Publié le 27 Mai 2014

Chine. Nous sommes inégaux devant ce pousse-pousse.

L’un pédale et gagne sa vie à la sueur de son front. Il est jeune. Il est pauvre. Il est maigre. Il est mal habillé. Il sent mauvais. Il a faim. Il habite ici, en Chine.

L’autre se laisse transporter. Il est vieux. Il est riche. Il est gros. Il s’habille chez Cardin. Il s’est parfumé. Il a le ventre plein. Il habite là-bas, en Occident.

France. Ce pousse-pousse est beau. C’est un joujou pour nous.

Chine. Ce pousse-pousse est utile. C’est un moyen de transport pour eux.

Ici, faire du vélo, un sport !

Là-bas, faire du vélo un travail !

Conclusion

Tout dépend du point de vue où l’on se place.

Œuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Biennale d'art contemporain

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Publié le 27 Mai 2014

Dichotomie entre la dureté, la froideur du métal de cette immense rangers militaire et la vulnérabilité, le pacifisme de ce pauvre petit gastéropode. Pourquoi tant de haine ? Le plus fort s’attaque toujours au plus fragile. Il est si facile, d’un coup de talon de briser la coquille d’un escargot ! Les guerres brisent tant de vies innocentes.

Mails là, non, l’escargot semblait bien à l’aise, collé sur cette botte, il rampait, glissait, laissant un long ruban brillant sur la chaussure. Ses petites antennes, attentives, palpaient chaque détail. Coutures. Lacets noués. Jusqu’où irait-il ? Aurait-il le courage d’entrer à l’intérieur ? Il avait comme un sourire. Pourquoi tu te marres, hein ? C’est ta revanche de petite bête sur la grande, l’Homme ? Couchée la pompe et personne dedans. C’est toi le maître, maintenant !

Œuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 27 Mai 2014

J’étais arrivé dans cette ferme par hasard. Soir d’orage. C’est la paille et le meuglement des vaches qui m’avaient attiré. Qui dit botte de paille, dit couchage confortable, au sec assuré. Et qui dit bovin, dit chaleur animale.

J’avais froid, j’avais sommeil, j’étais trempé. Roulé ma bosse toute la journée. Rouler. Oui, quoi, rouler ! N’avez-vous donc jamais pédalé des jours et des jours, des jours entiers ? Moi, si. Sous le soleil d’hiver, passe. Sous la pluie d’été, supportable. Mais là, oui, là ! Novembre. La boue collante du chemin et la pluie, depuis six jours déjà ! La neige n’était pas loin, je la sentais.

J’entrais dans la grange. Personne. Immense. Les bottes de paille étaient bien là. Mais les vaches ! Du Andy Warhol ! Non, du Sandor Pinczehekyi ! J’étais roulé… Coca-Cola made in Hongrie… Où étais-je venu me fourrer ? Chez les cocos ? Des faucilles, des marteaux … Je te virais tout ce bazar et me couchais. Ce devait être la fatigue qui me faisait délirer !

Œuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 27 Mai 2014

Odeur d’enfance. Souvenirs.

C’est l’été. Premières découvertes dans le verger. Le goût des cerises. Le jus coule sur mon menton.

Une corde, une planche et voilà une escarpolette ! Merci Tonton ! Plaisir du balancement.

Mais voilà l’hiver et ses plaisirs. Noël. Sous le sapin, le cheval de bois patiemment sculpté. Plaisir du balancement retrouvé.

Œuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 27 Mai 2014

Ouh la la ! C’est crevant ces expos ! Ah ! Tiens, des chaises ! Coup d’œil au gardien. Je m’approche de la chaise la plus proche de moi. Pas de réaction. Encore un peu plus. Il me regarde sans mot dire, presque approbateur. Je commence à vouloir m’asseoir. Il ouvre la bouche. Je le savais ! T’as beau être fatigué, dans les musées, jamais une chaise pour poser tes fesses. Chuis pas handicapé, juste crevé ! La chaise, c’est toujours pour le gardien. Normal, en un sens ! Lui, c’est huit heures par jour qu’il passe ici ! Oui, mais moi, mes jambes ne me portent plus. C’est sûr qu’il va me dire « Non… monsieur ! ». Tant pis, je m’assois, l’œil rivé sur l’homme en uniforme. Non, il dit rien. OUF !

Tiens, c’est quoi ces trucs posés sur la table ? Bizarre. Encore une de leurs installations d’artistes contemporains… Chuis assis, c’est déjà pas mal ! Le gardien toujours dans ma ligne de mire, j’approche une main de l’un des nombreux objets coniques. Il me regarde d’un air encourageant. Une lentille de chaque côté. J’y colle mon oeil. Tiens ! Quelle bonne surprise ! C’est joli et coloré. Quand à dire c’que c’est, mystère ! Le gardien me fait un grand sourire. Faut croire que j’ai le droit, non seulement d’être assis mais aussi de faire joujou avec ces images en relief ! Ça m’fait pensé au kaléidoscope de quand j’étais p’tit, çui qu’m’avait offert mémé !

Œuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 27 Mai 2014

De l'argent. Pas des deutschemarks ni des anciens francs. Non, quatre cents billets de 5€. Combien a rapporté la spoliation des biens des juifs ? Argent volé.

L'argent ça va, ça vient, ça circule, ça n'a pas d'odeur, dit-on.

Et les Enfants d'Izieu et d'ailleurs, français, polonais, juifs, tziganes, malades mentaux, handicapés physiques, tous européens regroupés, déportés ! Odeur de chair humaine partie en fumée.

Un jour, j'appris que Nina était morte.

Une mèche de cheveux, une photo accompagnaient la lettre. La mort personnifiée par ces cheveux.

L’horreur.

Ces cheveux me rappelèrent les horreurs de la guerre. Celle de 39-45. Les camps nazis, Sachsenhausen. En voyage linguistique à Berlin. L'insouciance de l'adolescence tout à coup brisée par ces photos ; ces photos… Une exposition installée dans une baraque du camp nazi.

Une montagne de cheveux. Longs, courts. Bruns, blonds. Destinés à être transformés en savons, tissus. L'Imagination est à un milliard d’années- lumière de ces monstruosités. Le dictionnaire, incapable à trouver le mot juste pour qualifier ces actes inqualifiables.

Un nom. Le mien. Un nom juif, Silberstein. Quel héritage que ce nom, quand il oblige toute une famille à s'exiler...

Cours d'histoire au lycée. La vérité claque, glacée. Antisémitisme. Extermination. Race aryenne. La gorge, le cœur, les yeux, tout brûlait en moi. Et si le nazisme revenait ?

Nina est morte.

Une poupée, tête rasée, corps nu.

Jouet d'enfant, enfant vivant.

Cheveux de laine ?

Cheveux de haine...

Cheveux d'enfant

Cheveux vivants.

Cette tresse entre mes doigts... a fait revivre ce court métrage projeté au lycée. La libération d'un camp nazi.

Cadavres vivants

Hommes déambulants

Regards vidés

De toute humanité.

Le musée s'ouvre. Des photos d'enfants. C'est l'été. Des sourires, des jeux. Ce pourrait être banal. Nous sommes dans une colonie de vacances. Mais c'est l'été 43...

Œuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 27 Mai 2014

Le nazisme revient suite au développement du capitalisme symbolisé par Bugs Bunny et sa compagnie Walt Disney, porte-parole des Etats-Unis.

Derrière ces images qui, en apparence semblent attractives de par leurs couleurs, se cache une grande brutalité. Une armée de cochons nazis agressifs, hurlant leur violence aux étrangers noirs Africains, noirs Américains qu'ils veulent chasser et/ou emprisonner.

Aïcha Jebari et Martine Silberstein

Œuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 27 Mai 2014

Arbeit macht frei

Afrique du Sud. Travail à la mine et sur les grandes exploitations agricoles.

POUR QUI ? LES BLANCS ! Argent, diamant

Contre QUI ? LES BLACKS! Misère, famine,

Esclavagisme

L'œil de l'homme BLANC surveille tout.

L'Homme NOIR travaille sous la contrainte, le fouet et la mitraillette. L'accident et la MORT sont au bout du chemin.

Township en forme d'exil: transporter sa maison sur son dos ou dans une brouette.

Sorcellerie en forme de retour aux sources ??

Oeuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 27 Mai 2014

EXIL

Partir.

Partir loin !

Partir en pédalant

Routes poussiéreuses

Voyage itinérant.

Emmener sa vie

Pistes boueuses.

Partir seul.

Traverser les continents

a la seule force des mollets

soleil

neige

pluie

bourrasques de vent.

Rouler le plus loin possible

user son souffle

dans les montées

se laisser griser

par les descentes

Avancer toujours plus loin

s'éloigner de son pays,

exil.

Oeuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

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Rédigé par Martine Silberstein

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Publié le 27 Mai 2014

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Lundi 8 juillet 2013

Un voyage, cela se prépare.

Quand aura-t-il lieu ? La Biennale, par le truchement de sa médiatrice, Mélida, m’informe qu’il commencera mi-septembre et durera deux ou trois jours. Les informations arrivent au compte-gouttes.

C’est un voyage assez mystérieux, sur des terres inconnues, celles de l’Art Contemporain. A la fois proche puisqu’il se déroule « CHEZ MOI », à Grigny, comme le dit si bien l’intitulé de Veduta (entité clairement définie au sein de la Biennale) et lointaines, à Lyon, Saint-Priest, Oullins et Vaulx-en-Velin et encore plus loin puisqu’il va m’entraîner jusqu’au Japon, pays de Nobuaki Takekawa. Si si, je l’ai vu sur la liste des passagers de la Biennale parmi les 52 autres artistes, comme autant d’univers à découvrir. Moi, c’est la 46è planète qui atterrit « CHEZ MOI ».

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Nobuaki Takekawa est une jeune planète, née en 1970, un homme de 33 ans, donc.

Il se propose de venir vivre à la maison et de réaliser son œuvre Ce voyage immobile est comme un voyage intérieur. Dans quelle langue allons-nous communiquer ? Je ne parle pas japonais et je ne connais personne qui s’exprime dans cet idiome. Je ne voyage pas en classe affaire et je n’ai pas la classe internationale puisque j’ignore l’anglais. Et le français ? Il connaît ? L’espagnol, ce serait bien. Sinon ce sera la langue des signes, signes des mains, expression du visage, petits dessins, il sait dessiner !

En voyage j’emmène toute ma famille avec moi… Mon fils, Antoine, 13 ans, curieux, intéressé par l’expérience, il aligne un peu plus de trois mots d’anglais. Me sera-t-il d’un grand secours ? Il aime dessiner, il a un bon coup de crayon. Il utilisera peut-être ce mode de communication. Puis vient mon conjoint, Roland, plus réservé et même sur la réserve dirais-je. Accueillir un étranger, un Japonais, d’accord, qu’il peigne chez nous, on verra dès que nous en saurons davantage. Ensuite Douchka, une minette noire de deux kilos et demi de poils et Virus, à quatre pattes aussi, deux oreilles tombantes et un ventre jamais rassasié. Ni l’un, ni l’autre ne s’opposeront à la venue de Nobuaki venu de si loin dans une si petite ville j’en suis persuadée.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Nobuaki restera t-il enfermé jour et nuit à créer son œuvre ? Voudra t-il se promener au bord du fleuve Rhône, parmi les vergers ou bien encore dans les parcs de la ville ? Ira-t-il rencontrer les œuvres exposées sous le parc de la mairie ? Se ressourcera t-il auprès des rosiers, au milieu des bambous ou perché dans le cerisier de mon jardin ?

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Dans ce voyage je pourrais emmener les personnes de mon groupe Veduta ; mon voisin et son groupe de peintres amateurs de l’Amicale laïque ; des amis des Potagers du Garon ; les enfants du cours d’Arts Plastiques du Centre Social ; des voisin ; des amis ; ma famille.

Lundi 22 juillet 2013

J’en sais un tout petit peu plus. Mais vraiment pas beaucoup plus : j’ai reçu un appel téléphonique d’une personne de la Biennale. Nobuaki Takekawa séjournera du 2 au 4 septembre. Et Ô surprise, c’est sur un mur de notre maison qu’il réalisera son travail. J’espère qu’il acceptera l’honneur que je lui fais d’orner d’une fresque, peinture, dessin ou collage le mur de la chambre d’amis où il dormira. C’est aussi la pièce où se trouve mon bureau. Je serais très ennuyée qu’il demande à peindre un mur en façade car nous avons décidé de la faire repeindre. Mon fils s’enthousiasme pour cette aventure. Il a même proposé que l’artiste réalise son œuvre sur un mur de sa chambre, c’est dire ! Surprise ! Mon conjoint a accepté que Nobuaki peigne sur un mur de notre maison ! Et si le décor ne lui convient pas ? Il fermera la porte de la chambre d’amis…

Mardi 23 août 2013

La première partie de ce journal a été envoyée et traduite en anglais à Nobuaki. En France il a intéressé les acteurs de Veduta (fenêtre, en italien), c'est déjà ça! Mélida et Laurie ainsi qu'Abdelkader, leur chef. Mélida Bilal est la médiatrice culturelle qui vient à Grigny et Laurie Chevrot est chargée des relations entre Nobuaki et moi. Mais qu'en pense le principal intéressé, mon invité? Mystère!

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Samedi 27 août 2013

Les vacances s'achèvent. Retour à la maison. La date de la résidence d'artiste s'approche. L'impatience monte. Pas de nouvelle de Nobuaki.

Interrogation. Dans toute l'agglomération un seul artiste en résidence et une seule personne s'est proposée pour l'accueillir ? Que craignent tous ces êtres humains? Quand j'ai dit OUI, je ne savais même pas à quoi m'attendre. « Un artiste va venir créer une œuvre chez vous ». Le plaisir et la curiosité de voir un artiste à l'œuvre. Découvrir le mystère de la création. Je pensais qu'il apporterait une toile, un bloc de pierre ou de bois. Personne ne s'est proposé pour avoir l'honneur d'accueillir un japonais qui vient de si loin pour venir chez soi. Une fresque sur mon mur. Cette seule information aurait pu les rebuter MAIS elle n'a pas été communiquée d'emblée, alors... ce n'est pas la raison. Je réitère mon interrogation, pourquoi une seule personne est intéressée ? Pas le temps? Beaucoup de gens sont à la retraite, au chômage ou en RTT! Pas assez d'espace chez soi? Pourtant que de belles demeures autour et dans Lyon ! La peur de l'inconnu, alors ? Je ne vois que ça... L'âme humaine est insondable. Pourquoi, oui, pourquoi se priver de la richesse de cette rencontre? Cette opportunité ne se reproduira peut-être même pas!

Pendant les vacances j'ai lu tout ce qui me tombait dans les mains, journaux, surtout, tendu l'oreille si, d'aventure, on parlait du Japon. Fukushima, surtout, car j'ai lu que Nobuaki avait été très influencé par la catastrophe de la centrale nucléaire. Comment ne pas y être sensible, Japonais ou non, d'ailleurs!?

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Question: qu'aime t-il manger? J'ai bien envie de ne rien changer à nos habitudes culinaires. Je pense qu'il appréciera d'être reçu comme un ami ou un membre la famille. Pourquoi mimer les rituels japonais, sa cuisine, que je ne connais d'ailleurs pas! Après, s'il le faut, je m'adapterais. Du thé? J'en bois tous les matins. Peut-être voudra t-il boire du café, comme Roland ou manger des céréales avec du lait, comme Antoine. A t-il déjà séjourné en France? Connaît-il notre pays autrement que sur internet ? Que d’interrogations !

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Mercredi 28 août 2013

Aujourd'hui Laurie m'a téléphoné et j'en sais un poil de plus.

L'heure de son atterrissage à l'aéroport Saint-Exupéry, d'abord. 9h30. Elle me téléphonera quand elle sera en route pour Grigny avec lui.

Ensuite ce ne sera pas une fresque mais une installation. En plus ou à la place (je n'ai pas bien compris) de la fresque. Je m'étais habituée à l'idée de la fresque. Roland aussi, je crois. Je n’ai pas tout bien compris. Ce n'est pas grave, ce doit rester une surprise. Une installation avec des lanternes. Il requerra notre aide pour les peindre. Va t-il apporter tout son matériel du Japon, peinture, lanternes ? Oui, j'imagine, sûrement! Antoine ne retourne à l'école que mercredi. Il sera là et certainement intéressé de voir la création en action. Les personnes de Veduta ? Christiane, Chantal, Notre artiste, José ? Alain Bottone, un autre artiste, mon voisin? Combien de lanternes? J'aimerai aussi essayer, bien sûr!

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Sur internet j'ai trouvé de nouvelles informations. Nobuaki est né à Tokyo. Il n'a visiblement exposé qu'en Asie: Japon, bien sûr, Singapour et Corée.

Laurie m'a dit que c'était LUI qui avait demandé à créer chez l'habitant. Et il est le seul artiste à l'avoir sollicité.

Elle m'a à nouveau demandé si j'acceptais qu'un documentaire soit réalisé chez moi, avec Nobuaki, et moi aussi. Oui, bien sûr. Il me semble que cela fait partie de l'aventure. Ce n'est pas prémédité mais je me dis que cette expérience (tant cet accueil que l'école de l'amateur) pourrait avoir des répercussions intéressantes sur mon travail à venir. Ecrire, cela fait partie de la "contrainte", qui n'en est pas une pour moi. C'est sous la forme d'un journal de voyage que j'écris, Ecrire les cartels de l'expo dans les souterrains de Grigny aussi. Cette rencontre, ces échanges avec les autres membres de Veduta, ces visites privilégiées des expos de la Biennale nourriront peut-être un futur texte, pas forcément un roman ou autre. Mais, qui sait ? Ce documentaire, l'article dans le journal du Grand Lyon pourront peut-être me faire connaître. Faire connaître mon travail d'écrivain (livres, biographies) et d'animatrice d'atelier d'écriture. Et enfin, pourquoi ne pas, à l'avenir, travailler, collaborer par mes écrits, à la prochaine biennale? Je m'éloigne de mon sujet, l'accueil de Nobuaki.

Est-il marié? Des enfants? Habite t-il en ville? A la campagne? A la mer? A la montagne? S'il n'a exposé qu'en Asie, a t-il déjà voyagé à l'étranger? En France? Décalage horaire. Il lui faudra s'adapter. Peut-être aura t-il besoin de rester un peu plus à la maison pour achever son installation ? Pas de problème! Il peut rester plus longtemps. Il sera mieux qu'à l'hôtel.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Vendredi 30 août 2013

Je reçois un nouvel appel de Laurie. Elle souhaite savoir si j'accepte de recevoir la visite de journalistes de la presse écrite les 11 septembre. Oui, bien sûr ! Si je me suis engagée dans cette aventure, c'est pour jouer le jeu jusqu'au bout. Avec des limites, cependant. Je ne veux pas que l'on donne mon adresse personnelle. Le 11 je ne sais pas si j'aurais repris mes ateliers d'écriture à Charly. Le mercredi après midi, je suis sûre d'être libre. Quels journaux ? De quels pays ? Seulement spécialisés dans le domaine de l'art? A vocation internationale ? Nationale ? Régionale ? Locale ? Peut-être leur parler de mon activité d'écrivain, biographe, animatrice d'ateliers d'écriture. Pourquoi ne pas profiter de cette couverture médiatique inattendue?

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Mais ce qui m'importe et qui les intéresse avant tout c'est le POURQUOI du COMMENT j'ai accepté de participer à la Biennale en accueillant Nobuaki. Là, je sais ce que je veux dire. Par curiosité. Parce que j'ai le sens de l'hospitalité. J'aime accueillir l'autre, l'étranger. Par ouverture d'esprit sur ce que je ne connais pas. N'est-ce pas merveilleux de voir une œuvre se créer sous ses yeux? Et par une personne qui vient de si loin! Il a choisi de créer chez l'habitant, la meilleure façon de connaître de l'intérieur, un pays, ses habitants. Je me souviens de mon expérience au Québec. Marjolaine m'avait accueillie chez elle, auprès de ses enfants, son mari. J'étais avec mon fils, mon mari. Avec elle j'étais allée faire des conférences sur mon livre. Inoubliable. Je me souviens aussi des deux cyclistes anglais que j'avais hébergés à la maison.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Lundi 2 septembre 2013

Enfin, ça y est! Le grand jour est arrivé et Nobuaki avec lui. Atterri à 9h30, il est d'abord allé au MAC (Musée d'Art Contemporain) en taxi pour voir où en était son installation, puis est arrivé vers 14h30 à la maison, accompagné de Laurie qui, non, n'a pas 17 ans malgré sa voix juvénile au téléphone.

Nobuaki est un homme jeune, au visage rond et souriant. Il ne fait pas ses 43 ans puisqu’il en a 33 ! Il n'a pas d'enfant. Il aime (I like) tout ce qu'on lui propose, tout ce qu'il voit et tout ce qu'il mange et boit. En bref, un homme charmant et facile à vivre ! Antoine n'a pas encore repris l'école et heureusement. Il parle anglais et se débrouille plutôt bien comme traducteur. Il s'entend très bien avec Nobuaki.

A peine le café bu et Laurie partie, les voilà tous les deux partis se promener dans les vergers, suivis de Virus, le chien.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Il aime (I like) le chien qu'il a photographié puis peint sur une lanterne de papier blanc. Il aime (I like) Douchka, il a deux chats. Il habite Tokyo mais a aussi une maison à la campagne où il aime créer. De leur promenade Nobuaki m'a ramené une petite mirabelle jaune. Délicieuse!

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Quand ils reviennent Nobuaki a faim ! Salade de tomates, concombres et olives. Omelette nature. Aubergines sautées à l'huile d'olive, au thym et à l'ail. Je lui propose de boire un verre de vin (I like ). Thé au jasmin avec un morceau de gingembre confit.

Il connait déjà pas mal de mots en français et s'applique à en apprendre d'autres, s'efforçant à bien prononcer. Il me demande de les écrire. Concombre. Aubergine. Loutre. Il les dessine sur la feuille, à côté, ne traduit ni en anglais, ni en japonais. Il dessine ensuite le concombre et l'aubergine sur une lanterne. Sur une autre Virus et une feuille qu'Antoine lui a donnée. Antoine lui montre quelques dessins qu'il a réalisés en atelier d'art plastique et au cours de dessin au collège.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Nobuaki trouve qu'Antoine a du talent. Je demande à Antoine de laisser Nobuaki travailler tranquillement et de ne pas mobiliser sans cesse son attention. Nobuaki demande à Antoine de peindre avec lui. Il peint un pion de jeu de petits chevaux et un personnage de manga.

Nobuaki a besoin d'une petite mèche pour la perceuse qu'il a apportée du Japon. Il veut partir en acheter une. Je lui ouvre le garage. Il est content de voir que nous avons tout ce qu'il lui faut ! Il attendra que Roland arrive.​​

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Il nous a apporté des livres et des catalogues de ses expositions pour nous les offrir. Nous nous sommes échangés nos livres. Je lui ai offert les livres que j'ai écrits. Des sportifs exceptionnels où témoignent 24 sportifs handicapés de la région Rhône-Alpes préfacé par Jean-Jack Queyranne et Corps et âme, un recueil de poésies érotiques illustré par les nus de Clément Dincher. Ne pas oublier de lui demande de nous les dédicacer.

Il me montre l'un des livres qu'il a apporté sur lequel il y a les photos d'un festival de musique. Sur certaines photos l'on voit des lanternes accrochées les unes à côté des autres et aussi les unes au dessus des autres. C'est ce qu'il veut réaliser. Il veut les percer pour les accrocher ensemble. Sur l'un des catalogues, la sculpture en bois d'une loutre, sur le dos. Pourquoi la loutre ? C'est un animal migrateur qui relie le Canada au Japon. Sur une autre photo, une cigale (cigada en anglais). Elle revient tous les huit ans. Au Japon, car en France, c'est tout les étés que nous pouvons l'entendre chanter. Et avec le réchauffement climatique elles remontent plus haut, jusque chez nous, comme cet été. Il offre un livre de l'histoire des mangas à Antoine.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Roland arrive. Ils voient ensemble quel matériel il peut utiliser. Du Japon il a apporté une structure en bois qu'il a assemblé. Mais où va t-il bien suspendre ces 20 lanternes ? Je m'attends à ce que Roland râle. Pas du tout. Il propose de les installer sous les poutres du salon, parallèle et le long du mur du fond, à droite de la cheminée.

Un journaliste de l'agence CAPA (comme le nom du photographe créateur de l'agence Magnum) me téléphone pour prendre rendez-vous et me pose des questions. Avec son équipe il réalise l'émission Des racines et des ailes, Zone interdite et d’autres bonnes émissions connues de télévision. Ils vont venir faire un documentaire qui passera seulement sur le web. Il me pose des questions pour préparer le reportage. Lui ne viendra pas, il restera à Paris. Pourquoi ai-je accepté de recevoir Nobuaki est LA question que tous se posent! L'équipe attendra qu'Antoine rentre du collège pour l'interviewer aussi.

Roland a discuté avec Nobuaki. Il parle un peu mieux anglais qu'Antoine. Demain j'irais faire les courses. Mais je ne change rien à nos habitudes puisque notre invité aime tout. Ce soir; saucisson fait maison. C'est la première fois qu'il en mange. "C'est bon!" en français. Soupe au pistou. Il aime, l'ail, le basilic, l'huile d'olive. Il a mangé des haricots beurre... au beurre et au citron. Il a beaucoup aimé le fromage fort, ce mélange pâteux de vieux fromages mixés. Il a fini par une pêche.

Antoine s'est engagé à lui préparer son petit déjeuner. Jus d'orange, lait, toasts. Ni café, ni thé.

Demain midi Abdelkader Damani le chef de Veduta viendra nous rendre visite. Il ne pourra pas déjeuner avec nous.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Mardi 3 septembre

Ce matin je propose à Nobuaki de venir en courses avec moi. Le mardi matin, sur l'esplanade du supermarché un producteur de fruits et légumes du coin est toujours présent. Le melon à côté des groseilles et des framboises me donnent une idée. Le creuser et mélanger les cubes de melon avec les fruits rouges. Je présenterais cette salade en hors d'œuvre dans les deux demis melons. Au supermarché j'achète crevettes, maquereaux et magrets de canard. Et d'autres choses encore. Amusant, je me retourne et le voit pousser mon chariot ! Un artiste, en course avec moi et c’est lui qui pousse le chariot ! Nobuaki a remarqué que je disais bonjour à de nombreuses personnes. Très observateur, il a noté que je disais souvent "d'accord, d'accord". Il prend l’initiative de porter deux des sacs au coffre de la voiture. Il est très serviable. De retour à la maison je lui explique avec l'aide d'Antoine que j'ai longtemps travaillé dans le social à la mairie de Grigny, raison pour laquelle je connais tant de monde. Je lui traduis: "d'accord !".

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

A notre retour Nobuaki et Antoine reprennent la peinture.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Avec les légumes des Potagers du Garon je fais une ratatouille. Maquereaux au vin blanc, à la tomate et aux rondelles de citron.

Le repas est prêt. Abdelkader n'est toujours pas arrivé. Je commence à peindre. J'ai invité une amie, Christiane, à venir manger avec nous puis à peindre sur des lanternes puisque telle est la proposition de Nobuaki: inviter des personnes à créer avec lui. Christiane a apporté un gâteau. Elle peint avec nous. Je pose le bouquet de fleurs,

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

une chouette en ferraille de récupérations (vieux fers à chevaux...) et une petite sauterelle verte trouvée morte sur le rebord de la fenêtre. Je ne sais pas dessiner mais je vais tout de même peindre le bouquet que Roland a ramené de Champdieu de chez ses parents. Le vase est joli. Et les fleurs ont des formes irrégulières, faciles à dessiner. Quelle chance ! Hier et aujourd'hui il fait beau, mais pas trop chaud. Nous sommes bien installés dehors, à l'ombre du mûrier platane. Idéal pour peindre et manger.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Abdelkader arrive. J'apprends de nouvelles choses sur la genèse du projet de Nobuaki. Il a été proposé aux artistes de confier une œuvre aux habitants des communes éloignées de Lyon. Nobuaki, lui, a demandé à créer son œuvre chez l'habitant. La réponse à la question qui me brûle les lèvres est OUI, l'installation des lanternes de papier crée chez moi restera à la maison à l'issue de la création. Incroyable! J'imagine à peine le privilège qui m'est offert! Quel plus beau cadeau?

C'est l'heure de manger. Finalement, Abdelkader reste ! Toujours mieux qu'un sandwich mangé à la va vite dans sa voiture!

Nobuaki a demandé à retourner au MAC pour voir où en est l'installation de son œuvre. Une voiture viendra le chercher. Et nous? Nous pouvons l'accompagner? OUI!

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Le repas est fini. Outre la salade de fruits dans le melon, maquereau au vin blanc et la ratatouille, nous avons mangé du fromage et bu du vin. Abdelkader s'en va, un peu en retard sur son horaire.

Le véhicule (minibus aux couleurs de la biennale) arrive. Le chauffeur est très sympa. Un parcours atypique. Il a beaucoup voyagé l'été et fait les saisons l'hiver, en Suisse, il travaillait dans l'hôtellerie-restauration. Il a d'autres cordes à son arc puisqu'il est ingénieur du son et musicien, donc intermittent du spectacle. Il préfère ne plus faire ces métiers, des problèmes de dos. L'amour l'a fixé à Lyon. Un travail sur l'environnement lui irait bien. Christiane, qui est venue avec nous, bien sûr, lui parle du SMIRIL et de l'agence de l'eau. Moi, de l'île du beurre et de l’observatoire de la nature, à Condrieu ainsi que de la péniche de l'environnement. Des pistes à suivre...

Il nous pose au MAC. Nous sommes attendus. L'entrée est interdite au public. Quel privilège pour Antoine, Christiane et moi ! On nous emmène au 3è étage où les morceaux de l'installation de Nobuaki ont commencé à être déballés. Il montre le plan, sur son ordinateur, au responsable des techniciens. La personne qui nous a accompagnés nous présente comme venant de Grigny et accueillant l'artiste chez nous. Surprise! Le responsable des installations des expos au MAC, monsieur Ferria, est originaire de Grigny ! Quelle chance ! J'ai discuté avec lui. J'ai bien connu sa mère, ses frères quand je travaillais à la mairie. Lui, le métier lui est tombé du ciel sous la forme d’une rencontre avec Ernest Pignon Ernest dans une galerie d’art anciennement située dans la gare de Perrache. Personne ne voulait se risquer à installer un anneau de Moebius en papier Canson de plusieurs mètres de long. Monsieur Ferria, si. Et ça été le début d’une longue collaboration à travers le monde d’abord avec cet artiste puis avec d’autres. Ousmane Soh et ses humaines sculptures faites de matière « vivante » installées sur le Pont des Arts, à Paris (que j’ai vues !) et d’autres. Un parcours professionnel extraordinaire !

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Aujourd’hui il est responsable de toute l’installation technique des œuvres. De la réception où il faut photographier chaque emballage pour vérifier qu’il n’a subi aucun dommage, puis le photographier une fois ouvert pour s’assurer que l’œuvre est en bon état, qu’il ne manque rien et aussi pour se souvenir de la façon dont elle était disposée à l’intérieur. Il supervise la fabrication sur place d’éléments qui coûteraient plus cher à transporter. Etc, Etc. Il nous montre un emballage muni d’un niveau à bulle extérieur car l’œuvre doit toujours être transportée horizontalement. Il me dit que Nobuaki est un artiste sympa, qui aide. D’autres se croient de grandes stars et sont affreusement capricieux et pénibles. Ils font tout changer au dernier moment, faisant fi des nombreuses heures de travail qu’il a fallut pour tout mettre en place.

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Monsieur Ferria nous fait visiter tout le MAC en cours d'installation. Un vrai privilège ! Avec ses commentaires, tout s’éclaire ! Vraiment, nous goûtons ce bonheur avec délectation. J’échange quelques mots avec Pjota, qui va venir à Grigny, en portugniole, sabir de portugais et d’espagnol car il est brésilien. Antoine a apporté son appareil photo.

Les cloisons du MAC sont amovibles. Pour ce faire, l’on enlève les plinthes du haut et du bas et on les pousse avec deux Fenwick®. Tous les espaces peuvent être ainsi modifiés d’une exposition à l’autre. Impressionnant ! Sur le côté du musée, une plateforme sur laquelle un petit camion peut prendre place et dans lequel on dépose l’œuvre et le matériel pour les amener jusqu’aux espaces qui leur sont réservés.

Puis nous sortons prendre l’aire (euh ! L’air) au parc de la Tête d’Or en attendant que Nobuaki ai fini. Antoine prend quelques clichés.

Nous sommes bien rentrés (en taxi) du MAC. Nobuaki s'est assoupi et ne voit pas le Pont Raymond Barre en train d’être installé, parallèle au Pont Pasteur et face au Musée de la Confluence. C’est la Biennale qui paie la course. Nobuaki signe une décharge. Un autographe qui vaudra peut-être de l’or dans quelques années !

Nous nous remettons à peindre. Puis Roland arrive. Il a faim, il n’a rien mangé à midi. En ouvrant le frigo, le soir, je m'aperçois que nous avons oublié de manger le gâteau que Christiane a apporté ! Tant pis, ce sera l'occasion pour elle de revenir pour le manger avec nous! Pâté de lapin, restes de saucisson, puis mélange de restes de légumes (soupe sans pistou, haricots beurre et aubergine à l’ail. Restes de la salade de fruits de midi). Nobuaki nous dit qu’au Japon on ne mange pas de lapin. Yuì, sa femme n’en aurait jamais mangé !

Nobuaki dit qu’il va finir de peindre les lanternes cette nuit. Antoine lui propose de l’accompagner au collège demain matin pour sa rentrée scolaire. Nobuaki veut qu’on le réveille au dernier moment. Il prendra son petit déjeuner au retour.http://www.lyon.fr/actualite/grands-projets/pose-en-direct-du-pont-raymond-barre.html

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Mercredi 4 septembre

Finalement, Nobuaki a peint trois lanternes.

Ce matin, c’est le grand jour pour Antoine ! Il retourne au collège. Je me demande bien, si Nobuaki n’avait pas été là, ce qu’il aurait fait ! De l’ordi et la télé, sans doute. Un peu de basket et de lecture quand même. Nous partons à pied. Pas le temps de trainer, nous finissons au pas de course, il est l’heure.

Avec Nobuaki nous passons au centre social, les locaux sont flambants neufs ! Cécile nous attend. Nous passons à la mairie chercher les clefs des souterrains. Elle récupère une revue de Grigny Magazine qui parle de Veduta et de monsieur Bottone, notre voisin. Laurence, la vidéaste de la mairie nous accompagne. Tout est déjà installé. Laurence qui se débrouille en anglais lui explique centaines choses.

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J'ai écris les cartels pour les œuvres exposées dans les souterrains de Grigny.

Nous laissons Cécile et Laurence repartir qui, vers la mairie, qui vers le service politique de la Ville et nous, nous repartons en sens opposé. Nous passons en contrebas des jardins de la mairie « à la française ». Passons à côté de la salle des fêtes Edouard Brenot, puis le long de la maison qui, peu à peu s’effondre, encore une « Dead mémé » ? Tout à l’heure, nous sommes passés avec Antoine le long du jardin d’une autre mémé, en friche, des herbes très hautes. Et Antoine a traduit pour moi : « la mémé est morte » (peut-être). Son jardin n’est plus entretenu. Pour ne pas repasser devant le collège, nous passons entre le stade et les immeubles de l’avenue Jean Durand. Des mûriers platanes sont plantés le long de cette rue. Comme dans mon jardin. Nobuaki reconnaît les fruits et en cueille deux. Il me donne une mûre et mange l’autre. Le long de l’avenue Sabatier, des travaux et c’est la première fois que je vois un camion aspirateur. Savais pas que ce genre d’engin existait !

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Ce matin Roland est resté à la maison car rien n’est encore installé et je voudrais qu’il attende la traductrice en japonais pour permettre à Nobuaki de mieux s’expliquer sur ses souhait au sujet de l’accrochage de son mobile. L’équipe de tournage arrive. Le caméraman et le preneur de son. Le caméraman et réalisateur arrive de Paris. Il a pris le train à 6 heures ! Il a réalisé des clips pour des chanteurs, dont Olivia Ruiz. Le preneur de son, lui, est de Givors, il arrive en scooter à trois roues. La traductrice n’est là qu’à 11 heures. Elle habite Francheville et a déjà travaillé pour des artistes. Elle se déplace dans toute la France et aussi en Suisse, en Belgique. Repérage de l’équipe, interview de Nobuaki. Le camion aspirateur est loin, mais on l’entend ! Le preneur de son courre lui demander d’arrêter. Mais c’est un équipement rare et ils doivent finir leur travail.

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Pendant ce temps, je cuisine des lasagnes aux courgettes, sauce tomate, béchamel et parmesan. Je mettrais les magrets de canard en route plus tard. Michèle, mon amie de Lyon, arrive. Le caméraman filme l’arrivée d’Antoine. Il revient du collège. Il a droit à une interview. Roland, peu disert, aussi. Le preneur de son me demande de lire des extraits de mon journal de voyage. J’en profite pour leur montrer (ont-ils filmé ?) les livres que j’ai écrit.

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Roland a percé la poutre qui se trouve sous l’avant toit, juste devant la maison. Il fixe un anneau après lequel il accroche une corde. L’équipe filme quand Nobuaki perce la structure en bois qu’il a apporté. Il y fixe des anneaux de corde. Puis il accroche les lanternes en ribambelle selon un ordre mystérieux, connu de lui seul.

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L’origine de son projet vient d’une fête à laquelle il s’est rendu. Cette fête ancestrale se déroule à Kyoto. Parmi les livres qu’il nous a offerts figurent deux ouvrages écrits en japonais et illustrés de nombreuses photos. Sur l’un d’entre eux des lanternes éclairées par des bougies, la nuit. Sur l’autre, des chars couverts de tapisseries asiatiques (Chine, Japon) mais aussi européennes (France –Bayeux-, Belgique). Route de la soie, les liens se tissent entre Kyoto et Lyon, ville des canuts.

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Grâce à la traductrice japonaise j'ai aussi mieux compris son tableau sur la cigale. Sur une photo l'on voit aussi une sculpture de cigale géante et sonore. En fait elles ne reviennent pas tous les 8 ans au Japon. Huit ans, c'est le cycle de croissance de la cigale pendant lequel elle vit sous terre sous la forme d'une larve. Son tableau est l'arbre généalogique de la cigale mis en parallèle avec celui des hommes. Et quand l'on descend dans cet arbre les humains sont habillés de manière différente, comme autrefois. Les voitures sont anciennes. L'histoire de l'Homme est mise en parallèle avec celle des cigales.

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Je me permets d’abuser de sa compétence et de sa gentillesse pour lui demander aussi des explications au sujet de l’installation de Nobuaki au MAC. L’île a été dessinée autour du tableau des isotopes comme le celsium, l’uranium, etc... Ce sont donc les chiffres rangés dans des colonnes obliques dans un dégradé de jaune/orangé qui ont donné sa forme à cette île imaginaire. Au dessus de l’île, Tchernobyl, Hiroshima et Fukushima sont représentés. Dessous, des portraits de scientifiques comme Becquerel. Les personnages qui rament symbolisent l’esclavagisme. Ils sont esclaves de l’autorité qui décide tout, y compris les mauvaises choses comme le nucléaire. Au bout du bateau, une bibliothèque, dispensatrice de savoir, permettant de combattre l’obscurantisme. Aujourd’hui Nobuaki porte un tee shirt noir couvert de croix blanches, le nombre de morts dus au nucléaire, dessous, le slogan « Non au nucléaire ».

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Nobuaki n’a pas fait d’études scientifiques, mais d’arts plastiques. Il explique qu’il arrive plus ou moins à vivre de son art. Il n’enseigne pas. Sa femme est céramiste. C’est elle qui a réalisé les rameurs et les livres de l’installation de son mari. Féministe, et je trouve dommage que son nom n’apparaisse pas… En ce qui concerne la Biennale il n’a pas dépensé un liard. C’est la Biennale (elle-même sponsorisée par des entreprises et subventionnée par des collectivités) et son galeriste qui ont tout payé. Les Japonais sont d’ailleurs les seuls dont le galeriste finance tous les transports.

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Il est plus de treize heures quand le tournage s’achève. Nous offrons l’apéro à la traductrice et à l’équipe de tournage et commençons (enfin !) à manger. Roland voulait ne rester que ce matin mais il est tard et il reste bien évidemment manger avec nous. Il est allé même allé acheter du pain et a bien géré la cuisson des magrets qui, sans lui, brûlaient. Les voisins devaient venir à deux heures. Antoine courre les prévenir pour qu’ils n’arrivent qu’à deux heure trente. Michèle, pendant le repas retrouve son anglais et discute beaucoup avec Nobuaki. Le repas n’est pas encore fini quand Christiane s’annonce au portail. Je l’ai invitée car hier nous avons oublié de manger le gâteau qu’elle avait apporté. Elle m’est d’un grand secours, débarrassant la table, l’essuyant, vraiment sympa !

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Le repas est fini, Entretemps Antoine va chercher les voisins, monsieur et madame Bottone. Brusquement arrive Laurence avec, elle aussi, sa caméra. C’est la journée ! Laurence a été embauchée par la mairie pour réaliser la Ouèbetélé. Et ensuite les voisins arrivent. Nous buvons le café et partageons le gâteau.

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Monsieur Bottone et Michèle, qui a apporté son tablier se mettent à l’ouvrage. Il peint une frise d’arbres et une maison des champs, comme celle que l’on voit au milieu des vignes et des vergers et où les Grignerots se réfugiaient pendant que les alliés bombardaient la gare de triage de Badan (La rotonde) pendant la deuxième guerre mondiale.

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Pendant ce temps Nobuaki croque monsieur Bottone et une feuille de mûrier platane sur une lanterne. Michèle éprouve le besoin de faire un brouillon sur une feuille avant de se lancer sur la lanterne. Elle peint une boîte cubaine creusée dans une coloquinte, très colorée. Christiane et madame Bottone elles, ne peignent pas, moi non plus. Tout ce petit monde réunit sur la terrasse, à l’ombre, bavarde joyeusement. Laurence filme. Elle doit partir, Christiane aussi. Restent le couple, Nobuaki et moi. Antoine vaque à ses occupations. Roland fait la sieste.

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Nobuaki me dit que, cette fois il doit se débrouiller pour aller à son hôtel en train. Michèle qui habite Lyon se propose de le ramener. Nobuaki accroche les trois dernières lanternes, réalisées aujourd’hui, avec les autres. C’est beau ! Il plie bagage. Le couple Bottone rentre chez lui, juste en face, de l’autre côté de la rue. Antoine part s’entraîner au basket, accompagné par son père. Ne restent que Michèle, Nobuaki et moi.

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Les lanternes sont le reflet de notre vie.

Sur la première lanterne que Nobuaki a dessinée l’on voit Virus photographié pendant leur promenade dans les vergers et de l’autre côté une feuille qu’Antoine lui a offert, d’une forme surprenante, épaisse, et toute duveteuse.

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Notre premier repas, concombre et aubergine et de l’autre côté la loutre qu’il a sculptée et exposée dans sa galerie au Japon.

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Maquereau, crevette, fromage, couteau, fourchettes, souvenir du repas pris avec Abdelkader et Christiane.

Les dessins d’une nappe ramenée d’Alsace.

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Mon prénom enluminé réalisé par un enfant participant aux ateliers d’écriture que j’anime à Charly.

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Un âne qui brait en terre cuite et de l’autre côté un bouddha jouant de la flûte ramené de Thaïlande.

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Douchka (mignon, en russe), la chatte de notre fille entourée des deux chats de Nobuaki (« j’ai une femme, deux chats et pas d’enfant »).

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Le logo de notre caravane, une petite sorcière trouvée sur un gâteau d’anniversaire et de l’autre côté un masque ramené d’Afrique du Sud.

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Les deux nounours perchés en haut de l’armoire autrefois offerts par une amie quand les filles étaient petites. De l’autre côté, le cheval à bascule en bois appelé Pompon fabriqué par le tonton et offert à l’une des filles quand elle était petite.

Une statue en bronze. Elle a six bras. Nous l’avons ramenée d’un voyage en Inde. De l’autre côté un avion en bois, un peu cassé, ramassé à côté de l’hôpital où, vieille et malade, mémé se mourrait.

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Des matriochkas, poupées russes gigognes, ramenée de Russie par Roland quand il était jeune et de l’autre côté un vase où sont peints des poissons venant de je ne sais où.

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Enfin, la dernière, une lanterne avec le visage de monsieur Bottone appliqué à peindre des arbres sur une face, de l’autre côté une feuille de mûrier platane.

J’ai invité mes amis, mon voisin, mon fils à peindre des lanternes. Sans complexe, même si je ne sais pas dessiner, je me suis aussi autorisée à en peindre deux.

Christiane, de Grigny, a peint deux éléphants rapportés d’Afrique du Sud et deux canards qui viennent de Thaïlande. Sur une autre elle a représenté un petit poisson en plastique, des roseaux et des fleurs.

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Michèle, de Lyon, a dessiné une boîte ramenée d’un voyage à Cuba et un oiseau en bois dont je ne me souviens plus la provenance.

Antoine a peint une pipe qui appartient à son père, foyer en ivoire, deux vieilles clé et un poisson noir tiré de son imagination, arrêtes blanches. Sur une autre c’est le visage d’un héros de manga, un enfant trouvé sur une carte postale et le cheval d’un jeu de société.

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J’ai fait des dessins abstraits accompagné du rond rouge du drapeau japonais. Sur l’autre un vase des années 50 hérité d’une grand-mère et son bouquet, de l’autre côté une chouette en fer à cheval et autres matériaux de récupération et une sauterelle, morte, trouvée sur le rebord de la fenêtre.

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Toute notre vie, nos voyages, la vie, la mort, l’enfance de nos enfants, les repas partagés. Tant d’émotion ! Même si je n’ai pas expliqué la provenance et l’histoire de chaque objet déniché par Nobuaki sur les étagères de notre maison, c’est comme s’il avait tout compris, sans me le demander…

La maîtrise de l’aquarelle, à fortiori sur une surface bombée, striée par les spirales de l’armature n’est pas simple. La peinture fuse, élargissant involontairement les dessins.

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Je leur propose, avant de partir, d’aller voir la rotonde si elle est ouverte. Chance ! Le portail est ouvert ! Michèle entre en voiture jusqu’en bas. En clandestins, juste avant la fermeture du portail d'entrée et en faisant le tour par derrière nous entrons dans ce bâtiment à l’architecture si particulière, sorte de garage à trains. Rien n’est encore aménagé, si ce n’est un câble de protection. Aucun artiste n’y a encore posé sa patte. C’est vrai que ce serait bath si l’on en faisait une salle de spectacle et/ou d’exposition. Salle de concert avec scène tournante ou piste pour les arts du cirque, le site s’y prête. Mais l’on parle d’amiante. Quel coût, entre le désamiantage, l’isolation thermique, phonique et l’aménagement ? Un travail de titan ! Un budget monstrueux ! C’est la mémoire ouvrière, une architecture intéressante. Qui va financer ? Des sponsors ? Des subventions ? Nos impôts ! Un ouvrier qui travaille sur le site nous prévient de la fermeture imminente du portail.

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Nous repartons en direction du parc du manoir. La Poïpoïgrotte n’est pas encore installée, le restaurant, pas encore ouvert. Je raccompagne Michèle et Nobuaki à la voiture. Nous nous embrassons. Les Japonais, eux, ne se touchent ni pour se dire bonjour, ni pour se dire au revoir. Même un fils pour prendre congé de ses parents. Pas d’effusion, pas d’accolade, encore moins de bise et d’embrassade. C’est la traductrice en japonais qui me l’a dit. Mais nous sommes en France et Nobuaki et moi nous nous serrons dans les bras. J’ai un peu envie de pleurer.

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Ces trois jours ont passé trop vite ! Je m’étais habituée à sa présence et lui s’était bien adapté allant jusqu’à nous imiter. Nous nous promenons pieds nus et en arrivant nous rangeons nos chaussures dans le placard de l’entrée. Nobuaki y rangeait donc aussi ses souliers ! Très prévenant, il débarrassait la table avec nous.

Il part, n’emportant que très peu de choses. Il laisse les lanternes et le support en bois. Il doit seulement demander au galeriste l’autorisation de nous les offrir. Il laisse les cinq livres, un beau cadeau ! Il repart avec les deux livres dont je suis l’auteur. Le recueil de poésies érotiques que j’ai dédicacé pour sa femme, Yuì. Et les témoignages des 24 sportifs handicapés que je lui ai dédicacés. Ce sont les deux seuls livres comportant des illustrations… Nous nous dédicaçons mutuellement nos livres. Je lui ai demandé de le faire en japonais. Il écrit plein de choses gentilles sur notre accueil, il me les traduit en anglais, retransmis en français par Michèle. Oralement il nous invite à venir au Japon quand nous le souhaitons ! Ma porte aussi reste grande ouverte, il revient quand il veut ! Nous échangeons nos cartes de visite.

Il emporte notre amitié. Nous gardons la sienne. Tout le temps de son séjour ici je ne l’ai jamais considéré comme une super star ni traité en artiste, seulement comme un homme, qui s’appelle Nobuaki, devenu peu à peu un ami.

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Quel vide ! Je rentre à pied, le temps de penser. Et lui, ce soir, sera seul dans sa chambre, il mangera seul dans un restaurant (ses amis japonais ne sont pas encore arrivés), à une table, seul. Il va sentir la différence.

Le soir venu nous allumons les lanternes. Dommage que Nobuaki ne les ai pas vues accrochées et allumées ! Nous avions fait un essai avec quelques lanternes, un soir, dans la salle à manger. Nous invitons monsieur Bottone à venir les voir. C’est beau et émouvant de voir tout ce travail, tous ces dessins.

A table ! Bizarre, sans Nobuaki. Il n’est pourtant resté que trois jours ! Après le repas je défais ses draps, range un peu la chambre. Espoir qu’il ait oublié quelque chose, un souvenir pour moi ou une chose à lui rendre.

Jeudi 5 septembre

Michèle a raccompagné Nobuaki à son hôtel hier. Après avoir un peu cherché, il a finalement fini le chemin à pied. Elle m’a donné son numéro de téléphone.

J’aimerai beaucoup aller voir Nobuaki au MAC. Je lui envoie un courriel. Je suis allée sur un site de traduction et je l’ai envoyé en japonais. J’espère qu’il n’y a pas d’erreur. Impossible à contrôler !

Je n’ai trouvé qu’un « défaut » à Nobuaki : il fume ! Mais il s’éloigne de la maison et fume dans la cour, je lui ai posé un cendrier sur la boîte à lettres. Il jette toujours son mégot dans la poubelle. Quand il était chez nous et que je ne le trouvais pas, je savais qu’il était dehors. Son « défaut « n’est pas si grand, il ne me dérange pas.

Vendredi 6 septembre

Youpi ! Il a lu mon message ! Nous avons rendez-vous au MAC à deux heures. Arrivée sur place je prends le temps, je suis en avance, de téléphoner à l’éditeur qui m’avait contacté cet été.

http://www.mac-lyon.com/mac/

Puis je me présente devant le MAC. Le responsable technique et quelques personnes de son équipe m’accueillent. Je comprends que monsieur Ferria n’est pas le grand chef puisqu’il y a un responsable au dessus de lui. Un coup d’œil à l’organigramme du MAC (merci internet !) Samir Ferria, lui, est régisseur technique. Le responsable m’explique qu’avec quelques autres personnes il a emmené Nobuaki boire du pastis, manger un sandwich aux rillettes et jouer à la pétanque dans une guinguette du 7è arrondissement ! C’est formidable ! Nobuaki a pas mal bu de pastis et s’est couché tard…

Je suis autorisée à monter dans les étages, Nobuaki arrive. Tout est bien installé. Ne manque même pas l’éclairage. Nous partons. Nous passons d’abord à la résidence hôtelière où il est hébergé pour poser ses outils. Je lui propose de venir manger demain midi car Pauline sera là. Sur une feuille je lui écris quelques consignes : numéro du bus jusqu’à Part-Dieu, nom de terminus du train qu’il doit prendre et nom de la gare où il doit s’arrêter.

Nous allons nous promener au parc de la Tête d’or. La roseraie, le vélodrome, les cages avec les animaux. Je ne peux lui expliquer grand-chose et ce n’est pas le minuscule dictionnaire français-anglais qui nous aide beaucoup. Un peu, seulement. Malgré la nuit agitée, il dit n’être pas fatigué. Il fait chaud. Bouteille d’eau pour lui, glace pour moi. Nous nous approchons des grandes serres, attirés par la musique. Là, sur une pelouse, les spectateurs, assis, couchés ou debout, à l’ombre ou au soleil, écoutent un chanteur. Son nom ? Un prénom, Victor. Filmé par plusieurs caméras. Pour un clip ?

Arrivés à la Porte des enfants du Rhône, l’entrée principale, son bus arrive tout juste. Je lui donne un ticket, lui montre où le poinçonner et le voilà parti en direction de son hôtel.https://www.youtube.com/watch?v=ohPG7nScJAA

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Samedi 7 septembre

Finalement, pour simplifier, Roland va chercher Nobuaki à Lyon. Pauline et Hamza arrivent avant lui. Comme elle parle très bien anglais, tout est plus facile. Hamza, lui, n’ose pas parler dans une langue qu’il dit mal connaître. Peu à peu, et à l’occasion d’une pause cigarette, il communique avec Nobuaki en anglais, puis nous joue un air de guitare. Ils sont très contents, je crois d’avoir rencontré l’artiste. J’ai fait un repas trop copieux ! La salade de fruits reste au frigo. Roland a de la fièvre, il monte se coucher. Hamza et Pauline s’en vont rejoindre leurs amis.

Le journaliste du Monde arrive, accompagné par Thierry Raspail, le directeur de la Biennale, barbe et moustache à la d’Artagnan, Abdelkader et une médiatrice culturelle, dreds et piercing, très sympa l’accompagnent. Je l’avais déjà rencontrée au bord du Rhône, tout comme Abdelkader. J’avais participé à un atelier d’écriture. Le journaliste du monde a de l’humour. Il raille gentiment Antoine. Il prend finalement peu de notes. Il photographie les lanternes. L’orage menace. Nous rangeons les lanternes dans la chambre où Nobuaki a dormi.

Thierry Raspail a été étonné par mes textes destinés aux cartels de la Symphonie en sous-sol, à Grigny. Il comprend mieux quand je lui dis que je suis écrivain. Un mot, en particulier l’a surpris et intéressé : Choixpeau. C’est le chapeau-vie de l’artiste qui m’a inspiré. Et il lance un « Choixpeau !» sonore. Je n’ai rien inventé, c’est Harry Potter ! … Il aime bien mes textes. Je lui glisse que j’aimerais bien participer à l’aventure de la Biennale comme rédactrice ou animatrice d’ateliers d’écriture. Ni oui ni non. Le nombre de textes est en effet imposant ! Hier au MAC j’ai trouvé et pris trois brochures (Veduta, La Biennale, Résonnances). Sans compter les nombreux autres documents qui se complètent les uns les autres. Pauline aussi, formée à la communication à l’ICN de Nancy, elle ne travaillera peut-être pas toujours pour l’Armée de l’air ! Son contrat se finit bientôt. De plus, elle parle couramment anglais, italien et se débrouille en russe. En plus, tout ce qui est culturel l’attire. Pas une ville en France ou à l’étranger où elle séjourne sans visiter le ou les musées d’art. Un boulot pour elle à la prochaine Biennale ? Les invités, après avoir mangé de la salade de fruits partent à la rencontre d’autres lieux

Nous recevons un texto de Mélida nous incitant à venir déambuler à cinq heures dans les rues de Grigny avec Dan Colen, artiste américain. Elle fait bien son boulot ! Nobuaki viendra avec nous. En attendant, Antoine lui fait écouter des vinyles de Bob Marley et d’autres choses encore. Roland dort toujours, il est malade.

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Puis c’est l’heure de partir à pied avec le chien Virus en direction du Manoir. Le ciel est lourd de menace. Les convives d’un mariage sont éparpillés dans le parc, comme tous les samedis. De l’autre côté de l’étang une agitation n’ayant rien à voir avec le mariage. Nous nous rapprochons et rencontrons beaucoup de visages connus. Mélida, monsieur Navarro, le professeur d’arts plastiques du collège d’Antoine, l’élu à la culture et son fils, Christiane, Chantal, nous revoyons Thierry Raspail, Abdelkader et le journaliste du Monde …

Tout à coup la prestation de l’artiste démarre. Il crie, il chante des chansons enfantines. Grand, barbu, blond, son corps se déploie. Le suivent trois amis. L’un d’entre eux est masqué par un carton rouge muni d’une anse, objet manifactured by l’artiste. Elle représente une pub très connue des enfants américains pour une boisson (une poudre à délayer dans de l’eau). A la télé la tasse traverse les murs et arrive juste sur la table où les enfants prennent leur goûter. Une autre personne porte le masque de Beep beep coyote qui, lui aussi traverse les murs. Un petit homme noir très souriant est Bugs Bunny. Il porte un serre tête maintenant les oreilles, tombantes, un nœud papillon et un pantalon rouge très long. Je ne comprends rien au discours hurlé, chanté, crié de Dan Colen. Y a-t-il d’ailleurs quelque chose à comprendre ? L’on me dit que les histoires s’enchaînent sans lien entre elles.

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Tout à coup, des éclairs, le tonnerre et une pluie froide, bientôt diluvienne. Les éléments se déchaînent, à l’image de l’artiste qui déambule dans les rues. Nous sommes tous, très vite, trempés comme des soupes. Le cortège se disloque, certains abandonnent. Les autres continuent à suivre Dan Colen. Notre groupe est de plus en plus clairsemé. Il continue à lire son texte. Délire t-il ? Non, Tout est écrit, jusqu’aux gémissements, aux soupirs ! Sur le parcours, Mélida joue son rôle de médiatrice culturelle auprès de la population et des jeunes en particulier qui « tiennent les murs » de la place Jean-Jaurès. Je n’entends qu’une phrase : « S’il se met tout nu, on le massacre ! ». Aïe !

Les textes qu’il continue à lire malgré le fait qu’ils soient détrempés sont volontairement semés, feuillet après feuillet, après avoir été déclamés. Ils sont promptement ramassés par les participants. Collectionneurs ? Le carton de la tasse, ramolli, se déforme. Impression que l’orage fait partie intégrante du spectacle. Ne comprenant pas l’anglais, j’en suis réduite à observer ses gesticulations, arrêts brutaux, ricanements, sourires complices avec ses comparses, sa démarches, celles de ses amis. J’en profite aussi pour bavarder avec Mélida et Laurie qui nous a rejointes. Tiens ! Nobuaki à qui j’avais prêté un parapluie le partage avec une bien jolie jeune femme. Américaine, elle fait partie de l’équipe de l’artiste. Dan Colen est filmé pendant toute sa performance. Mon pantalon est si mouillé que j’ai l’impression d’avoir deux tubes de carton autour des jambes.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Christiane va chercher sa voiture et nous suit, bloquant par endroit la circulation sur les carrefours. La Rotonde est en vue. Nous prenons nos jambes à nos cous nous y réfugier. Sauter, courir par-dessus les flaques pour atteindre le couvert. Immense ! Antoine prend des photos. Il reviendra un jour de soleil pour mieux la photographier. Par les gouttières l’eau coule à flot. Au sol, face à l’entrée, un homme, nu, couché sur le dos, immobile. Vit-il ? Non, c’est un mannequin, reproduction de Dan Colen et réalisé à Hollywood m’a soufflé Thierry Raspail quand il est venu à la maison. A côté, deux figures de Walt Disney, reproduction des figures qui courraient avec Dan Colen.

D’autres sont déjà là, certains depuis un moment déjà. Des câbles tendus entre les colonnes me servent de cordes d’étendage pour ma veste et celle de Nobuaki. Un des organisateurs de la biennale nous propose de nous rapprocher de l’entrée afin de voir l’arrivée de l’artiste, puis de s’en éloigner pour le laisser passer. Le voilà ! Il arrive nu, en courant sous la pluie battante. Il exulte, tel un marathonien près de la ligne d’arrivée.

Nous retrouvons Chantal qui est arrivée avant nous, en voiture. Laurie propose à Nobuaki de le ramener en voiture à Lyon. Il préfère venir souper avec nous et repartir après le repas. Christiane nous ramène Nobuaki, Antoine, Virus et moi à la maison.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Roland est réveillé mais encore bien mal en point. Je passe pantalon, chaussettes, pull, tee shirt et baskets sèches à Nobuaki. Il accepte que je lui lave son pantalon. Je le lui rends sec. Ses chaussures ressemblent à des éponges. Je les bourre de papier journal. Les boules de journaux froissés sont vite trempées !

Nous regardons un documentaire avant le repas. Roland a mis une chaîne japonaise… en anglais ! C’est une reconstitution historique qui parle de la guerre russo-japonaise. A cette occasion Nobuaki nous parle de sa famille. Son père est ingénieur. Il est né en Chine pendant la guerre qui a opposé les deux pays. J’apprends à cette occasion que le Japon a occupé la Chine. Nobuaki a un grand frère. Il nous parle aussi de l’œuvre qu’il prépare ici pour une future expo qui va avoir lieu à Tokyo. Son thème ? Le racisme. Milite t-il dans une association ou un parti politique ? Traduction difficile. Je pose la question sur internet. Il ne comprends pas le verbe militer. Ni en anglais ni en japonais. Je modifie la formulation. Non, il ne milite pas. Contre qui les Japonais sont t-ils racistes ? Son œuvre représente deux dents dont il faut arracher, extraire le mal à la racine : le racisme et la guerre.

Je prépare le repas. Nous mangeons les restes de midi. Saumon, harengs froids et haricots pommes de terre réchauffés à la poêle avec de l’huile d’olive et de l’ail. Nobuaki me fait remarquer que ça sent bon. L’art, contemporain ou pas, joue sur les images et aujourd’hui sur le son, voire sur le sens du toucher. Mais, et l’odorat ? Au cours de notre séjour Nobuaki a senti de nombreux effluves. Menthe, thym, basilic du jardin. ail, huile d’olive. Comment transmettre ces sensations ?

Nobuaki veut partir pour neuf heures, il continuera à peindre cette nuit. Avant de repartir je remets du papier journal sec dans ses chaussures. Je l’emmène en voiture, France musique, un concert de Benjamin Britten retransmis de Londres, musique sereine.

http://https://www.youtube.com/watch?v=23s6SaMOlcg

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Dimanche 8 septembre

Ce matin je cuis les cannelés. Ils n’ont pas un bel aspect mais ils sont très bons ! J’en mets plusieurs de côté pour Nobuaki. Nous lui téléphonons, il est toujours d’accord pour visiter les traboules cet après-midi.

Quinze heures, nous retrouvons Nobuaki et nous prenons le funiculaire. Takao, le copain de Nobuaki ne nous rejoint finalement pas, trop fatigué. Dommage, il vit et travaille à Paris, il aurait pu nous aider à traduire…

Je suis un peu déçue par le parcours que j’ai trouvé et imprimé sur internet. Beaucoup de portes sont fermées et nous ne traboulons pas beaucoup. En plus, il pleut ! J’ai apporté deux parapluies. Seule la cour des Voraces me plaît vraiment. Nous nous arrêtons pour regarder les danseurs sous les arcades de l’Opéra. Nous finissons dans un kébab turc pour boire et manger les cannelés. Nous arrivons en bus à son hôtel pour récupérer les affaires sèches que je lui ai prêtées hier. Il repart aussitôt rejoindre son ami et nous, retrouver la voiture garée à l’entrée de Lyon.

Mardi 10 septembre

Jour J-2.

Nobuaki s’en va jeudi, déjà ! Le temps court trop vite sur les sept pattes de la semaine ! Ce matin je suis allée manifester pour ma retraite et celle de mes enfants.

J’ai ensuite rejoint Nobuaki au bistrot à côté du MAC.

http://www.mac-lyon.com/static/mac/contenu/images/musee/vuecotecafe.jpg

Takao, un autre artiste japonais qui expose aussi au MAC nous a ensuite rejoints. Le visage émacié, il porte des lunettes. Il est originaire de Kyoto et fait partie de la même galerie que Nobuaki. Il parle et comprend un peu le français. Il habite Paris depuis un an et demi. L’assistante du galeriste arrive. Elle téléphone longtemps avant de nous rejoindre. Nous ne mangeons pas de sandwich ici car le galeriste est arrivé. Nous allons à la brasserie du MAC. J’apprends de sa bouche qu’il est d’accord pour que les vingt lanternes restent CHEZ MOI. Elle ne repartira pas dans la valise de Nobuaki. Sa seule demande c’est que je lui envoie les photos prises la nuit de son installation éclairée par les quarante piles et les vingt ampoules.

Quatre Japonais et une française. J’entends enfin parler cette langue, à la fois douce et hachée. Nobuaki, chez lui, mange avec des baguettes, assis sur ses talons devant une table basse. Une autre culture. Le Japon est venu ici sur cette terrasse où le soleil déploie ses dernières chaleurs avant la fraîcheur de l’automne et la froidure de l’hiver. Mon voyage est presque fini.

Nous entrons ensuite au MAC. C’est la journée des professionnels. Les journalistes ont envahi pacifiquement le musée. Nous nous arrêtons devant l’œuvre de Takao. C’est une vidéo d’une très grande poésie où les chevaux volent, les hommes sont équilibristes, survolant un volcan, une cascade et une montagne, les danseurs brûlent de milles flammèches multicolores, un œil tournoie dans le ciel, un arbre se fait algue, de petites lanternes scintillent ! Takao a crée un monde magique plein de merveilles ! Du rêve plein les mirettes, il m’explique son œuvre.

https://www.youtube.com/watch?v=_md886dLh0Q

Nobuaki est d’accord pour revenir demain en train manger à midi avec nous. Je ne me vois pas accueillir les dix journalistes toute seule !

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Mercredi 11 septembre

Jour J-1

Ce matin je me suis réveillée tôt, une fois de plus. C’est malheureusement le dernier jour pour nous. L’avant-dernier pour lui. C’est aussi la raison de mon invitation à déjeuner avec nous. Grande première ! Il prend le train seul, de Lyon-Part-Dieu à Givors. Ce matin je travaille à mon livre sur Dominique, puis je cuisine un gâteau tout simple, un gâteau au yaourt comme celui que les enfants apprennent à faire à l’école maternelle. Un pot de yaourt, une fois vidé de son contenu sert de mesure (un pot = une dose). Un yaourt, 3 doses de farine, 2 de sucre, la moitié d’une d’huile, un sachet de levure et 3 œufs. Ensuite, à partir de cette base, tous les ajouts sont possibles. Aujourd’hui ce sera raisins secs macérés dans du rhum, poires fraîches coupées en dés, vanille liquide et amandes effilées. Ensuite je cuisine des pâtes à la bolognaise (tomates fraîche, thym et laurier du jardin).

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Notre hôte arrive en retard ! Il a raté son train. Je me demande, au-delà de ces trois jours passés à la maison jusqu’à quel point je ne lui ai pas imposées ces rencontres. N’a-t-il pas osé refuser d’aller se promener au parc de la Tête d’Or ou dans les traboules ? Aurait-il préféré faire autre chose que venir samedi et aujourd’hui revenir manger à la maison ? Manger sans moi avec le galeriste, son assistante et Takao ? Aller seul au MAC le deuxième jour ? Ces rencontres lui faisaient-elle plaisir ? A-t-il accepté par politesse ?

Le repas est fini. Un grand minibus aux couleurs de la Biennale arrive. Nobuaki est là mais c’est moi que l’on interroge. Et pourquoi ? Et comment ? Certains traduisent questions et réponses à Nobuaki, il écoute, toujours le sourire aux lèvres. Ils s’apprêtent à repartir. Je les arrête et leur propose café et gâteau. Un simple gâteau que tous s’accordent à trouver délicieux. Abdelkader me chambre gentiment en leur disant : « Et vous n’avez pas goûté sa ratatouille ! ». Je profite de cet intermède pour leur demander leur pays d’origine. Plusieurs travaillent pour des journaux américains, une journaliste vient de Genève, un autre de Taïwan ; le français, un grand black travaille pour la revue Dada (revue d’art pour enfants), les autres je ne sais plus. Un accent sud-américain ! Ah, je ne parle pas anglais, mais español, sì ! Et me voilà à parler en español avec la journaliste écuadorienne qui travaille pour un journal américain. Et vous qui vous cachez, timidement, vers la cuisine, vous venez de quel pays ? D’Allemagne. L’anglais, non, mais l’allemand, ya ! Un peu ! Et j’échange quelques mots en allemand avec ce journaliste dans la langue de Goethe.

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Nobuaki profite de la place dans le bus pour repartir avec le groupe.

En fin d’après-midi nous partons, monsieur et madame Bottone, Christiane, Antoine et moi pour le vernissage de la Biennale à la Sucrière. Chantal nous rattrape et Christiane, pour ne pas la laisser seule monte dans la voiture de Chantal.

Je retrouve Michèle. Perd Antoine, le retrouve par intermittence. Je laisse Chantal et Christiane, monsieur et madame Bottone suivre l’expo à leur rythme. Je m’entends si bien avec Michèle ! Une amitié exclusivement basée sur les activités culturelles : expos, films, conférences. Je trouve Roland puis Nobuaki. Je suis triste à en pleurer de le quitter. Mais je ne pleure pas. Lui, fait signe qu’il est triste, aussi, en mimant les larmes imaginaires qui coulent sur son visage. Nous allons boire une bière. C’est un sponsor de la Biennale qui la fabrique. Il offre la bière et le verre au slogan de la Biennale (Entretemps, Brusquement, Ensuite). Michèle, Roland, Antoine, Nobuaki et moi mangeons aussi des frites offertes par ce même fabriquant de bières belges. Elles sont absolument délicieuses, confectionnée dans une traditionnelle (ou bien imitée) baraque à frites belge.

Avec la voiture nous emmenons ensuite Michèle et Nobuaki sur la place Bellecour où Takao a donné rendez-vous à son ami. Michèle est très contente de sa soirée et rentre chez elle par les transports en commun.

L’avion est à neuf heures demain matin. Quel vide ! Mais aussi quel bonheur d’avoir connu Nobuaki. Il promet de revenir. Nous promettons de venir lui rendre visite au Japon.

L’oreille de Nobuaki est une grande antenne. A l’écoute, il capte tous les mots en français qu’il entend au cours de nos conversations. D’accord. Ça va. Bon appétit. Pastis. Pétanque. C'est bon. Midi. Matin. Soir. Un deux trois quatre… Mais, au-delà de la juxtaposition de mots, je l’ai « surpris » plus d’une fois à faire des phrases ! Pourtant que de difficultés notre langue. Quel lien entre « Je vais » et le verbe « aller » dont il est issu ? Phonétiquement, aucun !

J’ai, moi aussi, appris quelques mots, non de japonais, malheureusement, mais d’anglais. Next. Never. It. Night. Transletter. Je me suis intéressée à cette langue comme jamais. Peut-être l’apprendre un jour ?

Un regret, ne pas avoir davantage sollicité Nobuaki sur sa langue, le japonais. Peut-être pourrais-je le faire le jour où je me rendrais dans son pays. Non pas pour un voyage immobile mais en avion !

http://www.espacelyonjapon.com/fr/cours/japonais.html

Produire un écrit, une contrainte ? C’est ce que j’ai affirmé à Thierry Raspail, le mousquetaire de l’art. Il a eu l’air surpris de ce terme. En tout cas, jamais tant écris dans un journal que pendant cette Biennale. Et avec un immense plaisir.

http://www.labiennaledelyon.com/fr/qui/thierry-raspail.html

Nobuaki Takekawa Ou le voyage immobile au Japon

Jeudi 12 septembre

Premier jour sans Nobuaki. 22heures. Il est encore dans l’avion.

Samedi 14 septembre

Visite de la rotonde de Grigny dans le cadre de la journée du patrimoine couplée à la Biennale. Thierry Raspail, Abdelkader Damani. Pourraient-ils inviter à nouveau Nobuaki à la prochaine Biennale, dans deux ans ?

Nobuaki m’a demandée comme amie sur Face de Bouc. Là, au moins, ce n’est pas une amitié factice et irréelle. Intéressant. Un autre regard sur son univers, ses amis. Lui, assis par terre, à table, à genoux, devant un repas japonais. Ses autres expos. Ce qu’il aime.

Juin 2014

Notre vrai voyage se prépare. Nous irons chez Nobuaki aux vacances d'octobre, cette année. D'ailleurs, il nous a envoyé la clé de sa maison !

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Biennale d'art contemporain

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