, on a un stock de produits d’hygiène et, régulièrement, je discute avec eux, ‘’J’ai des petits échantillons de parfums, tu veux les sentir ? ‘’ ».

Les odeurs, et les sons sont d’une toute autre nature pour Jérémy, opérateur sur un site industriel : « Il y a un bruit de fond permanent, on baigne dedans : les pompes, les compresseurs, les fuites de vapeur qui sifflent, les activités des ouvriers… Et autour de la raffinerie, les trains, (…) les cornes de brume des cargos sur la Loire… (…) Je me souviens d’un incident, il y a deux ans. Il y avait une fuite sur un bac. La fuite a été contenue, mais on a récupéré des tonnes d’essence dans la zone de rétention. L’odeur s’est répandue à plusieurs kilomètres, et ça a persisté plus d’une semaine. En parlant des odeurs… on s’habitue. Moi, je suis plus sensible aux odeurs de soja, qui viennent avec le vent des entrepôts de Cargill sur les quais de Saint Nazaire. (…) Il faut être sur ses gardes en permanence, utiliser nos cinq sens. C’est souvent à l’odeur et au bruit qu’on identifie la nature d’une fuite. C’est paradoxal : je viens de dire que je ne sentais plus l’odeur de la raffinerie. En revanche, celle d’une fuite, si ! Parce qu’elle est plus forte, ou inhabituelle ». 

Souvent, le récit terminé, la personne s’étonne de ce qu’elle a pu révéler de son activité. Des moments forts, ou bien de menus détails que, parfois, elle n’a jamais dit à ses proches et qui surgissent ainsi comme une évidence. J’ai aussi le sentiment qu’elle en tire une certaine fierté : oui, c’est bien moi, je ne m’étais jamais rendu compte à quel point j’attache de l’importance à toutes ces tâches que j’accomplis chaque jour.

Écouter une personne qui parle pendant plus d’une heure, très vite, permet d’écrire un récit de travail long et détaillé, qu’il faut ramener à un certain nombre de signes à ne pas dépasser, même si, à La Compagnie, nous sommes assez tolérants sur ce sujet. Si, au contraire, elle parle très peu, très lentement, comme ce monsieur trisomique qui me raconte son travail en ESAT : « Les monitrices me disent que je peux travailler doucement, c’est un travail minutieux. (…) Mon poste de travail est devant une fenêtre d’où je vois des arbres, de la pelouse.  Dans l’atelier où je travaille, les murs sont blancs, c’est calme », je cisèle son texte, je prends le temps de l’écouter. Je visualise et je ressens la tranquillité et la minutie de ce travail, ces arbres, ces murs blancs, ce calme.

Le travail peut donc être beau et valorisé par des récits de travail, des photos et des haïkus (poème japonais) où la concision est de mise. Ici, les éoliennes, résultat du travail humain :

Dressées vers le ciel

Votre voyage commence ici

Géantes des mers

 

Ou cet hommage aux salariés qui œuvrent de nuit sur les chantiers :

Qui travaille donc ici ?

Fourmilière d’hommes et de femmes

Nuit noire, projecteurs

 

L’image de marins qui s’activent sur un multicat :

Ils travaillent, ravitaillent

Sans rival ni avarie

Élèvent haut la grue !

 

Le matin, d’autres prennent la relève :

Vois comme l’œil rond s’ouvre

chaque matin sur le portique

géant du chantier [1]

 

 

 

 

 

[1] Haïkus extraits du livre : « Regard sur la ville ». Publié aux éditions Planche Contact en 2026. Textes de Martine Silberstein sur des photographies de Michel Iordanov,

Voir les commentaires

Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Textes personnels

Repost0

Publié le 6 Avril 2026

La ville idéale, Saint-Nazaire, 2060

J’ai cent ans ! Je poursuis mes activités culturelles, sociales, sportives dans cette belle ville de Saint-Nazaire. Je suis en bonne santé et mon cerveau tourne à plein régime. J’ai cessé de travailler l’an passé. Je ne travaillais, comme tout le monde, que dix heures par semaine. Chaque citoyen touche le revenu universel, suffisant pour vivre, le travail est un choix, pas une obligation pour subsister.

Chaque parcelle de terrain de la commune est mise à profit pour planter des vergers et faire du maraîchage, y compris sur les toits des bâtiments et de la base sous-marine. Aucun trottoir ni aucun espace public n’est couvert de bitume. L’eau s’infiltre dans la sol redevenu poreux, la terre respire ; de grandes voiles s’élancent d’une façade à l’autre, couvrant les rues, les habitants circulent à l’abri de la pluie et du soleil, la température de la ville est redevenue vivable.  

J’habite toujours la même maison de bois, chauffée grâce aux panneaux solaires, complétés, la mauvaise saison venue, par le feu de la cheminée. Mon voisin, lui, habite une maison passive, et sur son toit il a installé une éolienne. Toutes les bâtiments, habitations, magasins, entreprises, ont un triple vitrage. Ils sont peints en blanc, la température intérieure a diminué de quelques degrés. L’eau de pluie est récupérée dans de vastes citernes, individuelles ou collectives. Tous les habitants trient leur déchet, le compostage est généralisé. Beaucoup recyclent même l’eau de lavage de leurs légumes ou de la douche pour arroser leur jardin. Toutes les maisons sont équipées de toilettes sèches.

Dans chaque immeuble ou quartier de Saint-Nazaire, les habitants partagent outils, lave-linges, balançoire et chambres d’amis. Les maisons de retraite et les établissements pour personnes handicapées ont été transformés en maisons d’habitation partagées qui accueillent indifféremment des des familles, des personnes isolées, quel que soit leur âge ou leur état de santé physique ou psychique. Les magasins, maisons, administrations sont tous adaptés aux fauteuils roulants et aux poussettes. Les personnels de tous les lieux publics sont formés à l’accueil de personnes aveugles, sourdes, porteuses de handicap physique, psychique et mental. L’accès au travail, si elles le souhaitent, leur est ouvert et adapté. 

Les objets, les vêtements sont fabriqués localement, avec la volonté de durer le plus longtemps possible. Quand ils sont abîmés ou tombent en panne, ils sont réparés ou transformés pour une seconde vie. Dans les magasins, tous les aliment (biscuits, yaourts, conserves) ne sont déclinés qu’en nombre limitées pour chaque variété, avec ou sans sucre, avec ou sans gluten, avec ou sans fruit, cuits ou crus, avec ou sans laitage, avec ou sans viande, laissant le choix à tous. 

Le gaz, le pétrole et même la tourbe, toutes les énergie fossiles se sont volatilisées depuis bien longtemps. Les éolienne, off-shore, tournent leurs ailes. Les voitures, les vélos, les tricycles, les cars et les trains roulent à l’aide de batteries qui se rechargent en roulant et de panneaux solaires. Les bateaux naviguent avec le vent et la voile, avec le soleil.

Le ciel est calme, les avions ont disparu, l’on n’entend plus que le bruit du vent et des oiseaux. Sauf quand les amis, les voisins, les familles décident de se retrouver pour faire la fête, partager un bon repas dans leur jardin ou le square public.

Les personnes sont toutes en bonne santé, et mangent toutes à leur faim. La culture des fruits et des légumes n’est pas seulement bonne pour leur consommation, mais aussi pour l’exercice naturel qu’elle procure. Elles la pratiquent entre amis ou en famille, les potagers sont en effet de jolis lieux de rencontre et leur santé mentale aussi bénéficie de cette activité. Cependant, en cas de besoin les habitants font appel aux médecins formés en nombre suffisant. Ils se répartissent d’eux-mêmes dans tout le pays, dans les villes et les campagnes toutes aussi attirantes les unes que les autres. Ils sont tous formés aux différentes façon de soigner, par les plantes médicinales cultivées un peu partout, à l’allo- ou l’homéopathie, la naturopathie ou à l’acupuncture.

Les enfants naissent à la maison ou dans les maisons de naissance, voire à l’hôpital en cas de risque pour eux ou leur maman. Ils sont éduqués par leurs parents et les adultes qui les entourent. Ils vont parfois à l’école où ils retrouvent leurs copains et pratiquent le foot, et apprennent la musique, les maths ou à lire et écrire selon leurs envie et leurs besoins. Ils apprennent aussi des anciens du quartier et de l’immeuble. Quand un parent doit s’absenter quelques minutes, quelques heures ou quelques jours, les anciens prennent le relais auprès des bébés, des enfants et des ados.

Les habitants de Saint-Nazaire se retrouvent sur les plages, toujours propres car chacun est conscient que c’est de lui que dépend la propreté des espaces publics. Ils nagent, jouent au ballon et discutent d’une serviette à une autre, partageant leur pique-nique. Les stades, gymnases, bibliothèques, théâtres, associations, musées et piscines sont accessible, gratuits et ouverts à tous.

J’ai cent ans et je sais que je vais vivre ainsi, heureuse, encore de nombreuses années dans cette belle ville de Saint-Nazaire.

Voir les commentaires

Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Textes personnels

Repost0

Publié le 6 Avril 2026

Mes bêtises mon quartier, mon appartement

J’ai une carte postale du quartier sans date

Quand j’étais enfant j’habitais à la « banane », au Fossé de l’Aumône à Gennevilliers, un quartier populaire tout neuf quand j’y suis arrivée à l’âge d’un an, au printemps de l’année 1961.

En arrivant de Marseille nous avons d’abord habité la tour Gustave Courbet. Elle se trouve en face de la rue Auguste Renoir où nous sommes ensuite allés. D’abord au N° 19, puis au N° 5. Cette rue épousait la forme de l’immeuble et pour aller des numéros 1 à 25, nous étions abrités de la pluie et du soleil par un toit. Passage couvert qui a ensuite été démoli.

Au rez-de-chaussée de la tour Courbet il y avait la laverie. Je me souviens de l’odeur de cette pièce et de la lessive. Il y avait des lave-linge qui fonctionnaient avec des jetons. Au rez-de-chaussée il y avait aussi aussi une salle où se réunissait les habitants lors de manifestations associatives ou politiques. Certaines réunions finissaient par le fameux « buffet campagnard ».

Au pied de mon immeuble, la « banane » que l’on appelait ainsi en raison de sa forme, il y avait un square rond, au centre duquel était un bassin, tout aussi rond, carrelé de bleu. Ce n’est pas vraiment une bêtise, mais l’hiver, quand la glace était suffisamment solide pour nous porter nous faisions du patin à glace, sans patin, dans le bassin. Et l’été nous nous y baignions. La concierge, madame Desgranges nous chassait mais nous y retournions dès qu’elle avait le dos tourné ! En hiver nous faisions par contre une chose qui pouvait être dangereuse pour les piétons puisque, sur les allées en pente qui menaient au bassin, le soir, nous jetions de l’eau. Elle gelait pendant la nuit, et au matin, nous glissions sur des cartons, luges de fortune. Entourant ce bassin étaient des thuyas où nous jouions à cache-cache ; nous nous y installions à l’ombre avec poupées et taraillettes avec les copines. Je me souviens encore de l’odeur de ces conifères et des nombreuses coccinelles quand nous les dérangions.

Je me souviens du marchand de glaces qui passait tous les jours d’été, de sa petite musique aigrelette. Mes parents n’étaient pas bien fortunés et rares étaient les fois où ils m’en achetaient une. Mais ce qui m’agaçait prodigieusement vraiment beaucoup c’est qu’un chien, lui, avait droit de manger sa glace tous les jours et moi je ne pouvais que les regarder, lui et son maître, assis sur un banc au pied des thuyas au bord du bassin déguster leur gourmandise glacée. Je me souviens aussi de cet homme qui criait « Marchand de tapis ! » pour appeler les gens à venir admirer sa marchandise. Un affûteur passait aussi, sur son triporteur, appelant les habitants à descendre ciseaux et couteaux.

Je promenais souvent ma chatte, Minouche, sur la pelouse à côté du bassin, et, un jour qu’elle était juchée comme à son habitude sur un arbre, un vieil homme s’approche de moi et me dit : « Tu sais, pendant la guerre, j’en ai mangé, des chats. C’est aussi bon que du lapin ! ». Je suis remontée à la maison, Minouche dans les bras, en pleurs !

Un homme m’intriguait, c’était l’unijambiste qui passait à vélo dans la rue de la couture d’Auxerre et que j’apercevais de mon balcon.

Les enfants étaient assez libres d’aller et venir dans le quartier. Avec les petits voisins nous nous aventurions plus loin encore pour aller à la pêche aux têtards, de l’autre côté de la route, dans le terrain vague qui, plus tard deviendrait le quartier du Luth.

Nous en ramenions aussi des escargots que nous faisions s’affronter lors de courses où, à l’arrivée, une feuille de salade les attendait.

Les jeudis je fréquentais la maison de l’enfance Youri Gagarine. J’étais extrêmement fière d’être en possession de la carte numéro 1 de la bibliothèque de la maison de l’enfance Youri Gagarine, un cosmonaute russe.

J’adorais aller à la maison de l’enfance. Il y avait beaucoup d’activités.  Par exemple nous avons créée un film d’animation. Nous avons écrit une histoire. Après avoir construit un château en carton, nous avons confectionné des fantômes avec des petits morceaux de tissus. Nous les déplacions avec un fil de nylon. Puis, image par image, nous avons réalisé un film.

J’y faisais aussi de la danse moderne, et le classique spectacle de fin d’année pour les parents. Dans la salle de danse, des miroirs et une scène !  Je faisais aussi des émaux et de la poterie.

Dans le parc de la maison de l’enfance, un jour, j’ai trouvé un orvet noir et brillant. Toute fière de moi, je l’ai apporté au moniteur. Terrorisé, croyant que c’était un serpent, il ne m’a pas crue quand je lui ai dit que ce lézard sans patte était totalement inoffensif. Il m’a ordonné de le remettre immédiatement où je l’avais trouvé. J’aimais bien ces petites bêtes, têtards, grenouilles, escargots, orvet mais aussi sauterelles, coccinelles, araignées pour lesquelles je ne ressentais aucune frayeur.

Un jour, en rentrant du collège, je vois de grandes affiches colorées annonçant la venue d’une exposition de serpents. L’on y voyait des photos d’énormes boas constrictors ainsi que cette phrase : « vous pourrez les porter et les toucher ». Mon rêve ! Arrivée à la maison, tout excitée, je demande à mes parents à aller voir cette exhibition.  Malheureusement, le samedi suivant, les camions étaient déjà repartis. Quelle déception ! Ce n’est qu’un fois adulte que j’aurai ce plaisir de prendre un très lourd serpent sur les épaules et de caresser sa peau lisse et finalement moins froide que ce à quoi je m’attendais.

Quand je n’allais pas à l’école Paul Langevin, que je ne jouais pas au pied de chez moi, ma mère m’envoyait au SUMA, devenu Franprix par la suite. En allant faire les courses, je passais devant une baraque en bois, un chalet aux hautes marches pour mes petites jambes, où se déroulaient les fêtes de quartier dont j’ai encore le parfum dans les narines. Était-ce l’odeur de résine, de vieux bois ? Je rapportais les bouteilles vides à la consigne et les donnais à une employée qui, en échange me donnait quelques pièces, puis je faisais les courses. J’allais ensuite acheter une baguette à la boulangerie. Souvent, je gardais la monnaie du pain et de la consigne et je m’achetais des boîtes métalliques de coco Boer, des rouleaux de fils de réglisse, bien noir, au milieu desquels se trouvait un bonbon coloré, des bâtons de bois de réglisse, des roudoudous ou des plaques de Zan. J’aimais aussi accompagner ma mère à la boucherie chevaline car la patronne me donnait toujours une rondelle de saucisson de cheval très salée et odorante.

J’aimais également accompagner ma mère à la mercerie du vieux Gennevilliers dont l’odeur d’encaustique m’enchantait ; j’admirais les meubles en bois montant jusqu’au plafond, leurs vitrines, les multiples tiroirs qui regorgeaient de trésors cachés : lingerie, culottes, maillots de bain, élastiques, boutons, pelotes de laine et bobines de fils multicolores.

Dans le quartier, les vêtements devenant trop petits pour les enfants qui avaient grandi circulaient de famille en famille. Madame Laignon était la dame qui me gardait quand ma mère travaillait. Originaire de Bretagne, nous lui donnions nos vêtements dont plus personne ne voulait car ils étaient trop usés. Quand elle repartait dans sa région, elle les distribuait aux petits Bretons. Et moi, dans mon imagination d’enfant j’imaginais tous ces gosses en haillons. Un jour, la grand-mère de cette famille est venue en train de Bretagne, apportant avec ses valises une motte de beurre salée dont je me souviens encore du goût.

J’allais seule à l’école qui était derrière chez nous. Un parking et une rue à traverser et j’y étais. Comme beaucoup d’enfants je marchais en équilibre sur le bord du trottoir, évitant de poser le pied sur les joints de dilatation. Un jour, arrivée au parking j’ai dû faire demi-tour, j’étais encore en chaussons !

J’aimais aller chez Dolly, une dame très originale qui habitait tout au bout de la banane, au N° 25. On allait avec elle et maman aux Puces de Clignancourt, j’adorais ça ! Elle était un peu artiste, un peu bricoleuses de génie. Je ne me souviens qu’elle était âgée et qu’elle vivait seule, mais qu’est-ce qu’« être âgé » quand on est un enfant !?

Quand les « Toro » sont arrivés, exilés, fuyant le Chili où ils étaient menacés avec leurs deux petites filles, Paola et Claudia, tout le quartier s’est rassemblé en un bel élan de solidarité, comme il existait dans ce quartier. Des lits, des meubles, des vêtements… Nous, c’est notre dictionnaire que je me souviens avoir offert à Judith et Hector. Un jour mon père est allé leur rendre visite. Il a une voix grave et forte qui faisait peur aux petites. Quand il arrivait, elles se cachaient dans un

Voir les commentaires

Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Textes personnels

Repost0

Publié le 6 Avril 2026

De Marseille à Guérande

Saint-Nazaire, je l’ai découverte après de nombreux déménagements dans toute la France, du sud au nord, du nord au centre, puis du centre à l’ouest.

Marseille, puis Gennevilliers au nord des Hauts-de-Seine ; Paris XIIIè, puis Bagneux au sud des Hauts-de-Seine. Je quitte l’Île-de-France pour la Loire, à Saint-Etienne, ville attachante, ouvrière comme mes ports d’attache précédents, ville minière aussi. J’arrive avec un enfant et un conjoint dans le Rhône, à Grigny, commune où je change trois fois de lieux d’habitation, appartements puis maison au gré de l’agrandissement de la famille. 

Les trois enfants ont grandi, me voilà seule, maintenant. Je traverse le Rhône pour aller en Isère, à Vienne.

Depuis janvier 2025, après de brefs mais fréquents séjours dans la Presqu’île, je m’installe à Guérande, où je ne suis désormais plus seule.

Et Saint-Nazaire, me direz-vous ? Je l’avais localisée très loin de Guérande, très loin, même, et je réalise aujourd’hui que vingt minutes de voiture suffisent pour s’y rendre.

J’ai découvert Saint-Nazaire à travers le regard curieux du photographe Michel Iordanov.

Guérande-Saint-Nazaire, Saint-Nazaire-Guérande. La Presqu’île-la ville. Deux mondes si différents et qui pourtant se ressemblent.

L’un, monde rural, ses maisons basses de paludiers, mais Guérande, aussi, lourde et massive entourée de ses remparts ; l’autre, monde urbain, larges avenues.

Arbre, cubes passerelle,

Le temps, comme les nuages passent

Piétons dans la ville

 

immeubles d’habitation,

Entre bitume et béton

P’tite fleur de bidon

Seule, épanouie

 

Mais mondes tous deux tournés vers l’eau salée de l’océan. Le marais où entre l’eau de mer et la construction de bateaux destinés à naviguer sur mers et océans.

Deux mondes, entre plages, ville et port.

Rentrer à bon port

Naviguer à vue, nuit noire

Où donc est le phare ?

 

Le port et ses silos, tels des châteaux

Donjon imprenable

Seuls les oiseaux s’y essaient

Glanant quelques graines

 

Saint-Nazaire, son port et ses

Réservoirs si ternes

Cœur de Cythère, en silence

s’étirent tels des cierges

 

Saint-Nazaire, ville-chantier, ville-travail, nuit comme jour, été comme hiver.

Qui donc travaille ici ?

Fourmilière d’hommes et de femmes

Nuit noire, projecteurs

 

Saint-Nazaire et ses ponts, pont tournants, pont levant

Il fait le dos rond

en colimaçon, le pont

coiffé de dentelle

 

Saint-Nazaire et ses écluses

Entrer ou sortir ?

Oui quelle question ! Mais,

Remplir ou vider ?

 

 

Saint-Nazaire et sa base sous-marine

Cette lourde et massive

architecture militaire

semble flotter sur l’eau

 

et en montant sur son toit, l’anamorphose de l’artiste suisse Felice Varini.

 

Deux mondes. Éoliennes encore en construction, visibles par tous les habitants de Saint-Nazaire

La ville vous observe

Fière de votre renommée

Éoliennes offshore

 

et éoliennes dans la mer, que je vois du haut de la côte, près de chez moi, sauf par temps de brume ou de pluies violentes

Dressées vers le ciel

Votre voyage commence ici

Géantes des mers

 

Saint-Nazaire, Guérande et la presqu’île, délicats moulins petits pieds,

Tourniquet du vent

Drapeaux, moulins, éoliennes

Été comme hiver

 

À la ville de Guérande, refermée sur elle-même, je préfère les vastes espaces ouverts où se reflètent le ciel, les nuages et les vols d’oiseaux. Quel bonheur quand j’aperçois la rare spatule, les bandes d’avocettes élégante aux cris aigrelets ou les aigrettes aux cris semblable au noir corbeau, elles, si blanches.

Ces espaces tour à tour couverts puis découverts par l’eau et son parcours compliqué de la vasière au cobier, puis au fare et enfin, de l’aderne à l’œillet où l’eau se repose et s’évapore. Ne reste que le sel que le paludier muni de son las ou de sa lousse, cueille d’un geste tout à la la fois léger et appliqué.

 Le marais où je cueille la salicorne, délicieuse au printemps, croquante et délicatement salée.

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Textes personnels

Repost0

Publié le 6 Avril 2026

À la manière de … Francis Ponge

Ce sont de petits sacs de cuirs qui toujours vont par deux. Parsemés de petits trous entourés d’œillets, ils sont traversés de longs spaghettis de coton tissé qui jamais ne se mêlent et toujours s’enlacent. Avec eux, je pars loin sur les chemins serpentant sur les collines et les sentiers côtiers.  

Ce sont mes souliers à lacets.

 

Tu gouttes, tu perles d’un sang neuf et rouge, sec et noir ou bien royal et bleu. Ta trace emberlificotée courant sur neige de papier vélin, soyeux, sans grain aucun laissée comme par la pointe d’une épée, suit des lignes imaginaires, que je m’évertue à déchiffrer.

Mon stylo plume.     

 

Eh, Ponge !
Rectangulaire, grêlée de petits trous, tel le 7/13*
avec des yeux dans les coins, t’es pas née, comme le poisson de même couleur.
Ton dos vert aussi irritant que du verre pilé
frotte les assiettes sales dans l’évier.

*Le Grêlé 7/13 est une série de bande dessinée créée par les dessinateurs Lucien
Nortier et Christian Gaty et le scénariste Roger Lécureux. Elle a été publiée de 1966
à 1971 dans les hebdomadaires Vaillant (à partir du n o 1078) puis Pif Gadget . Le
dernier épisode, intitulé Les derniers combats, paraît en mai 1971 dans le numéro
118 de Pif Gadget.

Voir les commentaires

Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Textes personnels

Repost0