Publié le 27 Mai 2014

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Mercredi 4 juillet

Antoine a douze ans moins trois jours et nous partons tous les deux pour une randonnée sur la Viarhôna.

Le train, d'abord, de Grigny à Perrache puis de Perrache à Culoz, dans l'Ain. Le quai est bas, surtout à Grigny et nous avons besoin de nous faire aider pour monter les vélos, chargés de leurs sacoches.

Dans le train qui nous emmène à Culoz, nous discutons avec un groupe de cyclotouristes de Saint-Sauvan. Ils vont jusqu'à Genève en train et redescendent par la Viarhôna jusque chez eux. 150 kilomètres dans la journée ! Ils ont déjà roulé avec l'Atscaf. L'un d'entre eux nous aide à descendre les vélos à la gare de Culoz.

Il y a un marché à Culoz ! De quoi se ravitailler en pain, tomates et pêches et même en informations et cartes car le syndicat d'initiative y tient un stand, près de la fontaine. Chez le marchand de journaux j'achète un stylo, seule chose que j'ai oubliée.

Et c'est parti ! Tout droit puis à droite. Nous tournons trop tôt. Demi-tour ! Ce ne sera pas la première erreur de trajectoire. Nous rejoignons une Vraie piste cyclable ! Elle s'arrête. Nous interrogeons un gars du pays...incapable de nous dire où aller... A l'instinct, nous prenons la petite route de droite. C'est la bonne !

Nous arrivons à Chanaz et empruntons la piste cyclable qui passe le long du canal de Savières.

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Très joli coin ! Par précaution, je me renseigne. Demi-tour ! Il nous faut passer sur l'écluse en direction de Lavours. Elle est en travaux, ce qui nous vaut d'admirer un ouvrier harnaché, suspendu au dessus du le vide qui transporte une barre de métal. Nous longeons ensuite le petit lac de Bart à la hauteur de Cressins-Rochefort. Antoine n'avance plus ! Il n'arrête pas de grignoter le pain fixé sur son porte-bagage. Une pause s'impose ! Les tomates et les fruits du marché. Le blé cuit la veille. Je me fais un thé. Il manque le fromage... Après un petit pipi, c'est reparti ! Je retrouve la route qui monte chez la mère de Jean Thévenet, l'un des sportifs qui témoigne dans le livre que j'ai écrit. Nous passons sur le pont et retrouvons la piste en contrebas.

Nous approchons de Belley, premier incident ! La roue arrière du vélo d'Antoine a crevé... Pas de bol, c'est la roue qui n'a pas d'ailettes et qui nécessite une clé de...15 ! Re-manque de bol, je me suis trompée car j'ai pris une clé de 16 ! Re-re-manque de bol, je casse la clé à dix œillets ! Bon, y'a pu qu'à... Nous rencontrons une cyclote. Elle était déjà passée, et, me voyant bien affairée, avait passé son chemin. Elle arrive dans l'autre sens, nous dépasse et revient sur ses pas. Elle nous dit que Belley, par la piste est à deux kilomètres, pas plus. On voit le pont qui traverse le Rhône. Là, à droite, elle nous promet qu'il y a une zone commerciale. Et même mieux, un vrai réparateur de vélo dans la ville, dont l'atelier est situé en hauteur ! Elle nous propose de téléphoner. A qui ?... J'avais déjà joint Jean : Re-re-re-manque de bol... il est à 100 kilomètre de là. Sinon, la maison de sa mère n'est qu'à quelques kilomètres. Il nous propose d'aller chez elle. Oui, mais, ça monte drôlement pour y aller ! Alors, nous décidons de marcher à côté du vélo, sous une chaleur accablante et de rejoindre Belley. Heureusement, nous avons mangé au frais il y a peu. La zone commerciale comporte un supermarché généraliste et un spécialiste du sport. Nous montons au centre-ville. Le réparateur ouvre dans une heure trente ! Le temps de se reprendre et de boire une ou même deux limonades ! Pas de glace, en revanche... La cafetière, sympa, me sert même de banque. Je n'avais plus d'argent liquide ! Avec ma carte bleue je prends dix euros et paie les deux boissons, elle me rend la monnaie... Finalement, j'ai mal du regarder l'heure, nous n'attendrons que trente minutes. Belley est une jolie ville, ancienne. Nous passons au milieu des travaux puis bifurquons dans un passage, sous les maisons pour retourner chez le marchand de vélo.

Non seulement la chambre à air a un gros trou mais en plus, le pneu, neuf, est foutu : la tringle est passée à travers la gomme. Comme l'écrou est usé, le réparateur change l'écrou, le pneu et la chambre à air. Il en profite pour changer le câble de vitesse de place et faire le réglage: Antoine ne pouvait passer le petit plateau, utile, pourtant. Dans ce magasin (Cap-cool) où nous passons finalement pas mal de temps (le temps que le vélociste cherche les pièces de rechange et répare), Antoine a tout le temps d'observer le matériel. Les poignées de vélo, en particulier. Et surtout, il "tombe" sur un truc vraiment bizarre ! C'est rectangulaire et un peu épais, mou de la consistance d'un crocodile Haribo... Qu'est-ce que c'est ? ? ? Une notice : c'est un oreiller pour sportif...! ! ! Il permettrait de mieux récupérer après l'effort. Antoine se couche au sol et pose sa tête dessus. C'est frais et d'une consistance toujours aussi bizarre ! La marque, Technogel, est bien sûr sur internet ! La réparation est faite, et c'est reparti ! Tout en descente, cette fois ! Nous bifurquons vers la gauche afin de rejoindre le centre commercial. Je veux acheter UNE clé de 15 mais, bien sûr, elle ne se vend pas à l'unité... Et puis, chose promise, chose due, je passe au rayon des glaces. Là, même topo, impossible ne n'en acheter QUE deux ! Je repars donc avec six clés et 4 pots de glace. Ils seront bien vite avalés, assis par terre, dos au mur du magasin, nos casques posés devant nous. Mais personne n'y met d'argent...

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Nous sommes maintenant vraiment très bien reposés. Nous repartons vers la piste cyclable. Virignin, La Balme. Antoine voit partout des cadavres de souris... à croire qu'il les fabrique avec ses yeux ! Je ne les vois jamais, moi... La piste est finie. Nous devons rouler sur la route. Les cyclos rencontrés dans le train nous ont rejoints ! Ils sont pourtant partis de Genève bien après nous ... Stop ! Un tunnel. Ne sachant s'il est long, ça circule beaucoup, nous nous arrêtons. J'allume mes lumières et nous nous équipons de gilet. C'est moche, c'est jaune mais ça peut sauver la vie. Finalement, ce ne sont que deux tunnels successifs très courts. Un pont passe sur le Rhône. La cyclote nous fait douter... à droite ou à gauche ? J'ai l'impression que si nous les suivons, nous prendrons la variante qui va à Saint-Genix-sur-Guiers et qui rallonge la route. Nous partons donc par les gorges de la Balme. Arrêt. Carte. Départ. A gauche, sur un pont. Hésitations. C'est que ça grimpe rudement, par là ! Arrêt. Carte. Un automobiliste s'arrête spontanément à notre hauteur et nous renseigne. Il nous faut faire demi-tour et finalement aller vers Saint-Genix-sur-Guiers.

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Nous passons à la hauteur de Peyrieu. La piste continue mais un panneau indique "Fin de piste cyclable". Tiens, bizarre! Curieuse, comme d'habitude, je passe outre et nous continuons. La piste se fini bel et bien mais un chemin la prolonge... qui se termine en impasse! Le détour a été de courte durée, nous reprenons ce bout de chemin et retrouvons, très vite, la route puis la bonne piste cyclable. Il se fait un peu tard, vers les cinq ou six heures. Je regarde la carte, des campings, cette fois, et promets camping AVEC piscine. Antoine a bien roulé, presque 60 kilomètre pour cette première journée. Un record, pour lui! Il l'a mérité ! Malheureusement, comme nous sommes revenus sur la piste cyclable, on ne voit que le Rhône, à droite et plein d'arbres à gauche. Tellement d'arbres qu'ils cachent, non la forêt mais les agglomérations... Et sur la piste, contrairement au département du Rhône, de l'Isère, ou de la Drôme, nul panneau ou indication. Pas la moindre idée d'où nous nous trouvons... Seule solution, reprendre la route. Mince ! Nous avons dépassé le camping dit De la comtesse ! Ah ! Un panneau. Hôtel des Bergeronnettes*** avec piscine. Bon, je te paierai pas ça tous les jours... mais ce n'est pas tous les jours que tu fais plus de 55 kilomètres! Allez, va pour l'hôtel ! Champagneux, à gauche, toute ! Nous nous arrêtons à la hauteur d'un jardin où travaille un papy. C'est bien par là ? Oui, mais la route grimpe pas mal ! S'il n'y a pas de place, on dort chez vous ce soir ! Pas de problème ! Je laisse Antoine là et pars en reconnaissance. Je passe devant une colo de Vénissieux. L'hôtel est simple, sans luxe ostentatoire. L'hôtel est un Relais du silence. Avec Vénissieux à côté ? Je demande la chambre la moins cher. Il y a de la place. Le propriétaire est absent. C'est son fils qui m'accueille. Le personnel est en plein repas. J'explique que j'ai laissé mon fils en bas, avec son vélo. Le fils du patron me propose de m'emmène chercher Antoine avec sa fourgonnette. Antoine est content, il n'aura pas à monter ! Le monsieur nous ouvre le garage. Nos vélos seront à l'abri. Nous passons doucement afin de ne pas rayer la voiture neuve que le jeune frère a eue pour son anniversaire, 18 ans, et pas encore le permis. Aujourd'hui, nous avons fait 58 kilomètres.

Le resto existe depuis la 4è génération me dit le patron. L'hôtel depuis moins longtemps, si j'en crois la documentation que je feuillète dans la chambre. Je ne pense même pas à lui dire que je suis biographe et que les histoires de transmission d'entreprise de génération en génération m'intéressent. Tant pis ! La chambre est simple. Antoine se douche et cours à la piscine. Pendant ce temps je me douche à mon tour et lave du linge. Je n'en ai pas trop emmené. Il commencera à sécher à l'hôtel et finira sur les porte-bagages. L'hôtelier est d'accord pour que nous mangions dehors. Il nous propose d'aller vers l'héliport (c'est chic, ici ! certains clients viennent manger en hélicoptère!), à côté des chevaux. Sur le camping-gaz je fais cuire la soupe en sachet. Nous remangeons tomate et blé. Du pain. Les abricots achetés ce matin au marché. Manque toujours le fromage ! Nous sommes assis sur des gros blocs de pierre, au bout du parking. Les clients nous regardent d'un œil amusé... Antoine grappille quelques framboises dans le jardin. Après le repas, la vaisselle. Nous partons nous promener un peu. Ça monte ! La promenade aura duré peu de temps... Nous rentrons nous coucher. Antoine, n'a rien à lire, seulement le livre sur les plantes et des animaux. C'est mieux que rien. Il s'endort très vite. Je ne tarde pas non plus ! Vingt-deux heures trente. Mon téléphone sonne, c'est Roland. Il m'a réveillé. Un orage me réveille, à nouveau. Nous sommes à l'abri, les vélos aussi. Je me rendors.

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Jeudi 5 juillet

Sept heures trente. Le téléphone sonne. Roland réveille tout le monde. Dommage, Antoine dormait si bien... Petit déjeuner. Céréales, croissant, lait ou thé. Copieux. Nous allons payer et partons. Le personnel est charmant ! C'est loin, nous ne reviendront sans doute pas, mais c'était très accueillant !

C'est reparti ! Inutile de reprendre la même route, une rue bascule de l'autre côté. Il fait gris et nuageux. Nous n'aurons pas trop chaud. Nous n'empruntons pas tout de suite la Viarhôna car je ne veux en aucun cas manquer le village d'Izieu. Depuis le temps que nous allons à Annecy par l'autoroute et que je vois le panneau annonçant La maison des enfants d'Izieu... Finalement, nous nous retrouvons tout de même sur la Viarhôna. Et, que vois-je, après être passés sur le barrage de Champagneux ? Murs-et-Géligneux et, tout près Brégnier-Cordon, là où étaient les deux campings indiqués sur la carte. Tant pis ! Pas de regret à avoir ! L'hôtel c'était très bien.

A La-Bruyère, c'est là qu'il faut monter (et ça grimpe !) pour aller à Izieu. Nous seront tout juste à l'heure pour l'ouverture du musée.

A la fin, Antoine pousse le vélo. Je roule, mais pas beaucoup plus vite que lui... trente minutes à attendre. Il pleuviote un peu. Nous dominons la vallée. Dommage, la vue n'est pas très dégagée... La documentaliste, très sympa, jeune et jolie nous ouvre ses portes. Professeur d'histoire et géo mise à la disposition du musée, elle travaille encore alors que ses collègues de l'éducation nationale sont en vacances. Elle n'a droit qu'à 5 semaines de congés payés pour le même salaire. Elle a travaillé à Saint-Etienne puis Oullins. Elle connaît donc notre région. Elle accueille toute l'année des groupes de scolaire. Elle prête une BD à Antoine. Elle retrace l'histoire de Lili-Rose, la maman de deux enfants ayant séjourné ici puis déportés. Une histoire bien particulière puisqu'ils ont vu Klaus Barbie à deux reprises. Ce nazi est resté une journée entière chez eux, dans la région de Lyon à attendre le retour de leur oncle (ou de leur papa ?), puis ils l'ont à nouveau vu quand il est venu les rafler à Izieu. Putain de nazis... J'en ai les larmes aux yeux... *

Le musée s'ouvre. Des photos d'enfants. C'est l'été. Des sourires, des jeux. Ce pourrait être banal. Nous sommes dans une colonie de vacances. Mais c'est l'été 43... La caissière est beaucoup, beaucoup plus qu'une simple caissière ! Elle raconte et se fait guide... J'aimerais rester plus longtemps... Nous quittons le musée et entrons dans la maison. De petits bureaux, une cuisine, des dortoirs... Nous repartons. Je ne sais ce qu'Antoine aura retenu. Il n'en parle pas beaucoup.

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

En bas de la route qui mène à Izieu, une supérette dans le village de La-Bruyère. Nous y achetons du fromage (enfin !), des pommes et encore des tomates. En sortant, nous voyons arriver vers nous une petite famille, deux garçons de 10 et 12 ans et leurs parents. Enormes sacoches pour les parents, sacs à dos riquiqui pour les enfants. Ils peuvent se le permettre puisque deux adultes portent. Mais je n'ai pas l'impression qu'Antoine soit si handicapé que cela... Regrets de ne pas avoir attendu qu'ils ressortent de la boutique. Antoine aurait aimé rouler avec eux ! Des enfants, comme lui... Ils vont jusqu'à la mer ! Belles vacances... Dans ce village de La-Bruyère, un four à pain, un lavoir et une belle façade de ferme.

Après les souris crevées, voilà un animal plus gros. Un chat? Un petit chien ? Ça pue ! Il est en train de sécher. On voit ses côtes...

Encore un four à pain.

Nous en verrons plusieurs dans ce secteur. Nous les prenons en photo. Il existe même une fête qui les met en valeur! On y mange tartes, pizzas et pain cuits au four.

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Port de la Groslée. J'y suis déjà passée avec l'Atscaf. Ça sent l'écurie... On se rapproche de Lyon, même si l'on est encore loin !

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Sur la carte, tout à l'air simple ! Il suffit de traverser le pont, puis, tout de suite à droite. En réalité, cela l'est moins... A droite, c'est un chemin de halage, caillouteux à souhait qui longe le Rhône. Il nous faut donc aller tout droit, même route empruntée avec l'Atscaf, puis direction Brangues et Gouvoux. Nous aurions pu éviter ce détour et passer par Tours sans aller jusqu'à Brangues.

Tant pis ! C'est joli!

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Creys-Mépieu. Nous nous arrêtons demander notre chemin devant ce que nous croyions être un centre aéré alors que c'est une école. Il y a encore de l'école ?! Dans d'autres villes et villages les enfants sont déjà en vacances. "Ça descend tout le long !" Nous dit l'institutrice, sûre d'elle. Ah ! Il l'aura répété, cette phrase, Antoine ! Tout le long de la montée, car de descente, point !!

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Jusqu'à la centrale nucléaire de Creys-Malville... Il la maudissait cette instit...!!! Pusignieu, Malville, puis traverser le pont et là, une piste cyclable... pas très cyclable. Zigzaguer entre les cailloux, trous, bosses et flaques d'eau ! Par contre, elle nous a indiqué, après la centrale, le Moulin de l'Arche. Un ancien moulin à eau qui était une meunerie. Le moulin tourne toujours mais la farine (bio !) vient d'ailleurs. Un boulanger s'active au fournil. Deux fours à bois, il ne chôme pas ! Il fait aussi du pain sans gluten. Dans des moules à cake, avant cuisson, la pâte est liquide. Il a mis longtemps à mettre au point cette recette. Il charge le pain en fonction du besoin de cuisson. Les pains chargés en premier sortent les derniers... ils cuisent donc beaucoup plus longtemps !

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Antoine passe d'un enthousiasme immodéré à une très grande lassitude selon que nous soyons sur piste ou voie cyclable, sur route (presque) nationale, chemin caillouteux; que la pente soit montante, descendante ou que ce soit plat; qu'il fasse chaud ou non; qu'il ait faim ou soit rassasié. Alors, soit il râle, faiblit, roule à dix à l'heure, soit il caracole devant à 17 ou 19 à l'heure, ou bien encore me raconte des blagues!

Pause auprès d'un ruisseau qui se jette dans le Rhône. Antoine a chaud, il en a marre et veut se tremper les pieds. Une petite plage, pas très accessible, mais bon ! Je ne le vois pas derrière les arbres. Tout à coup, un grand plouf ! Je crois qu'il s'est jeté à l'eau ! Il remonte et me raconte. Un cygne s'approchait de ses affaires (chaussures/chaussettes) comme si il voulait lui prendre. Antoine ne veut pas mais un cygne, c'est grand. Le cygne souffle, comme un chat en colère. Un chien arrive. Antoine a l'idée de jeter un caillou dans l'eau, pas très loin du cygne, afin d'attirer le chien (pour qu'il aille chercher la pierre) et d'éloigner le cygne de ses affaire (effrayé par le chien). Bien vu ! Pendant ce temps Christian me téléphone. Fabienne se marie samedi. Je n'y serais pas. Je lui demande de participer pour moi, pour le bouquet, je le rembourserais après ! Je lui parle de la centrale que nous venons de dépasser. Elle est en cours de déconstruction. C'est la plus ancienne en France. Antoine revient, et nous reprenons les vélos. Pause au camping de Serrières-de-Briord, les bidons sont vides ! Nous en profitons pour déguster une glace et faire un petit pipi... Et nous repartons ! Nous sommes toujours sur cette piste ou plutôt chemin de halage. Il y a possibilité de prendre la route mais elle nous fait faire un détour !

Régulièrement, tout au long de cette piste cyclable, des sortes de caillebottis formés de rouleaux parallèles entre eux et perpendiculaires au chemin empêchent les moutons de se sauver. En effet, je cite le dépliant de la Viarhôna: "Les aménagements hydroélectriques sur le Rhône comportent des digues en terre qui doivent être entretenues afin d'en vérifier l'état. Soucieuse du développement durable, la Compagnie Nationale du Rhône favorise ce mode d'entretien original: ce sont les moutons qui assurent la tonte de l'herbe grâce à des conventions avec des agriculteurs". Nous avons donc pu photographier des moutons et même roulé ou plutôt zigzagué pour éviter leurs crottes !

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Nouveau record d'Antoine, il a fait 62 kilomètres !

Après l'hôtel ***, ce soir, ce sera "J'irai dormir chez vous" ! Une grande route, une allée sur la gauche. Trois boîtes à lettres. Une haie nous cache un peu la perspective à droite et à gauche. En face, une maison. Pas de portail. Nous avançons. Après la haie, à droite, deux cerisiers, un tout petit toboggan sur une belle pelouse bien tondue. A gauche, une cour fermée. Le bâtiment est long. La maison avec la cour se prolonge de deux autres portes d'entrée et d'une immense grange. Tout à droite, après la pelouse et les cerisiers un vieux bâtiment (sans doute d'anciens ateliers) devant lequel se poursuit la pelouse. Et encore plus à droite et au fond, un champ de maïs. En face, le Rhône où plongent des falaises en partie masquées par les nuages, très bas. L'orage gronde à nouveau. Les maïs s'agitent. Les hirondelles volent bas.

Y'a quelqu'un ? Y'a quelqu'un ? Personne ne répond. Nous nous apprêtons à repartir. Un papa avec un bébé d'un an ou deux dans les bras sort de la maison. Nous lui exposons notre requête: peut-on planter notre tente ici pour la nuit ? Mais bien sûr ! Sous les cerisiers, si vous voulez. Mais il va y avoir de l'orage, il gronde, avance Antoine. Ben où vous voulez alors! Pas de problème ! Chic, sympa, ce type. Vous avez besoin de quelque chose ? De l'eau ? Non, pas tout de suite, tout à l'heure ! Il doit partir. Il nous en apportera à son retour. Dans cette maison et l'un des appartements, deux familles dont les parents sont cousins. Les deux couples ont chacun un bébé, du même âge ! Ils ont quinze jours d'écart, le hasard. Le deuxième enfant monte inlassablement sur le petit toboggan, descend et remonte.

Nous plantons la tente. "Mais c'est facile !" Antoine apprend et m'aide. Derrière les ateliers, un terre-plein plat et cimenté. Nous nous déshabillons à tour de rôle. Avec l'eau des gourdes, nous nous aspergeons. Un peu de savon. Frotter et rincer. A peu près propres. Le long de cette plate-forme cimentée, des tuyaux d'irrigation. Bien pratique pour poser nos vêtements humides de transpiration. La vaisselle à faire. Arrive une dame, la cinquantaine, toute pimpante. Très pressée mais très accueillante. Nous nous présentons. Nous ferons ainsi pour chaque nouvelle personne arrivant. Ils sont unanimes: installez-vous ! Adorables! Elle nous invite chez elle à remplir nos gourdes et la bouteille. Elle nous prête son arrosoir et nous le remplit. La dame s'appelle Sylvette et nous dit que nous sommes sur la commune de Lagnieu. Nous avons assez d'eau pour la vaisselle et la soupe de ce soir.

Le repas, ce soir, ce sera des céréales que je fais cuire et la soupe que je réhydrate dans de l'eau bouillante. Des restes de fromage et les abricots que nous a offert Sylvette. La vaisselle sèchera aussi sur les tuyaux d'irrigation. Le lavage des dents maintenant et demain matin. Nous aurons assez d'eau pour la vaisselle du petit déjeuner. Installation. Les vélos dormiront dans le dernier atelier. De vieux bureaux et meubles, poussiéreux, accueillent nos sacoches et diverses choses. Dans l'atelier du milieu des hirondelles ont fait leur nid. Le premier est fermé, c'est le seul.

Vendredi 6 juillet

Bon anniversaire, Antoine ! Pour tes douze ans, tu as bien roulé, et tu rouleras encore aujourd'hui !

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Hier soir l'orage a grondé, la pluie a battue notre tente, et nous, nous l'avons écoutée. Il fait trop chaud sous la toile mais nous sommes au sec ! C'est une première expérience, pour Antoine! Il aime...Mais il était seulement vingt heures trente et nous avons eu du mal à nous endormir.

Sur notre tente orange, après l'orage, un mignon bébé escargot fait son chemin. Un pic vert crie. Les hirondelles piaillent. Les corbeaux croassent. Concert du matin. Il est sept heures et le soleil brille!

Pendant cette rando je lui apprends l'utilité des trois plateaux, et lui explique les changements de vitesse; poignée droite, poignée gauche. Il râle, rechigne, mais après trois jours, il aura au moins appris cela. Avant, il restait toujours sur le plateau du milieu et sur le plus grand pignon, quitte à pédaler dans le vide quand c'était plat ou que la pente était légèrement descendante. J'ai appris, moi, à le laisser rouler devant sur la route, non seulement pour le voir et être sûr que tout va bien mais aussi pour qu'il ne se décourage pas à rouler tout seul derrière. Sur piste, c'est autre chose ! Nous roulons côte à côte et il me raconte des histoires, des blagues et me refait les sketchs qui lui reviennent en mémoire...

Nous déjeunons. Hier, Antoine a bien aimé le goût du thé aux fruits rouge, "au parfum et au goût de bonbon". J'ai donc préparé deux tasses. Il ne reste qu'un quignon de pain, bien maigre déjeuner et une barre de céréales. Nous partageons le pain, tartiné d'une délicieuse confiture de framboises. Antoine mange la barre. Nous nous arrêterons à la prochaine boulangerie. Antoine fait la petite vaisselle. Débarbouillage et lavage des dents. Nous rangeons tout dans les sacoches. Antoine m'aide à démonter la tente. Je la plie (elle est encore mouillée) sur la voiture bâchée, remisée dans la grange. Bien pratique.

Nous sommes sur le départ. Le temps est nuageux. Il est huit heures. La dame qui nous a donné hier de l'eau vient nous dire au revoir. Elle est pressée, elle a une demi-heure de retard ! Elle nous dit qu'elle aurait aimé nous apporter notre petit déjeuner. Pressée par le temps, elle n'a pas pu. Dommage, nous avons le ventre à moitié plein ! Elle nous offre de revenir, si le cœur nous en dit !

Premier village, Proulieu. Et pas de boulangerie...! Mais une esthéticienne/UV ! Dans la supérette, du pain fait, je ne sais où. Antoine opte pour un paquet de gâteaux au chocolat. J'ai faim, je mange, mais j'aurais aimé des tartines de confiture... Deux messieurs. Un carnet d'accès à la main. Moi: "vous travaillez à la centrale?". Je ne sais pourquoi... Oui. "Je connais une personne qui travaille à la centrale de Saint Alban". L'un d'entre eux y travaille aussi et connaît la voix de Christian, standardiste. Christian ne le connaît pas, car ce monsieur travaille en sous-traitance pour EDF. Il lui dira bonjour de ma part.

Le long de la centrale nucléaire du Bugey les murs sont décorés de dessins d'enfants. Manière de l'apprivoiser ! Mais non, mes petits, je ne suis pas dangereuse, ne croyez pas certains de vos aînés! Blague d'Antoine: Oh ! Maman, une usine à nuages !

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Nous roulons plus de vingt kilomètres sur route, sans cesse doublés par des poids lourds, bruyants, et des voitures. A Loyettes Une voiture électrique garée devant un garage interpelle Antoine. Il la photographie sous toutes les coutures ! Nous faisons le plein d'eau à l'évier du garage. A l'intérieur, une vieille voiture retapée par le carrossier. Re-photo. Nous ferons une nouvelle halte à Chavanoz, Villette-d'Anthon puis Jons, parfois dans les mairies: nous cherchons le début de la piste cyclable appelé l'Anneau bleu et qui va d'une part à Lyon, d'autre part à Miribel-Jonage.

A Villette-d'Anthon nous nous arrêtons. Il est dix heures trente et nous avons une sacrée faim ! Une vraie boulangerie. J'achète du pain. Je pars à la recherche d'une banque, je n'ai plus d'argent frais. Je passe devant une charcuterie bien achalandée. J'y achète rosette de Lyon et deux petits fromages durs comme du bois à force d'être secs! Ce sera notre casse-croûte, assis sur la fontaine.

C'est à Jons que commence l'Anneau bleu ! Le soleil est là, éclatant mais pas trop chaud. Nous retrouvons la piste qu'Antoine et moi connaissons bien puisqu'avec un copain à lui nous y avons pédalé et même mangé au resto "Le grand large" que je recommande à tous, tellement c'est sympa (terrasse à l'ombre au bord du lac), bon (buffet de spécialités syriennes toutes plus excellentes les unes que les autres) et d'un bon rapport qualité/prix! Servi avec le sourire en plus ! C'est donc là que nous fêterons l'anniversaire des douze ans d'Antoine. Malgré notre copieux casse-croûte de dix heures trente/onze heures, nous avons encore faim. Le vélo, ça creuse ! Avec une bougie sur un tout petit (mais délicieux) gâteau syrien ! L'un des serveurs, déambule entre les tables, des assiettes à la main. Il a souvent la bouche ouverte, béante. Antoine l'appelle le poisson rouge...

Antoine m'emprunte mon téléphone pour la deuxième fois de notre séjour pour téléphoner à Camille. Longue conversation !...Nous voyons une personne blonde, lunette, sur la terrasse, cliente comme nous. Nous la connaissons. Lui faisons la bise. Mais c'est qui ? ? Impossible de se rappeler ! Vélo ? Ecriture ? Qui c'est ! Au moment de partir, Antoine ! Ah! Elle fait de la plongée ! Ouf ! La mémoire... (C'est Audrey).

Nous repartons à deux heures moins le quart. Antoine a des ailes, il roule comme un avion ! Le matin, il part toujours très habillé. Pantalon et pull et ne se déshabille que très progressivement. Alors que moi, dès le départ, j'ai chaud et je suis en cuissard et tee-shirt ! Antoine apprécie vraiment le cuissard que je lui ai acheté.

2012: La première randonnée à vélo d'Antoine

Nous arrivons à Lyon. Dans un parc, d'abord, puis sur les quais. Des travaux nous obligeant à quitter les quais, nous partons rouler le long du Parc de la tête d'or. Enfin de l'eau ! Les bidons sont vides. Ce sont des jeux d'eau pour les enfants qui attirent notre attention. Acier inoxydable, costaud, jeux de tuyaux, de moulin à eau, de noria, où de petits récipients montent l'eau du puits vers les bacs. Puis vient une autre aire de jeux. Antoine, fatigué ? Mais pas du tout ! 60 kilomètre dans les jambes et encore de l'énergie pour faire des pompes sur les barres fixes ! Nous nous dirigeons finalement vers le pont pour aller prendre le train à Perrache. Antoine fait demi-tour. "On est tout près de chez nous, on n'a qu'à y aller en vélo !". Je lui dis qu'il y a encore environ vingt kilomètres. Il est vrai qu'en cas de fatigue, les gares d'Oullins, Pierre-Bénite, Irigny et Vernaison seront sur note chemin. Le dissuader, non, mais lui faire comprendre que ce n'est pas à côté, oui. Je suis fière de lui, de son volontarisme. Et c'est parti ! Piste cyclable jusqu'au Pont Pasteur, descente vers l'aquarium des confluences... et la route, défile. "J'en ai plein le c., mais c'est justifié, non ?". Mal aux fesse, aux mains, surtout la droite. Peut-être parce qu'il est gaucher ? Pause à la chapelle d'Yvours, à côté du rond-point, à Irigny. Antoine trouve un chapeau, style Panama, blanc. Il grimpe super bien les côtes en général, mais là, Irigny, Vernaison, fastoche ! Il est souvent devant.

Nous sommes arrivés, Antoine est heureux ("je m'aime !"). Il est à peine seize heure trente ! Qu'est-ce que ç'aurait été si nous avions encore roulé jusqu'à dix-huit heures comme hier et avant hier... Il est vrai qu'aujourd'hui nous n'avons pas crevé et que nous n'avons rien visité, MAIS QUAND MEME ! ! Aujourd'hui il a fait soixante dix-huit kilomètres. C'est ENORME! Je suis impressionnée ! C'est vrai qu'il y avait "la carotte" de la maison. Nous aurons, au total, fait cent quatre-vingt dix-huit kilomètres en trois jours ! ! ! De temps en temps, tout au long de ce parcours, sur les pistes, pas sur la route, il s'arrêtait. "Maman, un bisou, un câlin. On est bien, tous les deux !"

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Journal de voyage à vélo

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Publié le 27 Mai 2014

Cette année encore me voilà partie seule sur les routes avec vélo et sacoches ! Cette fois, j'ai demandé à un ami de me concocter un circuit dans le Vercors.

L'idée du Vercors est tout simplement venue de l'invitation d'une ancienne collègue de travail et amie partie habiter dans cette belle région.

Mais "juste" lui rendre visite ne me suffisait point ! Il me fallait aller plus loin, et à partir de chez elle découvrir sa région.

Après une rude semaine de travail me voilà donc partie en voiture avec le vélo sur le porte bagage et les sacoches dans le coffre. Ces préparatifs n'ont pas été une mince affaire, cette année !

J'avais en effet décidé, pour mes 50 ans, de me payer une randonneuse. J'en rêvais depuis longtemps déjà. Le VTT équipé avec lequel je roulais depuis 3 ans ne correspondait pas vraiment à mes besoins: assez vieux, grinçant des pédales, gros pneus donc adhérant par trop à la route. Sur les conseils d'un copain du club j'étais donc allée rencontrer un vélociste. Il partait à la retraite en 2010 et je devais donc faire vite avant que les repreneurs n'arrivent. Ainsi fut fait. Il me conseillait sur le modèle, sur le type de pneus (increvable à 80% m'assurait t-il) assez gros mais pas trop, guidon plat, selle où, affirmait-il "je n'aurais jamais mal aux fesses" (il s'avère que c'est la même que sur celle de mon vélo de route- effectivement confortable). Je lui demandais les équipements que je souhaitais: porte bagage arrière/avant, garde boue, lumière, sacoche sur le porte bagage, compteur. Je lui demande des sacoches avant également car j'ai déjà les sacoches de mon ancien VTT.

J'emmène ce nouveau vélo avec moi pour un week-end dans le Jura avec mon club, l'A.T.S.C.A.F du Rhône afin de le tester. C'est vrai que je peine dans les montées. Les copains me conseillent de faire changer la cassette et de mettre du 32 voire du 34 à l'arrière. Devant j'ai du 24. C'est un VTC.

Je retourne chez mon vélociste. Il me conseille plutôt du 32. Soit! Mais il semble que la passation des "pouvoirs entre ancien et nouveaux" soit compliquée. Je passe les détails. Ils tardent à régler mon vélo. De fil en aiguille, j'aurais tout sauf la lumière que je récupèrerais sur mon vélo de route et le compteur que je récupèrerais de mon ancien VTT. Restaient les sacoches. Arrivent les repreneurs. Tous, ancien et nouveaux gérants sont incapables de m'en trouver parmi leurs fournisseurs. A une semaine et demi de mon départ, je prends le taureau par les cornes et vais voir un autre magasin qui, illico presto m'en propose.

La semaine même où je pars (le vendredi) j'aurais donc sacoches et pignon arrière adapté.

Ouf ! Il était temps !

Les semaines précédant mon départ, peu à peu, je rassemble le matériel dont j'ai besoin. Entre les vêtements, le couchage et la cuisine, c'est qu'il en faut des choses ! Et ne rien oublier, jusqu'au moindre petit briquet, médicament en cas d'urgence, etc... Equilibrer le poids des sacoches: quatre sacoches de 2,6 kilos chacune, presque sans faire exprès !

Jeudi soir, tout est prêt ! Vendredi après le travail je pars à Saint Laurent du Pont, en Isère chez mon amie Elise.

J'équipe ma randonneuse dès mon arrivée, la range au garage: une bonne chose de faite qui ne sera pas à faire le lendemain aux aurores !

Le jardin est très grand: prairie où paissent deux moutons dont un qui n'a pas été tondu depuis très longtemps et dont le poil ressemble davantage à du carton qu'à la douce pelisse laineuse de son jeune compagnon. Des lapinous et leur maman sont dans une cage, le papa dans une autre: y'en a déjà bien assez ! Les poules sont déjà couchées au poulailler.

La maison cambriolée cinq fois pendant qu'elle était inoccupée appartient à l'oncle de mon amie dont le jardin est mitoyen. Ancienne, (la maison, pas mon amie !) elle a du cachet. J'aime bien. Mais elle est mal isolée ! Le fuel et deux gros poêles à bois (un dans la cuisine, l'autre dans le salon) permettent de plus ou moins bien chauffer la bâtisse. Autrefois deux familles se partageaient la maison. Une seule est restée mais les chambres étaient louées, d'où les lavabos qui y sont installés me faisant penser à un hôtel ou à une pension de famille.

Puis au salon nous discutons joyeusement de choses et d'autres autour de quelques breuvages alcoolisés inconnus (bourgeons de conifère macérés dans du vin) en attendant que le dîner cuise. Les poivrons farcis au fromage blancs étaient délicieux. Elise avait en effet invité des amies, dont Audrey, une salariée de son compagnon, charpentier. La compagne d'Audrey, Barbara, est secrétaire de direction bilingue dans une entreprise de jouets qui travaille avec Hongkong. Elles se sont connues durant leurs études d'anglais. Audrey aussi est parfaitement bilingue et toutes deux adorent jouer avec les mots, les langues et la musicalité des langues. Barbara est musicienne. Nous passons à table. Le saucisson cuit au vin rouge était délicieux. Et même si les patates ont mis longtemps à cuire au four, elles étaient succulentes. Un peu de vin rouge avec le fromage, mmhh! Nous nous couchons donc un peu tard.

Le lendemain, je me réveille spontanément à six heures, mon heure habituelle de réveil alors que je m'étais autorisée à faire sonner mon réveil à sept. Tout le monde dort. Elise est adorable: tout est prêt sur la table. De mon côté, j'essaie de faire le moins de bruit possible. Par contre, en partant, je n'arrive pas à fermer la lourde porte d'entrée et je fais se sauver le chat. Mince!

Et me voilà partie ! Mais, devant la maison un doute me prend: sur la route à droite, ou à gauche ? Un homme m'aiguille dans la bonne direction. Mais est-ce l'alcool, la fatigue ou le manque d'entraînement (il a beaucoup plu ces temps ci et je n'ai pas assez pédalé) ? La route semble plate, à voir ainsi, mais sous mes pédales ça grimpe ! Faux plat montant, sans doute !

Le premier est en vue: col de la Placette, avant Voreppe. Ça va, je grimpe bien. Finalement, je préfère presque une franche montée ! Un petit rouge-gorge gît à terre. Un four banal, un peu plus loin. La route devait être plus haute, autrefois, elle n'est plus au niveau du four, maintenant. Je laisse Coublevie sur ma droite. Je ne sais pourquoi, le nom de cette commune me parle. Le col est à 587 mètres. Heureusement que je l'ai fait dans ce sens, il monte moins raide ! Devant moi, le paysage est de toute beauté.

Arrivée à Voreppe, arrêt stratégique dans une boulangerie. J'achète du pain et un pain au chocolat, pour plus tard. Je retire de l'argent à la banque d'en face. Je profite de mon arrêt pour demander ma route à un monsieur maghrébin qui attend le car. La direction de Sassenage n'est pas facile à trouver. Chokran, monsieur !

Je rejoins une route, une nationale très passante ! Coup de klaxon rageur de l'automobiliste à qui je n'ai pas l'heur de plaire et qui est en colère de ne pouvoir faire ce que je fais. Ils seront peu nombreux (deux, je les ai comptés). Les petits coups de klaxon sympas seront beaucoup plus nombreux, de ceux qui admirent l'effort et/ou m'envient et aimeraient être à ma place. Traverser l'Isère, Veurey-Voroize, Noyarey, Sassenage. Zone industrielle et artisanale assez peu intéressante. La piste cyclable est le seul point positif de ce tronçon.

Et voilà sur la droite une belle montée qui commence ! Un lotissement de constructions dites bioclimatiques promettant mois de 150€ de chauffage par an.

Pont Charvet, le premier mémorial que je rencontrerais en hommage aux résistants tombés sous les balles allemandes le 1er août 1944. Tout le long de ma route, je trouverais ainsi de modestes ou de grandioses monuments rappelant la guerre de résistance contre l'ennemi. Je ne m'arrête pas.

Dans un renfoncement, un parking de vieilles voitures, prétexte à m'arrêter pour prendre en photo une grosse et belle Cadillac, pour mon fils Antoine qui les adore. A 9h30, je suis partie depuis 2h30, j'ai déjà fait 30 kilomètres. Pas si mal, quand même ! Par contre, depuis que j'ai déraillé à Voreppe, un cliquetis désagréable se fait entendre derrière quand j'appuie sur la pédale droite.

Le paysage est magnifique, la vue sur la plaine de l'Isère, les rochers. Quel plaisir, le vélo ! Je connais même un copain qui préfère monter car, dit-il, dans la descente "T'as rien le temps de voir !". Tout au long de mon parcours je rencontrerais beaucoup de fleurs et d'orchidées de toutes sortes: courtaudes ou plus élancées, jaune, roses ou rouge intense. Quand, fatiguée, je voudrais me reposer, le prétexte sera tout trouvé: photographier ces cadeaux de la nature.

Dieu que mon vélo est lourd ! Trotte dans ma tête l'idée de me débarrasser d'une partie de mon chargement. Le temps est au beau fixe, le week-end s'annonce ensoleillé. Et trotte que trotte que trotte... Finalement, je m'arrête et essaie de téléphoner à Elise. Ne s'était-elle pas proposé, au cas où je flancherai en cours de route, à venir me chercher avec le camion de son compagnon ? Elle ne répond pas. Je prends un sac en plastique, y met guêtres, gants chauds, cagoule, brassières et jambières et, le plus lourd: mon anorak ! Ouf! Ça en moins. Laliarey. "La maison d'Harika". "Pain cuit au feu de bois". La maison devant laquelle je suis arrêtée comporte un petit mur, et derrière, des chaises de jardin. J'appelle. Un jeune homme arrive, arrosoir à la main. Puis une femme assez âgée. Elle est la propriétaire et m'autorise à déposer mon sac. Je lui assure qu'une personne viendrait le chercher dans la journée.

Plus légère, mais ça monte encore bien, je repars. C'est bien difficile quand même ! Arrive Engins, un village où j'essaie d'acheter du fromage bio (c'est à la mode!) Dans une ferme. Un grand-père me dit que ce n'est pas lui qui vend et personne pour me renseigner. Tant pis, poursuivons ! Gorges du Furon (le nom du torrent ?)

Sans fromage, mais avec du pain, j'arrive aux gorges du Bruyant. Une halte pique-nique en contrebas, un petit pont qui enjambe un ruisseau bien vif. Avant que la place ne soit envahie, j'ai le temps de faire ce que personne ne peut faire à ma place... Une esplanade en contrebas, toute en herbe, des tables faites toutes exprès, j'y appuie mon vélo et commence à décharger mon barda: camping gaz, casserole, tasse, assiette, couverts et mon repas. Ce rituel se répètera autant de fois que j'aurais faim et souhaiterais pique-niquer. A midi, salade de pommes de terre, tomate, petits oignon, origan et concombre. Thon. Figue sèche. Pain. Je me fais chauffer de l'eau pour le thé. Arrive de la visite. Un couple avec deux petits garçons qui, vite, se mettent en culotte et vont se tremper les pieds, les fesses, et même la serviette dans le courant d'eau glacée. Le plus petit remonte, les fesses maculées de terre. Bouille ronde, lunettes, il est marrant comme tout à courir après un papillon et l'appelant: "Papillon ! Papillon ! Papillon !". Le plus grand, appliqué, ramasse du petit bois avec son père pour le barbecue. Arrive à ma table un couple et leur amie d'Aix en Provence venus fêter les 70 ans du monsieur, avec une quarantaine d'amis dans un gîte à Autrans. Le temps que je finisse de ranger, un couple de marcheurs assez âgés arrive. Ils m'assurent avoir vues des marmottes un peu plus haut avec leurs jumelles. En remontant je croise un petit groupe de cyclo-campeurs comme moi. C'est agréable mais nous n'échangeons qu'un bonjour et des sourires.

Et me voilà repartie. La pente est moins raide. Enfin ! Un cyclo me double et me lance un "Bonjour et félicitation !" emphatique. Je recevrais assez souvent des encouragements du geste ou de la voix tout au long de ma route. Ce motard croisé, par exemple, enthousiaste et qui, pouce levé me manifeste son appui moral.

Lans en Vercors. Ça monte ! Cette ville est jumelée avec Saint Donat, au Québec. J'ai un mien ami, très cher, qui a vécu longtemps à Saint Donat sur l'Herbasse, dans la Drôme et où il pose encore sa caravane. Sa maman, pendant la guerre y a caché beaucoup de résistants dont Louis Aragon et Elsa Triolet. Et le Québec m'évoque aussi la tournée de promotion pour mon dernier livre que je vais y faire en octobre.

Quelle chaleur ! Mais voici le col de la Croix Perrin à 1218 mètres d'altitude. Puis belle descente. Bernard, qui m'a concocté ce parcours m'a indiqué Autrans puis Méaudre. Là, je dois faire un choix. Devant moi, la carte. Soit je coupe et vais directement à Méaudre, soir je pousse jusqu'à Autrans. Bon, Autrans je connais, j'y ai séjourné cet hiver avec un groupe, de copains avec qui nous avons fait du ski de fond. Une taupe, tout petit animal, écrasé sur la route.

Je coupe et évite Autrans. J'arrive donc à Méaudre. Un magnifique pré, à l'entrée, couvert de fleurs de pissenlit d'un jaune éclatant ! Un peu plus loin, une grotte devant laquelle sont disposées des silhouettes d'hommes préhistoriques. Sans doute un clin d'oeil à l'histoire du village. Je passe devant le gîte où ont gîté une collègue et ses amis. Son propriétaire annonce la bienvenue aux cyclotouristes, leurs proposant même des services techniques (réparation, gonflage).

Les Jarrands. La Balme de Rencurel. Puis enfin les gorges de la Bourne que je ne dois rater à aucun prix m'a dit Bernard. Travaux et panneau lumineux. Elles sont ouvertes du 21 mai à 17h30 jusqu'au 25 mai à 8h30. Quel jour sommes nous donc ? Ouf, c'est bon, ça a faillit ! Mais il a raison, c'est d'une beauté à couper le souffle. Est-ce toutes les endorphines que je produis à force de coup de pédale, je ne sais, mais je suis complètement euphorique, comme si j'avais bu un petit coup ! Mille mercis à Bernard, je te bénis, quelle magnifique parcours ! En sortant des gorges, la belle cascade de Moulin Marquis dans le cirque de Bournillon forme comme une chevelure.

Dans les gorges de la Bourne le car assurant la liaison régulière entre les villages avance à petit pas. Son toit n'est qu'à cinq centimètres sous l'encorbellement des rochers. Les rochers; acérés, ne pardonneraient pas le moindre frottement. Et moi, dans tout cela, je me plaque du mieux que je peux contre les rochers, côté falaise avec mon vélo encombrant. Je me demande si je ne vais pas être écrasée par cette masse.

Mon téléphone sonne. C'est Antoine, mon fils, qui s'inquiète que Marielle ne soit pas venue le chercher pour le mener voir les joutes. Son fils pratique ce sport et fait une démonstration cet après-midi au bord du Rhône. Il ne va pas s'ennuyer ! Demain dimanche et lundi, peut-être. Il ira sans doute à la piscine avec son père dimanche matin. Après tout, être toujours occupé, c'est bien, mais prendre le temps de ne rien faire, voire de s'ennuyer, est très bien aussi. Je me console comme je peux.

Deux escaladeurs s'équipent au pied de la falaise. J'en verrais d'autre sur mon parcours. Tout comme les pêcheurs à la truite le long de tous ces torrents bouillonnants dévalant les pentes. Leurs bras vifs et nerveux lancent sans relâche l'hameçon. L'eau doit être glacées, à voir les petits névés et la montagne (le Dévoluy ?) couverte par endroit d'une neige étincelante au soleil ! L'un de ces pêcheurs est bel homme: brun aux yeux bleus, torse nu sous sa veste sans manche ouverte, il a de jolis abdos bien musclés! Je sors des gorges de la Bourne, en pleine euphorie dans ce magnifique paysage et me dit, en riant, "J'en ferai bien mon quatre heures de cet homme là!"

Choranges. A quinze heures j'avais fait 60 kilomètres

Pont en Royan et ses maisons suspendues au dessus de la Bourne. Suis déjà passée ici au moins une fois emmener Pauline, ma fille, à un stage BAFA sur le thème de la rando et de la découverte en montagne. Petite visite à l'épicerie du village pour quelques emplettes: fruits, tomate, maquereaux à la tomate. Des jeunes filles du village remontent un peu mouillées du bord du torrent. Elles ont fait trempette, l'eau est encore glacée. Une pancarte m'interpelle: "Il est interdit de plonger du rocher suspendu". Nous en parlons ensemble: "C'est plutôt les garçons qui font ça. Y'en a un qui est mort, il avait plongé du pont, la tête fracassée contre un rocher. Il a raté l'eau". Ça ne pardonne pas. Elles me disent plonger d'une petite hauteur et s'ennuyer ferme dans ce village où il n'y a rien à faire.

Saint Laurent en Royan. L'hôtel-restaurant est fermé. A une grand-mère toute maigre qui arrose ses fleurs dans sa cour je demande si elle sait où je peux trouver une chambre. Elle m'indique le rond-point un peu plus loin m'assurant qu'il y a là des chambres d'hôte. Effectivement, 500 mètres plus loin voici une drôle de maison cubique, toute jaune. Michel. C'est le nom du propriétaire. En fait, trois cubes empilés les uns sur les autres formant du coup trois terrasses. Je sonne. Je me sens regardée à travers l'oeil d'une caméra. Je dois avoir une sale tête. J'attends. Finalement une voix d'homme puis immédiatement après une dame apparaît. Oui, il y a de la place. Je la suis avec mon vélo. Ils sont "après jardiner", comme on dit entre Loire et Rhône. Elle me dit que mon vélo sera très bien dans la chaufferie et m'invite à visiter ma chambre et la maison. Tout me convient parfaitement. La vue est magnifique. Les pièces sont claires, la terrasse est grande et je ne suis pas claustrophobe, aussi j'accepte l'idée de dormir dans cette chambre troglodyte. Dans la salle de bain, une fenêtre faite de briques de verre donne sur la chaufferie où dormira mon vélo. Aujourd'hui j'ai fait 88 kilomètres.

Les chambres n'ont pas de clef, c'est ainsi ! Pour me rassurer, la propriétaire me dit qu'il n'y a jamais eu de problème. La maison est fermée à clef le soir, c'est tout. Le bâtiment est ultra moderne, conçue par un architecte mais la chambre est meublée de façon traditionnelle. Mes hôtes ont beaucoup voyagé: Brésil, Afrique du sud et leur maison en porte la trace. Dans ma chambre, une petite lampe, très kitch, en forme de coquillage sur la table de nuit. Au dessus de l'armoire, des coraux et des coquillages, tout comme sur le meuble de salle de bain. Au mur, derrière la tête de lit un "magnifique" poster de mer avec un palmier donnant l'illusion d'une fenêtre ouverte sur le monde. Le monsieur collectionne toutes sortes de couvre-chefs qui ornent les nombreuses descentes d'escalier. Cette maison est un vrai labyrinthe. Le store de la terrasse est automatique. Il sort dès qu'il y a du soleil et rentre en cas de vent. Il est équipé d'un anémomètre. Je décharge tout mon bardas, prend une bonne douche. Quel bien être ! Le soir, ce gîte ne propose pas de repas et l'hôtesse me propose d'aller au restaurant. Mais il était fermé, tout à l'heure ! Elle me donne leur carte de visite. C'est ouvert, j'irai pour huit heures. Elle me demande l'heure à laquelle je veux déjeuner. Je ne veux pas dire une heure trop matinale mais... 7 heures ? Pas de problème, cet horaire lui va très bien. Pendant qu'elle fait cuire mon riz pour le lendemain elle m'offre à boire du sirop de châtaigne. J'écris dans mon journal de voyage.

La propriétaire offre l'apéro: du vin de noix qu'elle fait elle-même. Un jeune couple de la Sarthe est lui aussi logé dans ce gîte. Lui est en "reconnaissance professionnelle". Il a l'opportunité d'un travail ici et vient tâter le terrain. Il fait du vélo dans sa région mais estime qu'ici, c'est une autre affaire! Le paysage n'est que montagne. Un couple et leur fils d'environ trente ans. Une dame, peintre. Elle a décoré une chapelle de Voreppe.

Propre, reposée, détendue, je pars au restaurant pour huit heures. Le serveur est d'humeur joyeuse. Il plaisante avec les clients. Même si je ne bois ni apéro ni vin, il m'offre tout de même quelques zakouskis frais à base de pâte feuilleté. Tomate cerise, style mini-pizza; persillade; fromage. Je choisis mon hors d'oeuvre: ballottine de volaille pistachée faite maison. Puis saumon en croûte de sel accompagné de rizotto aux cèpes et d'un flan de carottes au curry. Aznavour en discret fond sonore.

De temps en temps je pense à mon sac de vêtements posés sur une chaise au début de mon parcours. Elise n'ira pas le chercher aujourd'hui par crainte des embouteillages. Demain, peut-être? Sinon j'irai moi, lundi.

Mardi

Il fait beau, je prends mon petit déjeuner sur la terrasse où nous attend un petit déjeuner pantagruélique mais peu adapté aux efforts à venir: ni céréales, ni pain complet. Par contre des confitures maison très originales et très nombreuses. Pour la nuit, le petit déjeuner et la conversation des "patrons" il m'en a coûté 33€.

Bernard, je t'ai béni dans les gorges de la Bourne, je te maudirai aujourd'hui ! Ça m'apprendra de te demander de me construire mon parcours !

Challenge du Vercors; une pancarte, que je verrais tout au long de la journée: "Attention épreuve cycliste. Prudence" signé du magazine du Cycle.

Dans le col de la Machine j'allais si lentement... je zigzaguais tant, que je suis tombée ! Moi qui, d'habitude met un point d'honneur personnel à ne point marcher à côté de mon vélo, au pire je m'arrête, posant le pied par terre puis remontante sur l'engin. Mais là; impossible de faire autrement ! Alors pousse que je te pousse le vélo. Fatiguée ? Pas un problème: l'appareil photo m'invite à prétexter d'une belle fleur (et elles sont nombreuses! Très nombreuses !) pour un petit arrêt.

Ça y est ! Les coureurs arrivent ! Les deux premiers encadrés par moto et voiture tout gyrophare allumé, sirène hurlante pour prévenir et demander à ce que l'on se pousse. La route est à tous. J'ai autant de mérite qu'eux, alors je continue en pédalant lentement. Certains coureurs m'encouragent de la voix, d'autres, souffle réservé à l'effort lâchent le guidon et lève le pouce en signe d'admiration. Leurs supporters, sur le bas côté de la route m'encouragent aussi.

Avant le col de la Machine, le col de Gaudissart. De 277 mètres d'altitude, on arrive à 940 mètres à ce premier col. . Heureusement qu'elle passait exclusivement à l'ombre, cette satanée route, j'ai eu le pourcentage, sans la chaleur. Deux hommes se rhabillent, deux copains de vélo. L'un repart d'où il vient, l'autre continue mais tourne à droite peu de temps après pour ensuite redescendre. Ce dernier m'explique qu'à partir de là, la pente sera moins rude. Effectivement, il a raison. Je redescends à 908 mètres. Pédaler est un peu facile. Ou un peu moins difficile, c'est selon ! Puis arrive ce site magnifique qu'est La Combe Laval. Des à pic vertigineux, des falaises face à nous, un cirque. Photo du 45è parallèle. Les coureurs me doublent à vive allure ! Prochain village, Lente. C'est bien ce qui, me caractérise, cet adjectif ! Ça remonte à 972 mètres. Ce col de la machine est une machination contre moi ! Il culmine à 1025 mètres. Je fulmine contre Bernard ! Je me délectais, après tous ces efforts, à l'idée d'une belle descente... Que nenni ! Lente et sa forêt. J'entends un drôle de cri. Un chien ? A mon retour, Elise me dira que j'ai sans doute entendu un brocard en mal d'amour.

Au passage le panneau "Le sapin bronzé" me fait sourire. Une fontaine abreuvoir dont l'eau s'échappe du tuyau en jet dispersé, comme celui d'une douche ! Photo ! Je collectionne les puits, fontaines et abreuvoirs.

L'avant-avant-dernier cycliste me double. Un pas comme les autres, celui-là; envie de causer... Et un fin sac en tissus dans le dos. Mais me double quand même, faut pas croire ! Un peu plus loin, alors que je pédalais (mais oui, parfois je pédale sur mon vélo !) Je le vois marchant et poussant son vélo. Ça alors ! Une voiture s'arrête à son côté, mais il la chasse avec de grands gestes. J'ai beau pédaler lentement, je finis quand même par arriver à son côté.

"Vous avez à boire ?".

"Oui, oui, vous en faites pas !".

"A manger ?".

"Pas de problème !".

"Mais quoi, alors !?".

"J'ai une grosse crampe à la cuisse !".

"J'ai du sporténine®, vous en voulez ? Prenez-en deux comprimés! Si vous êtes contrôlé, pas de problème, c'est de l'homéopathie!".

"Ah, oui! Merci, c'est pas de refus!"

Je lui tends le tube, il se sert. Et je repars. Peu de temps après, ce qui devait arriver arriva: il me redouble!

"Ça va mieux, on dirait!"

"Ah oui! Merci ! En plus tout à l'heure j'avais crevé... Vous acceptez que je vous prenne en photo pour cyclosport.com, je suis leur correspondant ?"

Il rit.

Je crois à une plaisanterie, je ne connais pas ce site, mais j'accepte ! Nous nous disons au revoir. Il redémarre à vive allure.

Un peu plus loin, la voiture balais ramasse tous les panneaux de signalisation de la course. Je suis à nouveau seule cyclo sur la route.

J'ai bien droit à une pause pique nique ! Là où je suis, je domine la route. Du riz cuit dans le gîte par mon hôtesse, elle m'a même donné du persil, à ma demande, une tomate avec un filet d'huile d'olive. Du sel. Mmhh! Quel délice après cet effort ! Le Saint Marcellin, dans sa boîte, a coulé au fond de la sacoche. Un coup de lingette et il n'y paraîtra plus. Il est délicieux. Et pour finir une banane bien mûre saupoudrée de sucre. Pour digérer un thé brûlant. Il faut boire, beaucoup, je me déshydrate, sinon, avec tout ce que je transpire.

Mais ça continue à monter jusqu'au col de Lachau à 1337 mètres, plus encore que celui de La Machine ! Je pose à nouveau parfois le pied à terre... Et je pousse mon vélo. Le mal aux épaules remplace celui des jambes. Je pouvais doucement rêver qu'après cet effort surhumain j'aurai droit à ma récompense. Ni une descente, ni même le moindre petit sanitaire ouvert à la pauvre petit cyclote que je suis ! Interdit de pisser ! Je me venge sur un centre d'exploitation technique du département de la Drôme. Il faudra que j'en cause à mes copains du Rhône ! Les nuages sont bas, il commence à pleuvoir doucement. Rien de bien méchant mais je bâche mes sacoches, pas moi.

Vassieux en Vercors. Est suivi du col de Saint Alexis, à 1222 mètres et tout de suite après du col du Rousset à 1254 mètres, pour le fun ! Un col de plus... Celui là, j'aurais pu l'éviter en tournant à gauche en bas de la descente (enfin une vraie!), mais j'ai tourné à droite. Il ne m'a pas semblé trop difficile. Il pleuviote toujours un peu. Encore un petit besoin. A la station les bars me tendent les bras. La civilisation est retrouvée. Un bon Vichy-fraise, des barres de céréales, la pâte de fuit de mon père. Et c'est reparti ! Un groupe d'une trentaine de motos vrombissantes me double! Bof, moyen comme sensation ! Autant 4 à 5 motos, ça va, mais, là, l'impression d'être envahie: le bruit, la vue, l'odeur, tout y est ! Puis la descente et la presque plaine... Je rencontre aussi un cyclo qui fait parti d'un groupe. Partis de La Londe Les Maures, au bord de la Méditerranée, ils réalisent un circuit mer/montagne. Ils sont accompagnés d'une voiture suiveuse qui porte leurs bagages. Ils dorment là, à l'hôtel. La Londe les Maures, lui dis-je, je connais: j'y fais de la plongée. J'y étais d'ailleurs il n'y a pas bien longtemps !

Rousset en Vercors. C'est la fête de la nature, comme, dans d'autres communes et même aux Champs Elysées à Paris. Ici, elle bien modeste. Quelques stands. Kermesse.

Je craque pour un troupeau de brebis et d'agnelets tous frais sortis des entrailles de leurs mères, frêles sur leurs pattes grêles. Un hameau sur la droite et sa jolie chapelle grimpée sur une petite mais abrupte falaise.

Un panneau sur un bâtiment ancien porte une plaque: laiterie bombardée par les allemands.

Saint Agnan en Vercors. Tout droit, ou à gauche ? Les deux routes vont à Saint Martin en Vercors. A gauche encore un col, ou plutôt un Collet, puisque c'est son nom ! Bon, allez, ça m'en fera un de plus, même s'il ne fait QUE 878 mètres d'altitude. De la gniogniotte, à côté de ceux que je viens de franchir ! Petite boucle supplémentaire et hésitation entre deux routes. Vive les cartes IGN® !

Vers La Chapelle Saint Martin, les narcisses étaient inaccessibles à l'objectif de mon appareil photo, dommage !

Encore combien de kilomètres suis-je capable de faire ? Ce qui est sûr, c'est que je n'irais pas jusqu'au col de Chalimont, ça non ! 6 cols (et quels cols !) dans une journée, je crois que ça me suffira bien ! Je vais jusqu'à Saint Martin en Vercors ? Bof, non ! Finalement, le hameau des Moreau en direction de Tourtre semble bien doté en Gîtes. Allez, va pour Tourtre ! Je m'adresse à une personne, afin de savoir s'il y a des gîtes libres. Je demande à une dame qui fait visiblement partie d'un groupe de marcheurs, à l'étape aux Moreau. Ils louent un gîte où, officiellement il y a de la place mais ils se sont si bien étalés qu'il va leur falloir se pousser si je veux m'installer. Cette personne m'indique que le propriétaire est un peu plus haut. Je vais à sa rencontre. Il me propose un gîte entièrement vide où 15 à 17 personnes peuvent être hébergées ! Mon vélo aussi trouvera sa place. Le tout pour 14€ la nuit ! Au rez-de-chaussée, une salle de bain avec baignoire et w-c; cuisine avec évier, buffet, gazinière, frigo, chaises et table; une pièce avec canapé, table, chaises et buffet; une autre pièce avec canapé, table, chaises et buffet. A l'étage, deux chambres avec lits deux places, lits une places et lits superposés ! Tout ça pour moi ! Il fait entrer mon vélo dans la pièce qui donne directement accès vers l'extérieur. Finalement, je n'utiliserai que la salle d'eau, l'évier et la gazinière de la cuisine et cette pièce. Inutile de m'étaler.

Le temps de bien m'installer... ouf ! Les nuages s'essorent sur le paysage. L'orage durera bien une demi-heure et il pleut à grosses gouttes. Finalement, j'ai bien fait de ne pas poursuivre ma route ! Je regardais la pluie tomber, bien à l'abri, et j'ai vu un troupeau de vaches que le paysan du village conduisait sur la route. Elles tournent devant la maison où je suis hébergée. J'ouvre la fenêtre, je les vois passer sous mes yeux et surtout j'entends le paysan les pousser avec son aiguillon. Il porte un grand parapluie noir, il semble bien énervé, il est très vulgaire avec ses bêtes qu'il abreuve de mots grossiers et insultant.

Puis je déballe toute mes affaires et après une bonne douche, je note sur mon carnet de voyage les éléments intéressants de la journée. Un peu de lecture. L'orage est fini.

Je pars me promener. Je laisse tout, n'emmène rien sauf l'appareil photo. J'oublie de fermer, nous sommes à la campagne, non ? Le soleil est revenu et la campagne, humide, est belle resplendissante. L'eau du torrent bouillonne. Deux escargots, un jaune lisse et uni, l'autre rayé marron et jaune montent le long de deux tiges parallèles. Une pancarte: "foie gras". Je cherche la boutique, elle est fermée le dimanche. Mince ! J'aurai pu en ramener à Elise et François. Au fait, sont-ils allés chercher mes vêtements chauds laissés sur la chaise ? Ils ont du prendre l'orage ! Tant pis, je les ferais sécher !

Une colonie (ou plutôt une classe verte) revient de ballade. De retour vers le gîte la montagne est belle. Des lambeaux de brume montent du sol, je prends la photo. Une photo aussi pour ma collection de fontaines et abreuvoir. Le jet ressemble à celui de la fontaine prise en photo au cours de mon ascension du col de la Machine.

Cette route est plus passante que je ne l'aurai imaginée ! Des voitures, souvent, et même un car !

Comme le soleil est revenu, je sors une chaise et je lis au soleil. Puis je mange là, toujours au soleil. Velouté de champignon en poudre (...), encore du riz. Il sera moins sec car je le mange avec du maquereau à la tomate en conserve. Très pratique, les poissons en conserve: pas cher, protéiné et compact. Il reste du fromage. Tout à l'heure, à midi, je l'ai mis dans la boîte où était le riz afin qu'il ne coule plus. Et pour finir, une pomme et une tisane. Il ne me reste pas grand chose. Pour demain matin j'ai encore du pain, je mangerai de la confiture. Mais demain, lundi de pentecôte, trouverai-je une boutique ouverte ? Une tomate à voler dans un potager ? Je ne mourrai pas de faim. J'ai beaucoup de barres de céréales, de la pâte de fruit, de la soupe. Qui vivra, verra !

Il est tôt mais je vais me coucher. Je lis encore un peu: le soleil, lui, n'est pas encore couché, il n'y a pas de rideau. Demain je vais me réveiller tôt, tant mieux !

Finalement, réveillée à 6 heures, je pars à 7 heures. Une fois tout rangé, bien équilibré dans les sacoches, je sors le vélo, ferme la porte, et c'est parti !

Mince, à peine partie, je déraille. Pas grave ! Il fait frais. La route est belle. Saint Martin en Vercors, sortie du village. Il est tôt, tout le monde dort. Puis, première route à droite ! Altitude 829 mètres. Le paysage est sous la brume, je fais de nombreuses photos. Un paysan, très âgé, coupe du bois à coups de hache. Bravo ! Quel courage ! Il me renvoie mon compliment. C'est que ça attaque raide, la montée! Mais je préfère cette montée car la vue est dégagée, contrairement à celui du col de la Machine. Les oiseaux chantent. J'aime écouter leurs chants. Certains semblent se répondre, c'est parfois amusant.

Un panneau explicatif sur la faune au bord de la route prévient les escaladeurs que les faucons pèlerins ont fait leur nid sur les parois abruptes et qu'il ne faut pas les déranger. Pour repartir sur le vélo, je zigzague et me fait une belle frayeur: la roue avant s'est arrêtée dans la boue à quelques centimètres de la pente abrupte. Donc, je pousse le vélo. De temps en temps je remonte dessus. Ça monte bien. Je suis déjà à 1211 mètres et je suis partie depuis peu. Le col de Chalimont, lui, est à 1365 mètres d'altitude.

La route redescend, puis remonte sur Villard-de-Lans. Elle est agrémentée d'un chemin de croix que le chanoine Jacques Douillet, curé de Villard de Lans a conçu. Il l'a réalisé en juin 1944 avec ses paroissiens en souvenir du 16 juillet 1944. Les Allemands, après avoir incendié St Nizier, investissaient Villars. C’est alors que la paroisse fut mise sous la protection de Notre-Dame. Ils lui firent vœu de célébrer désormais solennellement le pèlerinage de Valchevrière, par un chemin de croix auquel prendrait part la population, tout au long des huit kilomètres de la route. Du coup, les stations du chemin de la Croix portent, ` gravés dans la pierre, les noms des jeunes gens qui trouvèrent la mort dans les combats du Vercors. J'en verrai quatre et en photographierai trois. Chaque station est une peinture pieuse, colorée comme une icône, surmonté d'un petit toit. Dessous, une plaque gravée. Sur la première, ce texte : "Pour la liberté, la justice la dignité de l'homme, pour la France et la Pologne, sont morts au champ d'honneur, ont souffert dans les prisons et les camps de concentration les professeurs les élèves les employés du lycée polonais de Norwig (?). Puis le même texte en polonais. Villard de Lans 1940- 1946. Sur l'autre, une autre peinture et ce texte: "Souvenez-vous de Saint Vincent". Ce chanoine est décédé le 19 décembre 2007.

Ensuite, c'est plat ou presque. A Lans en Vercors, je m'arrêterais dans une épicerie. Elle n'a plus de tomate. J'achète une banane et des sardines. Je m'arrêterais un peu plus loin pour manger. Mais avant, ça urge, une pause pipi devant une maison dont tous les volets sont clos et où l'herbe a envahi le jardin.

La route fait un grand virage à droite. Je prends le chemin qui part sur ma gauche. Peu de visibilité sur les véhicules qui arrivent en face. Oups ! Je m'arrête à temps. Le chemin monte raide, il domine la route d'un côté, la vallée de l'autre. Il avance dans un bois de conifères. Des souches feront l'affaire. J'ai une chaise ! Je me régale de mon frugal repas. Encore du riz ! Et toujours un thé pour accompagner mon dîner. Une petite sieste réparatrice. Je remarque des pousses de conifère: une puis deux, puis trois et quatre. Je les ramasse et les mets dans le pot qui a contenu mon riz. Je les planterais en arrivant chez moi. Nous avions un beau mélèze dans notre jardin. Il soulevait le portail que nous n'arrivions plus à fermer. Il n'a pas résisté à la tronçonneuse...

Saint Nizier du Moucherotte : commune médaillée de la résistance. En 1986, un pacte d'amitié a été signé liant les 17 communes médaillées de la Résistance. Cette relation privilégiée est désormais institutionnalisée dans le Comité national des collectivités territoriales médaillées de la Résistance française. J'ignorais que cette médaille pouvait s'attribuer à des communes. Voyager est très instructif ! Les voyages ne forment pas que la jeunesse. J'ai eu 50 ans cette année. Gabin n'a t-il pas dit: je sais que je ne saurais jamais.

A Saint Nizier se trouve les rocher des trois pucelles. En contrebas, la commune d'Engins où je suis passée le premier jour. "Les trois pucelles regardent l'engin" m'a dit une amie.

Après Saint Nizier, une descente de toute beauté: paysage, revêtement de la route, griserie de la vitesse ! Un vrai bonheur! Au passage un lieu dit au nom mystérieux: "La tour sans venin"...

Voilà la VILLE, la vraie. Et moi j'hésite sur la route à prendre. Des pistes cyclables. Et même un cyclo à qui je peux me demander mon chemin. C'est tout droit puis à gauche.

Monotone ville de la banlieue de Grenoble, ignobles lignes droites, zones pavillonnaires puis industrielles. Seyssinet. Sassenage. Noyarey. Heureusement, à droite, une belle montagne, aux rochers plissés penchés devant un beau ciel bleu me remonte le moral.

Je téléphone à Elise. Je lui dis que je l'attends au rond point... Sur la pelouse d'un Mac Donald... Moi qui aime si peu les fast food, je m'enfile le plus grand coca cola qui existe, avec plein de glaçons ! Je ne veux pas refaire le col de la Placette, je l'ai déjà fait. Et puis 10, c'est un chiffre rond.

Je détache les sacoches du vélo. La rando est terminée. Je suis heureuse.

J'aide François à mettre mon vélo dans la remorque et c'est en voiture que je refais le dernier col. En arrivant, nous faisons un tour du jardin. Je reprends le sac laissé chez eux. Et nous buvons l'apéro, Elise et moi tandis qu François coupe du bois dans son atelier. L'odeur du sapin coupé ! Je leur dit au revoir et pars, avec ma voiture chercher le sac de vêtements chauds. Finalement, il n'aura pas plu et ils sont secs. Je remercie la locataire de la vieille dame et la charge de transmettre mes remerciements à la propriétaire.

Matin brumeux

Matin brumeux

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Journal de voyage à vélo

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Publié le 27 Mai 2014

L’été dernier, Bernadette et moi, nous avions randonné à vélo du Puy-en-Velay jusqu’au Mont Gerbier-de-Jonc. Et, au cours de l’automne m’était venue l’idée d’aller cycler du côté du Mont Aigoual. Au printemps de cette année un livre de Jean-Pierre Chabrol, grand Cévenol, m’était tombé dans les mains : Les fous de dieu. Tout le récit se passe dans les Cévennes, autour du Collet de Dèze et bien au-delà. L’envie de faire du vélo dans cette région s’était alors trouvée renforcée. Cette année, nous irions faire du vélo dans les Cévennes ! Je proposais à Bernadette de partir plutôt à la pentecôte, où trois jours de congés se succédaient plutôt qu’en juillet où j’aurai été obligée de prendre un jour de congé supplémentaire. Elle était partante. J’aime m’organiser assez longtemps à l’avance. Chercher un circuit, réfléchir au parcours, à ses difficultés, au matériel à emporter.

Mon idée est de partir en train jusqu’à Alès, de faire une boucle de trois jours et de revenir à la gare d’Alès. Mais, une fois les renseignements pris, la correspondance Alès-Nîmes se fait une fois sur deux en car. Impossible, avec nos vélos. Il faut donc arriver à Alès et repartir par Nîmes. En effet, les aléas de la route ne nous permettent pas de dire à quelle heure nous arriverons à la gare et si nous pourrons prendre la liaison Alès-Nîmes par le train.

Mais les évènements ont pris une autre tournure. Au moins quinze jours avant, je relance mon amie pour lui rappeler nos projets. Bernadette a maintenant un compagnon, Guy. Bernadette me demande alors si j’accepte qu’il soit du voyage. Mais bien sûr ! Au contraire ! Cela nous permettra de faire connaissance.

Au téléphone, dans les jours qui suivent, tous deux me proposent d’autres circuits. Nous convenons de nous rencontrer chez moi à peine une semaine avant notre départ.

Le beaujolais en trois jours ? Pour moi c’était non : ce relief est si près de chez moi que je ne vois pas l’intérêt d’y aller sur trois jours. Je peux y aller quand je veux, sur une journée.

Le circuit de l’Ardéchoise, cette magnifique région où une foultitude de bénévoles se met en quatre pour accueillir des milliers de cyclistes ? Non, j’ai déjà roulé là bas. Et puisque je vous dis que c’est le Mont Aigoual que je veux faire ! Ah, mais !

Et viennent alors d’autres variantes. Partir en voiture et laisser le véhicule chez une personne de la famille de Guy. Pas de problème, cela résoudra la difficulté de la liaison par le car.

Autre variante, laisser les tentes, duvets et autres matériels lourds au camping de Valleraugue, monter l’Aigoual et dormir une deuxième nuit à Valleraugue. Bon, là il y a déjà une petite écorchure à mon idée (idéal, même) du cyclo-camping. Si, sur trois jours, nous dormions deux nuits au même endroit… Mais bon, va pour cette concession, si cela peut permettre la cohésion de notre petit groupe. Du coup, le circuit que je m’étais ingéniée à imaginer (grâce à Route You) était à changer pour les deux autres jours. Pas de difficulté, Guy s’en chargeait !

Variante suivante : Guy n’ayant pas de relations très suivies avec ce contact à Alès, il est délicat de lui demander de garder la voiture pendant trois jours. Bernadette a donc contacté un camping (je ne sais plus où) pour y entreposer le précieux véhicule. Du coup, le circuit devrait sans doute être revus.

Et, peu à peu, au fil des jours je sens que la cohérence entre eux et moi se délite. Le mardi, je me procure donc le matériel que je ne possédais pas (petit camping gaz, briquet, compteur de vélo) et que Bernadette fournissait les années précédentes. On verra que j’avais vu juste.

Deux jours avant le départ, nous nous téléphonons. Et là, Bernadette me dit : « Il va y avoir des orages dans les Cévennes, on voudrait faire le Jura ! ». J’entends bien ce qu’elle me dit de manière implicite : ils ont envie de se retrouver en amoureux, et ils ont raison, finalement ! Je regarde la météo et je vois qu’il est annoncé « des pluies intermittentes » sur Alès. Je lui dis : « pluies intermittentes » signifie aussi soleil intermittent ! J’aurai effectivement de la pluie lors de la montée de l’Aigoual ; et j’apprendrai que Bernadette et Guy ont aussi eu un orage.

Bon, eh bien si c’est ainsi je ferais, comme cela fait un moment que je le pressens, l’Aigoual toute seule ! Ma fille, mon mari, « l’Aigoual toute seule ! Et si tu tombes dans un ravin ? ». Je les rassure en leur disant que je les appellerai deux fois par jour. A midi et le soir. Ainsi, si je ne les appelle pas, ils me chercheront dans un fossé entre ces deux points…

La veille de mon départ, le vendredi soir, je téléphone à Bernadette pour lui annoncer que tout est prêt pour moi. Elle m’annonce alors, que je n’ai pas à avoir de regret : elle a donné ses sacoches à Guy et s’en est achetés d’autres pour elle. La taille lui convenait. Bonne hauteur. Au moment de tout charger, la veille, elle s’aperçoit qu’elles n’ont pas l’ampleur des autres et que tout ne rentre pas dedans ! Conclusion, le lendemain matin ils repartaient au magasin pour, soit les échanger pour d’autres, plus grandes, soit tout simplement les rendre.

Heureusement qu’ils ont prévu de partir tous les deux car je crois que ce contretemps m’aurais un peu énervé !

Le lendemain, … le réveil ne sonne pas ! Je me réveille à 5h20 alors que j’avais prévu de me lever à 5 heures. Pas grave. Tout est déjà prêt dans la voiture, je n’ai qu’à monter dedans Finalement, avec tous ces aléas, je n’ai réservé aucun train et je vais à Alès en voiture. Pas de ralentissement sur l’autoroute. Je me gare sur le parking de la gare d’Alès. Déchargement. Chargement et fixations des sacoches sur le vélo, et c’est parti ! Le cœur battant, je suis seule, il fait beau. Le bonheur.

Je sors de la ville il est 8 heures. Aujourd’hui j’ai environ 80km à faire avant d’arriver à Valleraugue, ma première étape. Alès, le pont, direction Saint-Jean-du-Pin. Un cyclo que j’arrive à doubler, malgré le poids que je traîne… A sa décharge, il a un âge certain.

Je passe à côté d’un lieu dit « le Lionnais » écrit ainsi sur la pancarte mais avec un « y » sur la carte. Je veux le prendre en photo : la panne !

Luziers est un bien joli village, malheureusement déformé par les nombreuses paraboles qui l’agrémentent. Son clocher est fait en métal, sorte de tour aérienne et ronde.

Une pancarte indique la direction du musée du Désert. Le Désert, lieu où les protestants se réunissaient secrètement loin des oreilles des catholiques.

Le pont de Massiès. Les oiseaux chantent. Un pic vert fait résonner son martèlement sur le bois.

A Saint-Jean-du-Gard je demande s’il existe un marchand de vélo. J’ai en effet besoin d’aide : malgré tous mes efforts, je n’ai pas réussi à indexer mon compteur à la taille de la roue. Une dame m’indique un garagiste, que je n’irai pas voir… Un garagiste !

Au centre je demande mon chemin à un monsieur en fauteuil roulant électrique. Il me conseille, avec humour, si c’est trop dur, de mettre moi aussi un moteur à mon vélo ! Dans les jardins, de nombreux bambous. Sont-ils allés « piquer » des rejets à Anduze, lieu de la célèbre bambouseraie ?

Après Saint-Jean-du-Gard je m’arrête pour pique niquer sur un bras mort de la route. Un grand rocher m’isole de la route que je ne vois quasiment plus. Pâtes à la sauce tomate (fait maison), du pain aux céréales acheté avant de partir de Grigny. Il me durera presque les trois jours. Maquereaux au vin blanc. La banane, stockée dans ma basket, n’en a pas pris le goût !

Requinquée, je repars. Châtaigniers. D’innombrables « arbres à pain », comme en Ardèche ou en Corse subsistent, remontant à l’époque où c’était l’aliment de base de la population.

L’Estréchure, qui porte bien son nom, tant ce village est étroit, tout resserré autour du Gardon. Gardon que je suivrais souvent tout au long de mes pérégrinations. Sur un mur, en bord de route, le repère de la dernière crue (2002) et un panneau du souvenir apporte des explications.

Saumane. Sur la route, un tout petit lapin, une petite figurine de plastique. Je fais demi-tour, et je le recueille. Il sera pour Antoine, mon petit garçon. Un lieu dit, « Doudou ». Mignon, comme nom.

Les Plantiers. Là, je quitte la route principale, la D907 et m’engage sur une toute petite route, la D193. Si petite que parfois je crois m’être perdue ! C’est même un sentier de randonnée. Et je ne suis pas la seule. Je questionne une dame. Elle me fait comprendre qu’elle n’est pas de notre langue. Plus loin, c’est un homme, français, lui, canne à pêche sur l’épaule. Et c’est lui qui m’interroge : « c’est encore loin le village ? ». Je ne saurai pas d’où il vient. Mais, oui, le village est bien loin !

A environ 1km du col de Pas, un homme m’interpelle. Sans que je lui demande, il me dit « vous n’êtes pas loin d’en haut, madame ! ». Merci à vous d’ainsi m’encourager ! La végétation a évolué. Fleurs de montagne, les digitales abondent. Les sons. L’eau, les oiseaux qui chantent. De l’eau partout ruisselle. Au bord de la route un berger et ses moutons. Nous nous saluons. Je ne réaliserais qu’après qu’il était en train de satisfaire un besoin naturel… Genêt, fougères. Le vol amoureux de deux papillons blancs qui virevoltent en rond, en spirales joyeuses et que je suis du regard. Le bonheur d’être seule, sentiment immense de liberté que je retrouverai tout au long de mon parcours. Col de pas 833m.

Arrivée à Valleraugue. J’ai fait 74 kilomètres.

Quelle aire de jeux magnifique ! Une véritable œuvre d’art en bois, sculptée ! Sur le lieu d’une ancienne filature (ou magnanerie), ce jeu reprend le thème du vers à soie : de la feuille de mûrier, au cocon, jusqu’au papillon. Avec toboggan, passerelle et mur d’escalade. Le village semble bien sympathique et accueillant. Le camping, je me renseigne, est à 4 km du centre. Mince, alors ! Moi qui pensais poser tente et duvet et ensuite faire mes courses. Bon, va pour le camping.

A peine arrivée vers la sortie du village, stop, demi-tour ! Une pancarte : gîte d’étape, dortoir. Tiens tiens et pourquoi pas ? J’allais m’engager dans l’allée, quand une voiture sort son museau. Une dame en sors, me dis qu’elle emmène sa fille au poney et reviens dans 10 minutes. Je n’ai qu’à m’installer sur la terrasse, là haut. Je pousse le vélo, ouf ! Ça grimpe dans les cailloux ! Et je l’attends. Des petits bassins en pierre se succèdent, reliés entre eux par de mini cascades. Charmant et rafraîchissant ! Un petit moulin à vent sonore fait de bambou produit le même son qu’un balafon. J’adore cet instrument. La maison, assez haute (3 étages), en pierre, est bâtie sur un rocher. Décidément ce lieu est plein de charme. La dame revient, m’installe dans le dortoir où un monsieur seul, randonneur à pied fait le compte rendu de sa journée sur un agenda électronique tandis que moi, c'est sur mon carnet et au crayon que je résume ma journée. Trois dames arriveront plus tard, randonneuses à pied aussi. Nous installons le vélo dans la chaufferie, le garage étant inondé par les débordements de la piscine située juste au dessus. Elle se trouve sur une terrasse encadrée de murs et de baie, à ciel ouvert. Une bonne douche et me voilà présentable.

Je pars faire quelques emplettes. Le pâté en croûte du boucher se révèlera être une pure merveille de goût : amandes grillées dessus, pistache, mousse de foie et morceaux de viande à l’intérieur. Un régal que je mangerai le lendemain midi et le soir. Dans une épicerie, des fruits.

Dans une petite boutique j’achète, faute d’appareil photo, une carte postale représentative de la région : le Gardon sur lequel passe un pont de pierre. En effet, sur tous les rus, ruisseaux et petites rivières, les ponts anciens et les passerelles nouvelles sont très nombreux. Passer de l’autre côté est très facile en de nombreux endroits. Dans une quatrième boutique c’est une petite boîte de bonbon au miel, à l’effigie du Mont Aigoual que j’achèterai. Je pense à Pauline et à sa gorge fragile. Je prends aussi une bouteille d’eau d’un litre et demie. Ce vélo n’a qu’un porte bidon et c’est juste, surtout quand je veux faire, en plus du thé ou de la soupe. Voilà, j’ai fini mes emplettes. Je m’installe avec le livre de Jean-Pierre Chabrol, mon crayon et mon petit carnet et je commande un vichy fraise.

Dans la « grande rue », trois voitures surprenantes de par leur couleur (jaune citron, rouge…) et leur forme : grosses voitures au grand coffre en bois, à l’arrière.

Puis je repars baguenauder dans les rues et les ruelles. Sur une porte, un plaque « Bancillon ». Le même nom que mon gendre. Une église réformée. Ce village en comporterait trois. Ici l’eau est bonne à boire partout, elle vient de l’Hérault. Même dans les maisons, c’est de l’eau de source.

Je repars vers le gîte. Les dames sont arrivées. L’hôtesse nous offre une bolée de cidre. Il faut dire qu’elle est bretonne et que cela ne fait que deux ans que son mari, ses enfants et elle ne sont installés ici. Elle nous conte l’histoire de cette maison, une magnanerie. C’était la maison d’un des hommes les plus importants de la région puisque c’est lui qui allait en Chine chercher les œufs. Ils étaient si précieux qu’ils valaient de l’or. Pour les faire éclore, il leur fallait une certaine température. Celle du corps humain leur convenant tout à fait, c’est dans le soutien-gorge de ces dames qu’ils trouvaient refuge ! Quelle sensation cela leur faisait-il, à ces dames, quand ils commençaient à éclore ? Brrr !

Youna, sa fille, qui ne craint pas l’eau froide (pompée dans la rivière !) a fait trempette dans la piscine. Une grande sœur dormira ce soir sur le versant d’en face, sous la trente, chez une copine. Leur fils d’un an est parti pour 15 jours avec son mari. Youna, après sa baignade vient me faire la conversation. Elle m’explique qu’avec sa classe elle a tourné un film dont ils ont écrit le scénario. Elle me chante même la chanson qu’ils ont inventée pour l’occasion. Une histoire de parents qui sont partis, laissant seuls leurs enfants. Qui, enfant, n’en a jamais rêvé ?

L’accueil est sympa, dans ce gîte d’étape. Il faudra que je donne l’adresse à mes collègues de vélo qui font l’Aigoual en juillet ! Je peux faire cuire mon boulgour dans la casserole et sur la cuisinière du gîte. Tout ne rentre pas dans ma boîte ? Le reste finira dans la salade que nous mangerons ce soir ! Et quel repas ! Pantagruélique ! Salade composée, steaks cévenols (viande d’agneau, ail et persil) réalisés par ce même boucher où j’ai acheté mon pâté, riz et légumes, encore de la salade verte servie avec le fromage et pour finir une charlotte aux pêches nappée de chocolat ! Mmmmhhh ! Après, le sommeil est venu tout seul.

Le lendemain, je me fais mon petit déjeuner, tout comme le monsieur. Au moment de partir ! Bon sang ! La pluie ! De grosses gouttes s’écrasent au sol. L’hôtesse m’autorise gentiment à rentrer mon vélo dans la salle commune afin que je finisse de charger mon vélo. J’ai failli oublier de payer. Et combien dois-je payer pour ce repas et cette nuit ? Seulement 26€ !

Bon, quand faut y aller, faut y aller ! Dur dur ! Et puis un peu plus loin je m’arrête car il pleut vraiment ! J’allume mes lumières. Et vaillamment je repars. Un lapin courre à travers champs, tout près de moi. La pluie se fera ensuite moins drue. J’en prends mon parti. Finalement, et s’il avait fait un soleil de plomb, la montée vers l’Aigoual n’aurait-elle pas été plus pénible ? La montée se fait bien, lentement et régulièrement. Je ne sais même pas à quelle allure je roule. Je pensais avoir réussis à étalonner mon compteur, mais je ne pense pas rouler à 3 ou 4 à l’heure, non, un peu plus tout de même ! Je l’avais acheté afin de me rendre compte de ma progression. Et comme il ne fonctionne pas, je m’en fais une raison. Après tout, j’avance, et c’est l’essentiel !

L’Aigoual, le château d’eau des Cévennes ! De l’eau partout. Qui coule au sol. Rivière, ru et ruisseau ; qui tombe du ciel ; qui coule sous terre, des sources.

Tiens ! Un panneau à droite. Une pause. Voici celui à qui ce singulier monument rend hommage : « Hommage et reconnaissance à Georges Fabre, forestier. Ces montagnes de l’Aigoual jadis perdues, isolée et dégradées par les torrents ont été sauvées, ouvertes et restaurées par des travaux de reboisement dus à l’initiative tenace du forestier Georges Fabre et par l’œuvre patiente de ses dévoués collaborateurs. 1875-1908. Les languedociens reconnaissants ont élevé en son souvenir. 1909 ». Celui qui a écrit cet hommage n’était en tout cas pas avare d’adjectifs ! Et je repars.

Veut-elle se suicider et rejoindre dans la mort sa compagne, cette salamandre jaune et noire, affalée sur la chaussée luisante ? ou bien est-elle déjà moribonde ? Que nenni ! une petite pichenette sur le côté. Ses flancs battent régulièrement. Elle est vivante. Mais pourquoi ne se sauve t-elle pas ? Je la saisi entre deux doigts. Elle est bien grassouillette, contrairement au maigrelet lézard ! Et je poursuis ma route. Bigre ! En voilà une autre qui veut mourir. N’est-elle pas déjà morte ? Sa queue est sanguinolente ! mais non, elle respire. Même punition, je la jette elle aussi dans le fossé, loin des pneus des voitures.

Et des voitures, il en passera, et des belles, des vieilles voitures coupées sport. Antoine aurait été content de les voir !

Mon guidon, parfois s’agite et je zigzague. Et je repense aux paroles d’Elsa. Et, seule, je parle à mon vélo. Je lui dit : « Non, pas dans le fossé, Elsa elle a dit pas dans le fossé ! » et je me marre. En bas, tout en bas coule l’Hérault. Je ne verrais pas la cascade de l’Hérault.

J’arrive, trempée, à l’Espérou, hameau avant l’Aigoual. J’ai mis environ trois heures. Y a-t-il une salle hors sac ? « Non, me dit un homme que j’interroge. Mais allez au bar, là, à droite, ils vous prendront peut-être, si vous consommez ». J’entre, le couperet tombe : il n’en est pas question. Sympa, le mec, je lui ferait pas de la pub !

Un peu plus loin, un bar-hôtel-restaurant « Le parc ». Me feront-ils le même accueil ? Les chambres sont en encorbellement sur toute la longueur de la façade, formant un abri. J’entre dans le bâtiment en demandant l’autorisation de m’y installer, le temps de manger. Je ne leur précise pas que je ferai fonctionner mon réchaud pour une soupe et une tisane revigorante. Des cycliste sortent du bar et me rassurent : le patron et la patronne sont des cyclistes confirmés. Ils sont même champions et organisateurs d’une course sur l’Aigoual. Les cyclos sont partis.

La pluie s’est arrêtée. Je me change et mets du sec. J’étends tout mon petit fourbi un peu partout, là où je peux : sur une remorque, une chaise du jardin que j’ai emprunté, un vieux guéridon. Je pars à l’épicerie me ravitailler. Je crains que demain, jour de Pentecôte, les magasins ne soient fermés. Je pense à Roland et achète le fameux fromage, la spécialité du coin : le pélardon. La clim marche à fond (« pour chasser les mouches »). Il fait plus froid que dehors. Je ressors, gelée et repars me restaurer, sous mon abri.

Je suis bien embêtée ! J’ai perdu mon couteau suisse ! Je mange, j’ai quand même un peu froid. La propriétaire sort. Je la remercie et lui demande l’autorisation de remplir ma bouteille d’eau. Elle acquiesce. J’en profite pour utiliser les toilettes. Je n’ai même pas bu un coup chez elle. Je la recroise et lui demande si je peux lui donner quelque chose pour la remercier. Elle refuse. A mon retour, en lisant le guide de la FFCT, je constaterai qu’ils y sont répertoriés. Le Cagnel. Régis Prunier.

Le soleil revient, parfois de grands bancs de brouillard passent, masquant le paysage, puis se disloquent, découvrant à nouveau les maisons d’en face.

Restaurée, pas trop réchauffée, je réinstalle tout mon barda et je repars. Une heure et quart de pause. Ça monte encore un peu, puis arrive un col, le col de la Serreyèdes à 1299m d’altitude. Ensuite cela ne monte presque plus. Le long de la route, de drôles de fleurs, aux feuilles lancéolées et aux pétales jaunes rosse orangés retombant. Elles ressemblent à de toutes petites tulipes fermée. Le brouillard alterne avec soleil. Par prudence, je garde mes lumières allumées.

Le mont Aigoual en vue ! La pente se fait plus dure sous mes pédales. Au loin des névés, restes de l’hiver. Une famille marche sur la route. Je roule très lentement, mais plus vite qu’eux. Je leur fais remarquer. Arrivée à la station météo, le père m’interpelle : on vous a doublé ! Ils ont coupé à travers la prairie ! J’ai mis une heure de l’Espérou, soit quatre heures pour 29 km de montée, soit 5km/h.

Je descends de vélo. Le pose. Et pars… direction les toilettes ! Toute cette soupe et ces tisanes… ! Le musée de l’observatoire vient d’ouvrir. Je regarde un peu puis j’achète une carte représentant le mont avec l’observatoire et, tout autour, la flore de l’Aigoual. Que ne vois-je pas ?! Ma tulipe appelée justement « tulipe de l’Aigoual » ! Du mont Aigoual jusqu’au village suivant la route suit la Jonte.

Je m’équipe pour ne pas avoir froid dans la descente. Je traverse le joli hameau de Cabrillac par une ruelle, je la prends en sens interdit.

La route continue à descendre puis peu à peu monte, monte, de plus en plus raide Ouf ! Je préférais monter l’Aigoual sous la pluie. C’est qu’il cogne dur, le soleil ! Le bonnet, le foulard, les guêtres me tiennent décidément trop chaud ! La route est étroite, aucun arbre pour faire de l’ombre. Et ça va monter encore longtemps ? Et voilà le col ! Col de Salidès, 1014m. Et il est même pas sur ma carte ! Arrivée en bas je retrouve la 907, celle qui va jusqu’à Saint-André-de-Valborgne. Un peu plus loin, je m’arrête au camping des gorges de Capou. Il est situé sur la commune de Saint André de Valborgne. Il est à peine seize heures trente. J’aurais bien roulé un peu plus mais sur la carte, je ne vois pas de camping qui me permettrait d’avance encore un peu. Aujourd’hui je n’ai fait que 61 km.

Le camping est familial. L’orage gronde. Philippe, le patron me propose alors un auvent de caravane, qu’il n’utilise pas. Je peux même rentrer mon vélo à l’abri. Pratique et surtout très sympa de sa part ! Je dispose d’une table et de nombreuses chaises. Elles me permettent de m’étaler et de ranger mes petites affaires ! Une bonne douche et me voilà fraîche et dispose. Tout à coup la pluie tombe drue ! Pas grave, je suis à l’abri.

Il est tôt mais j’ai déjà bien faim. Ah ! J’ai retrouvé mon couteau au fond de ma sacoche ! Ouf ! J’en suis fort aise ! Une soupe, le pâté en croûte de Valleraugue, la moitié du pélardon, un bon morceau de pain d’épice aux noix, amandes, pignons et raisins secs. Le pain aux céréales de Grigny voyage très bien. Le pain d’épices que j’avais fait (plus de 500 grammes !) était prévu pour trois et je n’en ai pas mangé hier ! Je me régale : miel, anis, cannelle, amandes, noisettes, pignons, canneberge et raisins secs.

Mon repas est fini, la pluie a cessé de tomber. Il n’est pas encore six heures. Je pars à la découverte du camping. Je rencontre alors un petit couple, bien sympathique. Le mec, jeune est bien mignon ! Philippe leur a aussi autorisé à s’installer sous un auvent. Ils ont monté la tente. Le jeune homme m’explique où l’on peut traverser le Gardon à gué. De là, on peut accéder aux gorges qui ont donné son nom au camping.

Quand il était enfant, vers dix heures du soir, avec ses parents, ses copains et leurs parents, ils allaient observer les castors dans ces gorges. Les castors sont toujours là, cependant ils sont très méfiants et on ne les voie plus comme avant. Philippe, le propriétaire trouve quelques traces mais surtout hors période quand tout le monde est parti. Je traverse donc à gué, laissant mes chaussures sur la rive. Mal m’en a pris. Sur le chemin, sur l’autre rive, tapis dans l’ombre, m’attendais un truc immonde sur lequel j’ai marché. Beurk ! Heureusement que la pluie était tombée et que l’herbe et la mousse, généreuses étaient mouillées. Quelques flaques restantes dans le creux des rochers finissent de nettoyer mon pied souillé.

Les gorges sont très belles, sauvages. De la bruyère pousse sur les rochers. Une petite maison, un ancien moulin, habité par une institutrice à la retraite. Elle ne vient que l'été. Elle a bien de la chance ! Le bruit que j’entends, des basses, sourdes, est semblable aux musiques que l’on entend et qui s’échappent des voitures de certains jeunes. C’est le bruit des cascades de Capou. J’ai poursuivi un peu plus loin, vers le canal d’irrigation. Mince, nous ne sommes pas au milieu de nulle part ! La route, un peu plus haut, surplombe la rivière ! Un conducteur me voit, klaxonne.

Après l’orage, le soleil. Les rochers, le soleil, c’est tentant. Je quitte tout, ne garde que ma culotte. Loin de la route et de la maison. Cela fait du bien. Le bas du pantalon sèche, sur les rochers, tièdes.

Rhabillée, je retraverse à gué. Tous ces beaux cailloux ! Trop lourds. Dommage, Antoine aurait été content. Des blancs, du quartz ; des plats et brillants, de l’ardoise.

Je finis par aller me coucher, sur le plancher de mon abri. Je dormirais mal car j’ai fait l’erreur de sortir la tente de son sac. Je me suis enveloppée dedans. Avec ma transpiration, j’ai fabriqué de la condensation et donc de l’humidité. Me manquait aussi un petit oreiller. J’ai donc eu un peu froid et je n’arrivais pas à trouver la bonne position. A 5h30 j’étais réveillée. J’ai attendu un peu et je me suis levée à 6h30. Une fois le petit déjeuner pris, tout mon barda remis en place, je pars à 8 heures.

Et en route pour de nouvelles aventures !

Je reprends la route D907 pour un petit bout. J’attaque ensuite la montée en direction de Saint-Roman-de-Tousque. Rude montée ! Je suis alors à 650m d’altitude. Mon but est de trouver la route pour rejoindre la commune de Saint-Etienne-Vallée-Française. Mais je ne trouve pas la route, alors je continue sur une route magnifique, large, au revêtement agréable en direction de Saint-Jean-du-Gard. Je franchis alors différents cols. Le Col de l’exil à 704m, puis le Col Saint-Pierre à 596m. (mais le second est plus bas que le premier, donc assez facile ; un peu comme Maleval puis la Luère).

Arrêt et hommage devant le monument dédié aux maquisards du groupe Bir Hakeim composé de français et d’étrangers, espagnols et allemands antifascistes compris. La descente sur cette chaussée très roulante est un vrai plaisir !

Je me retrouve alors une seconde fois à Saint-Jean-du-Gard. Mon but est toujours d’aller à Saint-Etienne-Vallée-Française, le val francesque. Je bifurque à droite et je prends une toute petite route, très jolie, mais alors qu’est ce qu’elle grimpe ! c’est pas dieu possible, bon sang de bois ! Un hameau, très joli. Si c’est comme ça tout le long, je ne vais pas m’amuser ! Je serre les dents et j’appuie. Heureusement que Bernadette n’est pas là, on aurait fait demi-tour. Et elle aurait eu raison, en plus ! D’autant plus raison que merde et crotte ! J’ai pris beaucoup de temps pour rien, oh non ! une impasse ! la route s’arrête sur un camping ! J’en aurai jeté mon vélo dans le Gardon tant je suis énervé ! Je reprends la route en sens inverse. Après une descente bien raide qui m’oblige à freiner sévèrement, la route remonte, tout aussi raide avant de rejoindre la route principale.

Finalement, je ne trouverai pas la petite route pour aller dans à Saint-Etienne-Vallée-Française et continuerai sur la route principale, la D983. La route est belle, et le petit bout de la précédente a été si rude que, finalement, celle là est tout à fait correcte. Au cours de mon périple je croiserai d’autres cyclo randonneurs, dont deux sur cette route.

Après ce village, la route se poursuit jusqu’à Saint-Germain-de-Calberte. Et ça se corse ! La route est raide. Heureusement que je passe souvent à l’ombre des forêts et que souffle un petit air vivifiant. Je m’arrête dans ce village à la recherche d’eau. Mon bidon est vide et dans ma bouteille n’est pleine qu’à la moitié. Le cimetière est en haut, non, je n’irai pas. Une gendarmerie, des enfants jouent dehors, à l’ombre d’un grand cerisier. Je m’arrête et demande. Pendant ce temps un petit chien se goberge de cerises tombées au sol. Je discute avec une épouse de gendarme. Elle ne connaît pas la région, ne s’y attache pas, les mutations sont trop fréquentes. Ancienne gendarmette elle-même, elle est néo-calédonienne d’origine. Ah oui, je me disais bien, la couleur de sa peau ne vient pas du soleil printanier cévenol !

C’est en contrebas de cette route que je descendrai, à pied, un petit chemin de cailloux, assez raide, pour rejoindre le Gardon et pique-niquer. Sur une plage de galet, à l’abri du soleil derrière un bosquet, je me change, me met en maillot de bain. Mais l’eau ne m’arrive qu’à la cheville, je ne ferai donc qu’une petite trempette. Je remplis ma casserole avec l’eau de la rivière. Je la ferai bouillir longuement. Soupe, tomate, pélardon, thon à l’huile avec le reste de boulgour cuit au gîte deux jours avant ; c’est encore bon ! Abricots bien mûrs ; Tisane, pain d’épices. Je m’amuse du manège des fourmis, chargées des miettes de mon repas. Elles en font tout un festin.

Tout à coup, pfffrrrtt ! J’entends des battements d’ailes. Deux aigrettes blanches se posent à 20 mètres de moi. Elles sont très grosses. Si grosses que je les prises dans un premier temps pour des cygnes. Elles ne m’ont pas vue et pêchent tranquillement. Foutu appareil photo sans batterie ! L’une d’elle a un poisson dans le bec et le gobe. Un coup de vent leur ramène mon odeur. Elles partent en vol légers et leur virage s’amorce juste au dessus de ma tête. Instants magiques.

Ma route s’achève, j’ai bien mangé, il n’y a plus de place dans mon estomac. Mes boîtes sont vides. Plus légères seront mes sacoches. Eh non ! Je ramasse de petits cailloux bien brillants dans l’eau et je remplis ma boîte. Antoine sera content !

A regret, je remballe tout mon matériel et je repars, poussant le vélo dans la côte à cailloux (nom d’une rue de Givors) et je rejoins la route principale. Sur mon chemin, un nom de hameau, sonne, très fort : « La révolte » ! Plus loin, « La calvinerie ». Les protestants ont laissé une forte empreinte, ici.

La route monte, très fort. Après Saint-germain, c’est une petite route elle aussi bien pentue, et un joli château, que je ne visiterai pas car beaucoup de kilomètres m’attendent avant d’arriver à Alès ! Mon prochain but est de rejoindre le Collet-de-Dèze dont parle sans cesse Jean-Pierre Chabrol, puis Alès par la nationale 106, même si ce n’est pas une route tranquille. Et je m’inquiète de l’heure à laquelle je vais retrouver ma voiture !!

Ensuite la route monte monte et n’en finie plus de monter. Les cols se succèdent :

Col de Prentigarde ou Col de Serre de Pradel : 785m, la route descend un peu, remonte et enfin le Col de Pendedis : 666m. Je suis très fatiguée. Je me suis arrêtée bien souvent, surtout vers la fin. Heureusement, le paysage est magnifique, le soleil est là, mais un petit vent frais tente de me rafraîchir, en vain !

J’arrive au Collet de Dèze. Mais alors, quelle déception ! Un village moche, après tous ceux que j’ai traversé, si beaux. La nationale au milieu qui défigure tout ! Jean Pierre, revient ! Ils ont cassé mon rêve !

La nationale est bien roulante, descendante, même. Quel plaisir, après cette montée qui n’en finissait pas ! Quelques toutes petites côtes, rien de bien méchant après tout ce que j’ai passé !

A quelques kilomètres d’Alès les pieds dans le Gardon, un héron cendré. Puis, un peu plus loin, un autre. Et puis, carrément dans Alès, entre le supermarché et les HLM, deux hérons ! Tranquilles.

Alès. Trouver la gare. J’ai laissé un parking désert et je m’inquiète de l’état dans lequel je vais retrouver ma voiture. Ah ! Là ! La foule des jours des grands départs à La Part-Dieu ! Tous les petits jeunes repartent vers leurs chères études. Ça va ça vient, que d’allées et venues. Quel changement après le calme et la nature ! Il est 19h et c’est aujourd’hui que j’ai fait le plus de kilomètres et de cols. 93 km en une journée !

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Journal de voyage à vélo

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Publié le 27 Mai 2014

L’an dernier, nous avions expérimenté, Bernadette et moi, le cyclo-camping en autonomie.

Une belle aventure, que nous étions prêtes à renouveler.

Nous avions décidé de faire un parcours en démarrant du Puy en Velay. Nous nous sommes fortement inspirées, pour ce faire, d’un site trouvé sur Internet en tapotant « randonnée à vélo en Haute Loire ».

Nous sommes donc parties le vendredi à vélo de chez nous, mais sereinement cette fois, mon vélo ayant été révisé, mon porte-bagage renforcé et mon harnachement bien fixé sur le sus-dit porte-bagage.

Nous avons rejoint la gare de Givors. Le train nous a emmené jusqu’à la gare de Saint- Etienne Châteaucreux. Là, point de passerelle ni d’ascenseur pour rejoindre le quai de notre correspondance. Contraintes donc de hisser sur l’escalator un vélo bien lourd, surtout à l’arrière nous voilà arrivée à la hauteur de la rue. Heureusement une jeune femme m’a aidée en soutenant le vélo par l’arrière tandis que je le maintenais difficultueusement à l’avant. Comme d’habitude, je me demande comment font les personnes en fauteuil roulant ou les parents, seuls, surchargés et avec un enfant en poussette.

Nous arrivons juste à temps. Un peu plus et nous rations le train pour notre destination, le Puy en Velay.

Dans le train, nous nous prenons mutuellement en photo. Elle avec son portable, moi avec mon appareil numérique. Elle passe un bon moment au téléphone pendant que son vélo se casse joyeusement la figure, aidé en cela par les trépidations du train. Nous passons dans des villages que nous reverrons par la suite, assises non plus sur des banquettes de train mais sur des selles de vélo. A propos de train et de siège, ce deuxième train est bien plus agréable que le premier, surtout pour les voyageurs assis entre deux compartiments. Les fenêtres sont bien plus larges et permettent une meilleure vision.

Nous côtoyons des marcheurs qui, l’an passé nous expliquent avoir "pèleriné" jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle (en quatre mois, ils sont retraités) ; et qui cette année suivent le chemin que Stevenson avait emprunté avec son âne.

Arrivées à notre destination finale nous satisfaisons un besoin naturel puis nous enfourchons nos montures, direction Vals-près-le-Puy, puis Dolaison, Saint- Christophe-sur-Dolaison, Les Baraques.

Petit arrêt photo à Solignac car un ami de mon conjoint porte ce nom. Le village de ses ancêtres ? Je suis en admiration par la nature prolixe ! Toutes ces fleurs, toutes ces couleurs, ce foisonnement de formes ! Il faut dire que l’eau n’a pas manqué ! Nous avons beau être en juillet, l’on pourrait se croire au printemps, tellement les fleurs sont nombreuses.

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Après Agizoux, nous faisons une pause pour descendre voir la cascade de la Baume. Elle est auréolée d’une jolie légende : « Une jeune châtelaine se promenant au bord de l’eau cru voir le diable se reflétant dans l’eau. Elle en est devenue folle. En fait, c’était le petit chevrier du village. Le seule remède dit-on à son père, était de l’eau froide sur la tête de sa fille. Le chevrier se proposa alors de la guérir. Il l’entraîna au bord de la cascade. Là, il lui fit croire que la sainte vierge se reflétait dans l’eau. Elle se pencha et il la tira par la main, et saute avec elle, dans le bassin, tout en bas. La main de la sainte vierge les retint dans leur chute, ils arrivèrent doucement dans l’eau. Elle fut guérit. Et ce fut la seule fois qu’un chevrier épousa une châtelaine ! »

Le Brignon.

Hier soir, je me suis lavée, une bonne douche. Mais ce matin, non. Et les mouches sont nombreuses à se presser autour de moi…ce qui fera dire à Bernadette (qui elle, prend deux douches par jour, même quand le matin, elle s’apprête à faire plus de quatre vingt kilomètres ce qui, pour moi, ruinent dix minutes passées à se laver avec du bon savon parfumé sur tout le corps) qu’il n’y a que moi qu’elles suivent, pas elle ! Et cela nous fait rire !

Bessarioux, Ussel. Dans ce village, une belle et très vieille église avec un clocher peigne (XIIè siècle). Nous en verrons d’autres, au clocher semblable. Une fontaine que j’ai prise en photo, avec, en arrière plan un puits grillagé. Là, nous continuons notre route. Mais ce village, Ussel, porte le même nom qu’une ville beaucoup plus importante, d’où une certaine confusion car nous ne nous repérons pas du tout sur la carte. Je me souviens d’un timbre représentant cette ville. Je l’ai eu, enfant, et je l’ai toujours dans ma collection. Après Ussel, nous avions en effet imaginé prendre direction Arlempde, puis Vielpierat, puis, par de toutes petites routes, arriver au lac d’Issarlès. Mais, sur la carte, cet autre Ussel nous a trompées ! Nous prenons cependant sur la droite, imaginant qu’un panneau indicateur nous remettrait dans le droit chemin. Hélas ! nous sommes obligées d’abdiquer et faisons demi-tour.

C’est à Goudet que nous pique-niquons au bord d’une rivière ; nous sommes nichées dans un buisson. J’ai chaud, je profite qu’aucun regard indiscret ne nous épie, j’enlève tout et je me glisse dans l’eau très peu profonde. Quel bonheur cette eau fraîche ! Bernadette sort les carottes râpées faites maison, le fromage, les saucissons briochés qu’une amie a gentiment confectionné. Quel régal ! Je sors le pain, acheté en route, dans une boulangerie où la patronne (l’employée ?) n’était pas très aimable… Nous lui avions pourtant pris du pain et des gâteaux ! Dans ce village passent de nombreux pèlerins en route pour Compostelle et, devant la boutique, un grand récipient accueille les cannes de ces marcheurs. D’ailleurs, ils sont là, et font connaissance tout en dégustant, eux aussi, une pâtisserie maison.

Après Goudet, nous repartons, cette pause rafraîchissante et reconstituante nous a donné du courage. Mais l’orage gronde au loin. Nous ne sommes pas prudentes, mais, que faire ? nous arrêter, attendre qu’il passe ? Renoncer donc à une partie de notre périple ? La route monte, nous n’avançons pas très vite. Eclairs, tonnerre, il se rapproche et nous avons peur. Pourtant, infatigablement, nous pédalons. Tout à coup, les nuages se vident, s’essorent sur nos têtes. Le bitume, chaud, renvoie toute cette eau en un jaillissement tiède qui inonde nos jambes, nos pieds. C’est même agréable. Il est 15 heures.

Salette, nous n’avons plus d’eau dans nos gourdes, il va falloir trouver à les remplir car la pluie n’empêche pas la soif ! Bernadette, avec sa magnifique cape jaune essaie de remplir son bidon au filet d’eau d’une fontaine. Mais, las, elle se remplit d’un liquide maronnasse peu engageant ! Ce qui est étonnant, c’est que cette fontaine est en partie couverte par une petite avancée avec, au fond, une boîte à lettres ! C’est celle du club de pétanque local !Le terrain est juste au bord de la route.

Il pleut toujours autant. Nous trouvons un village, Issarlès, où nous nous arrêtons. Un village et deux bistros. Nous choisissons le second. Les consommations ne sont vraiment pas chères ; quatre euros quatre-vingt pour trois sirops à l’eau gazeuse du coin, l’Arcens, et un verre de cette eau, sans sirop !

Les gars du pays, s’étonnent que nous n’ayons pas eu la grêle pourtant tombée ici en grande quantité. Nous leur demandons s’ils connaissent un camping, pas trop loin d’ici. A Sainte-Eulalie, il existe un camping municipal. Nous leur demandons l’annuaire, afin de vérifier qu’il est bien ouvert. Quand à la place, nous ne nous faisons pas trop de souci, notre minuscule tente trouvera toujours un emplacement ! L’un des messieurs me tend un annuaire de l’Ardèche. Bernadette s’aperçoit alors que nous avons changé de département ! Depuis quand ? Nous avons regardé la carte et nous nous sommes aperçues que nous venons à peine de franchir la « frontière ». Sympa, le monsieur, mais il nous a donné l’annuaire avec les pages blanches. J’aurai préféré les jaunes ! En fait, l’Ardèche est un petit « pays », et contrairement au département du Rhône où il y a deux bottins, il suffit ici de retourner l’annuaire pour avoir les pages jaunes de l’autre côté. Nous téléphonons au camping, il est ouvert et nous attend.

Avant de repartir nous faisons remplir nos bidons.

Bien hydratées, nous repartons en direction du Béage. Nous voyons effectivement des paquets de grêlons amassés tout au long des fossés.

Nous passons près de l’embranchement indiquant le lac d’Issarlès où nous pensions au départ bivouaquer. La difficulté, lorsque l’on crée ce genre de circuit, c’est qu’on le fait chez soi, au chaud, et qu’il est difficile de prévoir les difficultés, la météo, la fatigue. Alors on se dit, tiens, j’aimerai bien dormir au bord de ce lac. Mais nous n’y dormirons pas, c’est trop tôt, nous pouvons rouler encore. Puis nous cherchons la direction le Béage.

Nous arrivons au village de Sainte-Eulalie. C’est notre première étape. Aujourd’hui, nous avons fait quatre-vingt cinq kilomètres.

Le camping est tout petit. Nous pouvons mettre nos vélo à l’abri de la pluie : l’un sous l’avancée de toit de l’accueil, l’autre dans les sanitaires qui sont vastes. Nous déployons la tente, la fixons. Une bonne douche bien chaude. Nous pouvons nous installer dans les sanitaires pour faire sécher nos vêtements, mais aussi pour faire notre repas, entre deux éviers. La soupe est appréciée à sa juste valeur, et nous finissons le saucisson brioché. Une tisane bien chaude, et au duvet ! Il faut croire que nous avions besoin de tout ce liquide car ce n’est que vers le petit matin qu’un besoin pressant nous a réveillées. La tente goutte un peu à l’intérieur, c’est de ma faute car je me suis appuyée sur la toile en me recouchant.

Ce village a un joli nom, Sainte-Eulalie, il sonne bien. C’est le nom d’une martyre, du temps des combats entre catholiques et protestants, a eu les deux seins coupés ! C’est la charmante saisonnière du camping municipal qui nous a donné cette information.

Il fait beau, c’est le matin, nous mettons la tente à sécher sur la barrière de l’entrée. Un monsieur prédit qu’il y aura à nouveau, et très rapidement des orages. Le mari de Bernadette, nous en annonce même un pire qu’hier. Je n’en crois rien, je suis optimiste.

Samedi matin, beauté de la brume qui enveloppe la petite vallée avant l’embranchement de la route en direction du Mont-Gerbier-de-Jonc !

Nous voyons un hérisson écrasé. Puis, quelques kilomètres plus loin, un autre. Bernadette, théâtrale, en bonne raconteuse d’histoires, se fait une petite voix et délire sur les hérissons, mari et femme, morts tous deux sur la même route. Beaucoup plus loin, je verrais une minuscule hérisson, écrasé lui aussi. Mais elle, ne l’a pas vu. La suite de l’histoire, Bernadette !

Arrivées en haut du Mont-Gerbier-de-Jonc, nous avisons un cycliste. Il est arrivé par les Estables, là même où nous allons passer en redescendant. Nous lui demandons s’il peut nous photographier ensemble, devant le panneau indiquant ce sommet. Il prend une photo puis se propose d’en prendre une seconde où l’on nous verra mieux. J’appuie sur le zoom afin qu’il puisse s’éloigner un peu et avoir une vue d’ensemble. Ce n’est que le lendemain, en visionnant les vues que nous nous sommes aperçue… qu’il n’avait rien pris en photo ! A-t-il au moins appuyé sur le déclencheur ? ou a-t-il effacé ces photos ? Nous ne le saurons jamais !

Arrivées à la hauteur de la source de la Loire, nous nous arrêtons à nouveau. Je laisse Bernadette y descendre seule pendant que je garde nos montures. Je suis déjà descendue dans cette ferme lorsque j’ai fait l’Ardéchoise. Je confie mon appareil à ma coéquipière, lui laissant le soin de photographier la pancarte.

Un peu plus loin, en attendant Bernadette qui s’est longuement arrêtée pour parler avec son portable, j’ai photographié une drôle de construction en bois : un panneau vertical, stabilisé de part et d’autre par deux v renversés. De chaque côté de ce panneau constitué de planches assemblées entre elles, et toujours de part et d’autre du panneau vertical, des planches horizontales formant comme une tablette à hauteur d’homme. Ces constructions sont installées côté pré, le long du grillage qui suit la route. Elles sont au nombre de cinq ou six, pas plus, alors que le pré est très étendu. Qui me dira ce que c’est ?

Nous faisons halte aux Estables où l’an dernier j’avais dormi dans un centre de vacances, étape de l’Ardéchoise. Au petit supermarché nous achetons pain d’épice, tomates et pâtes. Nous sommes prévoyantes. Qui sait si, en route, nous trouverons une épicerie ? Nous nous souvenons de notre étape l’an dernier à Annonay, le ventre creux et les sacoches vides. Heureusement la solidarité avait joué le jeu entre campeurs. La fringale nous fait attaquer immédiatement le pain d’épice.

Puis nous nous rendons à la boulangerie où la foule est nombreuse. Pendant que Bernadette se met à la suite de la queue, j’observe et je photographie les doubles portes et doubles fenêtres en verre, protections indispensables contre les hivers vigoureux. Ici, c’est une modeste station de ski. Mon acolyte ressort avec du pain et deux gâteaux, création « maison » que le boulanger a appelée « moisson ». Excellents ! Des griottes sont au milieu, ils ressemblent, par leur aspect à des viennoiseries, caramélisés, miam, nous nous en léchons les babines.

Revigorées, nous repartons en direction de Moudeyres. Nous nous rendons compte que nous sommes revenues en Haute-Loire aux panneaux, sur la route, demandant aux automobilistes de garder leurs distances vis-à-vis des cylos. En réalité, en regardant la carte, on peut voir que c’est entre le Mont-Gerbier-de-Jonc et les Estables que nous avons quitté l’Ardèche.

Après Les Estables, je photographie une ferme ancienne de toute beauté ! Le toit de chaume, l’entrée encadrée par de drôles de murs en escaliers, magnifique ! Si nous étions arrivée par l’arrière, nous ne l’aurions même pas remarquée.

Moudeyres, Lausonne, Lantriac, Brive-en-Charensac. Revoilà la « civilisation » avec tous ces supermarchés ! Et nous revoilà au Puy-en-Velay ! Cheyrac.

Après t’avoir vu naître, petite Loire, nous suivons maintenant tes gorges (par la route touristique), et te suivrons encore bien longtemps avant de te quitter à Unieux. A la hauteur de Chaspinhac nous nous arrêtons dans l’intention de demander de l’eau pour laver nos tomates. Une dame entre chez elle et ressort … une bouteille d’eau minérale à la main ! Touchées par tant de gentillesse, nous ne pouvons que la remercier !

Le château de Lavoûte-Polignac nous attire, et, s’il faut monter la côte à pied, nous la monterons ! Nous sommes passée devant cette belle bâtisse, en train, le premier jour. Il se visite, mais ce n’est pas la bonne heure. Reçues froidement par madame (la baronne ? la comtesse ? la duchesse ? ou la… concierge ?) qui promène son chien : « Vous ne laisserez rien traîner !! » Sous entendu, c’est l’heure du repas, on a l’habitude des cyclistes de votre espèce ! Nous repartons car, vu d’ici il n’y a rien à voir. La photo nous la prendrons d’un peu plus bas. En contrebas, un autre château dont on n’aperçoit que les tours effilées.

Il fait toujours beau. Après être passées près d’une belle ferme fortifiée, nous décidons de nous arrêter pour casser la croûte. Nous voulions nous restaurer après la montée, car repartir sur une côte après manger, ce n’est pas très bon pour la digestion. En vain, la descente n’arrive pas ! Au bord de la route, de l’herbe, des arbres, nous avons faim, il faut manger, nos estomacs nous le disent.

Nous repartons, c’est difficile, ça monte et…voilà quelques gouttes. Bon, ce n’est pas méchant ! Mais l’eau tombe peu à peu un peu plus dru. Comme hier, à la même heure, ou presque, il est 15h30.

A Chamalières, je prends en photo une bien jolie maison, avec une tour.

Retournac, Beauzac.

Nous pensions faire étape à Aurec car un homme, à Cheyrac, nous avait indiqué un camping sympa. Il nous avait aussi dit que, jusqu’à cette ville, mis à part une bonne côte pour sortir de Cheyrac il n’y avait pas ou très peu de côtes. On l’a cru car il nous a dit qu’il faisait lui-même du vélo. Mais, avec la rétrospective, je pense qu’il devait faire du vélo… moteur ! Ou alors il est très bon dans les côtes ! !

Finalement, nous en avons assez et même plus qu’assez de rouler sous cette pluie diluvienne. Il pleut comme « vache qui pisse » ! Nous décidons de nous arrêter dès que nous trouverons un hôtel. Bas-en-Basset nous tend les bras. L’ « hôtel-restaurant de la Loire » est ouvert, bien que, au départ, difficile d’accès : une « piscine » s’est formée devant l’entrée. Nous la franchissons, de toute façon, mouillées pour mouillées… Il ne leur reste qu’une chambre. Nous remercions ces hôteliers, monsieur et madame Cottier. Ils ont bien voulu de deux cyclotes détrempées dans leur hôtel, Non sans avoir pris la précaution de nous avancer une chaise dans le vestibule où poser nos hardes dégoulinantes. La chambre nous convient, de toute façon nous n’avons pas le choix !

Les hôteliers nous ont demandé si nous prenions notre repas du soir dans leur restaurant. Nous déclinons, l’offre prétextant une grosse fatigue. Et pour le petit déjeuner ? Non, merci, nous le prendrons demain, en route. Ils ont fermé les yeux sur notre repas et notre petit déjeuner clandestins, abritées sous l’auvent de la petite terrasse. A notre demande, et bien que nous soyons en été, ils ont accepté de mettre en route le petit chauffage électrique de la salle de bain afin que nos vêtement puissent un peu sécher.

Nous avons apprécié notre prévoyance ! Nous avons soupé de pâtes et de pain d’épice. C’était excellent !

La pluie s’est calmée. Je laisse Bernadette à ses conversations téléphoniques et en profite pour visiter le parc, immense ! Un étang l’agrémente. A mon approche, les canards s’envolent. L’eau est proche : ruisseau, étang à l’extérieur du parc, sans compter toute celle qui est tombée du ciel. Dans l’herbe, cinquante escargots sur dix ou vingt mètres carrés (je les ai comptés) ! Un peu plus loin, des paons et des poules dans une volière. Et derrière, un immense potager. C’est sans doute là que le cuisinier se sert.

Aujourd’hui nous avons fait cent kilomètres.

Si demain il pleut, nous irons à Saint-Etienne, puis, de là, nous prenons le train ! Le vélo doit rester un plaisir, pas une torture !

Dimanche matin : le ciel est gris mais il ne pleut pas. Tout à coup je me souviens que, même s’il avait plu , nous n’aurions pas pu prendre le train à la gare de Saint-Etienne ! UN SMS de la SNCF reçu le 15 juillet m’avertissait de travaux et du remplacement des trains par des autocars. Quelle guigne !

Nous nous arrêtons à Aurec car à l’entrée du village est apposée une pancarte : « marché le dimanche ». Le charcutier ambulant est disert. Pendant que Bernadette achète pain et abricots, il m’informe qu’il fait tous ses produits lui-même. Les habitants d’Aurec, mais aussi de Lyon (il va deux fois par mois au marché de la Croix Rousse) ont, dit-il, bon goût et un meilleur pouvoir d’achat. Ils aiment ses charcuteries faites maison ; pas comme ces dames de la ville (laquelle, des noms ?) qui préfèrent les produits emballés sous vide des supermarchés.

Puis, en attendant Bernadette (en fait, elle aussi m’attend auprès des vélos mais je ne la verrais qu’après !) je joue les badaud auprès de deux jeunes ambassadrices de « SOS Loire vivante, European Rivers Network et Le Puy en Velay-la ville-» qui font la promotion pour les économies d’eau. Elles exposent, à qui veut bien les entendre des explications sur un aérateur adaptables sur le robinet. L’explication est laborieuse mais la démonstration lumineuse !

Nous repartons. Je vois un chat écrasé. Quel dommage, il avait une si jolie couleur ! Bernadette qui me rejoint me fait alors remarquer, une larme dans la voix : « Tu as vu, ce si joli renardeau, écrasé ? ». Ce n’était donc pas un chat ! il est vrai que je n’avais pas vu sa tête, tournée de l’autre côté.

A Unieux, au bord de la route, en miniature est reproduit le pont à côté duquel nous venons de passer.

Nous nous arrêtons à Roche-la-Molière. Arrêt technique. Je trouve un patron de bistrot qui accepte de laver notre kilo d’abricots. Puis nous repartons.

Beaucoup de difficultés pour trouver notre route à l’entrée de Saint-Étienne. Les routes sont réservées aux voitures et interdites aux vélos. Nous interceptons un cyclo qui file à vive allure. Il nous aide à trouver notre chemin dans le dédale de la ville. Nous en interrogerons un autre, par la suite.

Mon idée première était de rejoindre Grigny en passant par La Fouillouse, Saint-Héand, Fontanès, Grammond, Marcenod, Sainte-Catherine (je connais cette route, je la fais quand je me rend dans la Loire, chez mes beaux-parents).

Mais Bernadette renâcle. Alors nous passons par Sorbier, La Talaudière (ou je lui apprends qu’il y a une prison). Nous trouvons cette ville particulièrement bien fleurie ! La route arrive à Saint-Chamond et Bernadette apprécie beaucoup cet itinéraire qu’elle ne connaissait pas.

L’arrivée et la fin de notre périple sont proches. Nous avons faim et nous nous arrêtons sur un banc, au bord de la route, à Grand-croix. Et là, quelle n’est pas notre surprise de voir trois TER passer. Un dans un sens, les deux autres dans le sens inverse !

Lorette. Un peu plus loin je fais arrêter Bernadette à la gare de Rive-de-Gier, je veux en avoir le cœur net : demain, je peux ou je ne peux pas aller à Lyon en train ? Serais-je obligée de prendre le car, comme le SMS du 15 juillet me l’a indiqué ? Bon, les trains circulent normalement encore une semaines entière. Après, je suis en vacances !

Là, je fais découvrir à ma comparse, tout près de chez nous, les vestiges de l’ancien canal qui permettait l’acheminement du charbon de Rive de Gier à Givors au lieu dit de « la roche percée ».

Ce dernier jour il n’a pas plu et c’est sous le soleil que nous arrivons.

Deux cent soixante dix kilomètre au total, soit quatre vingt cinq le troisième jour.

Photo mystère : qui saura me dire ce que c'est ?

Photo mystère : qui saura me dire ce que c'est ?

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Journal de voyage à vélo

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Publié le 27 Mai 2014

Non, ce n’est pas une énumération à la Prévert mais une cyclo randonnée que Bernadette et moi avons fait les 11, 12 et 13 juillet 2007. Ma première vraie randonnée à vélo en toute autonomie !

Le rendez vous est à 8h du matin. Et nous avons faillit ne pas partir ! J'avais prit un VTT de seconde zone auquel j'avais tant bien que mal arrimé porte-bagages et sacoches. Si bien qu’arrivée chez Bernadette, vlan ! Le porte bagage bascule, entraîné par les lourdes sacoches ! On recommence, on s’y remet. Cette fois c’est le pédalier qui se bloque ! Et m…. ! Bernadette avait proposé son ancien VTT mais j'avais décliné son offre. Finalement, j'accepte. Je vais à la station service la plus proche demander à l’employé de m’aider à visser les boulons du porte-bagage. Enfin, grâce à cet ouvrier le départ a enfin lieu à 9h30.

Bernadette prévient : « Si mon téléphone sonne souvent, normal, c’est mon anniversaire aujourd’hui ! «

Et c’est parti ! L’itinéraire doit donc traverser cinq départements, encore faut-il arriver à s’éloigner de Grigny. Car, à peine arrivées à Vienne, nous nous se perdons dans sa banlieue. Quand nous nous s’arrêtons un peu plus loin pour pique niquer, nous n’avons que très peu de kilomètres dans les roues. Tout est prévu : la fontaine, pour le thé, le banc, pour s’asseoir, les toilettes et même de vastes bennes à ordures !

J'ai des problèmes pour passer mon grand plateau et, dans les descentes, je ne suis vraiment pas rapide, moi qui aime tant dévaler les pentes ! La pluie, intermittente tout au long de ce premier jour, pas très importante, ne nous gêne pas trop.

Lors d’un arrêt je sens mon pneu arrière légèrement dégonflé. J'ai l’impression que mes roues rebondissent comme un trampoline. La descente est longue, et, bien avant l’arrivée une impression bizarre de flottement, le pneu est complètement à plat ! Je commence à marcher à côté du vélo tout en faisant du stop. Saint-Marcellin semble bien loin ! Une auto s’arrête. Son chauffeur semble très compétent : il fait, lui aussi, du cyclo camping. Il regarde le vélo et propose de m'emmener avec mon vélo au centre ville. Appel à Bernadette pour la prévenir. Un petit coucou quand la voiture la double. Elle nous rejoint sur le parking du stade. Le monsieur n’arrive pas à réparer car soit mes chambres à air, soit la pompe ne sont pas au top. Il m'emmène donc, avec la roue, chez le vélociste le plus proche. Notre sauveur a tôt fait de réparer, par prudence, devant le magasin, au cas où… quelque chose cloche encore. Arrivés sur le parking du stade il remonte la roue sur son axe mais refuse, vexé, le peu d’argent que nous lui proposons pour boire un coup avec sa femme. Immatriculé 73, la voiture du couple poursuit sa route vers Grenoble, même pas affolé de l’heure passée à rendre service à deux pauvres cyclotes !

Le vélociste ayant indiqué un camping sympa, nous tombons un peu plus loin sur un homme à vélo qui nous propose de nous ouvrir la route, il nous fait emprunter une charmante petite route, nous traversons l’Isère, cela remonte un peu, et nous voilà arrivées ! Le camping se trouve au bord d’un étang, très propre, pompeusement appelé « lac », avec plage et bar de la plage. La tente est neuve, mon duvet aussi. Bernadette, experte, a tôt fait de planter le décor, heu, pardon, les piquets, et voilà, c’est fait ! Douche, soupe (2 bols chacune, restes de midi, tisanes, encore 2 bols chacune ! Ce n’est pas de trop, il faut bien se réhydrater ! ). Et petite promenade digestive (à pied, cette fois !) autour du lac.

Le lendemain matin, le petit déjeuner pris, la tente repliée, c’est le départ ! Le ciel est bleu, avec quelques petits nuages, ça et là. Un carrefour, nous hésitons, et demandons notre chemin à un natif du pays. Il nous dit qu’il ne faut pas passer à côté de Saint-Antoine-l’Abbaye sans s’y arrêter. Et c’est ce que nous faisons : nous posons pied à terre et visitons cette surprenante et énorme abbaye. Surprenante par sa taille dans un si petit village ! Elle est magnifique, avec ses vielles pierre et son passé si riche ! En passant dans un village nous nous arrêtons chez Monsieur le Boulanger.

Nous traversons Saint-Donat-sur-L'herbasse où la maman d’un ami a caché Louis Aragon et Elsa Triolet pendant la seconde guerre. Pour leur pique nique nous trouverons, comme au premier jour, une place avec fontaine (pour le traditionnel thé), des toilettes et de vastes containers à ordures, autrement dit, des poubelles !

A Tain nous traversons le Rhône, passons à Tournon et entamons la vallée du Doux. Calme plat. Puis la montée est rude mais belle. Fait chaud! Arrivées en haut, une pancarte : Saint-Félicien: 10 kilomètres. Tout en bas. J'aurais aimé voir ce village déserté par cette grande fête foraine qu’est l’Ardéchoise. Mais après la descente, demain il faudrait remonter ! Cela demande réflexion ! C’est dommage, les campings ne manquent pas sur cette route ! Nous prenons donc la direction Saint-Jeure-d’Ay. Après avoir passé un village et zieuté de tout côté afin de voir si une petite tente nous ferait pas un petit signe, mais non, rien à l’horizon … que nenni, nada, makach, rien ! Arrivées à un carrefour, je discute avec une automobiliste qui nous indique un camping, mais à 10 km, situé dans la mauvaise direction par rapport à l’itinéraire choisi. Bernadette a trouvé un autre automobiliste qui lui propose de le suivre, avec son vélo. Pas très pratique ! Mais bon ! Il propose de nous donner des bouteilles d’eau car nous avons idée de faire du camping sauvage, et, sans eau… Arrivées chez lui, comme une impression qu’il veut nous inviter, mais à quoi ? A manger, à dormir ? Plus, si affinité ? Avez-vous un jardin où planter la tente ? Non, mais vous ferez ce que vous voudrez, je m’en fou, je regarderais la télé ? AH !!!??? Bernadette et moi trouvons cet homme et sa proposition plutôt bizarre, nous quittons cet endroit.

Au village suivant, pas plus de camping que de beurre en broche. Nous roulons jusqu’à Annonay, dans cette ville c’est sûr, il y a un camping, Je l’affirme car un villageois me l'a dit ! A Annonay je demande une nouvelle fois où est le camping. Le camping est tout en haut d'une énorme montée à la sortie d’Annonay! Nous avons faim, nous sommes fatiguées. Les panneaux indiquent bien la bonne direction, mais rien sur la distance qui reste à parcourir. Et les pauvres cyclos, tout comme d’ailleurs les pauvres randonneurs à pieds, y avez-vous pensé ? Enfin l’herbe caressante nous attend. Nous demandons à l’employée du camping si cette dernière peut nous vendre un paquet de pâtes ! Un homme qui a entendu notre requête nous propose un énorme saladier rempli de pâtes cuites, de l’huile pour les faire réchauffer, des tomates et des yaourts ! Très sympa !

Le lendemain matin, après une bonne nuit réparatrice, nous rangeons tout notre barda et, une fois le camping payé, passons au supermarché du coin. J'achète du thon (encore ! mais c’est une source de protéine intéressante dans un petit format) et… un gâteau d’anniversaire ! En fait deux parts de tropézienne dans un emballage un peu rigide. (Le gâteau d’anniversaire a résisté, et, à midi, ce dessert a été bien apprécié. Ne manquaient que les bougies ! Tant pis si son anniversaire c'était hier.

Le voyage se poursuit par de jolies routes. Le ciel est d’un bleu sans faille. Nous rencontrons un cyclo qui nous donne l'indication de la meilleure route à suivre. Nous passons à Maclas, Saint-Julien-Molin-Molette. La fabrique artisanale de bonbons est fermée mais la boulangerie vend un pain si bon (aux raisins secs et aux noix) qu’il est bien entamé avant le repas.

Le pique-nique a lieu à Pélussin, dans le jardin des sons, un magnifique parc où de curieuses sculptures produisant des sons à l’aide du vent, de l’eau, ou l’entrechoquement de boules de bois avec lesquelles l’on peut jouer. Le reste de pâtes et le gâteau sont excellents. Un thé pour s’hydrater. Il est bien difficile de repartir !

Nous sommes pourtant presque arrivées.

Grigny est en vue, le voyage est fini. Pour moi c’était la première fois, je est prête à repartir pour un voyage plus long, avec un meilleur vélo et plus de temps pour visiter au gré des découvertes.

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Journal de voyage à vélo

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Publié le 27 Mai 2014

Nobuaki Takekawa, l'art en direct (en 2013 signes)

J'ai entrepris un voyage assez mystérieux, sur des terres inconnues, celles de l’Art Contemporain. A la fois proche puisqu’il se déroule « CHEZ MOI », à Grigny, et lointaines, puisqu’il va m’entraîner jusqu’au Japon, pays de Nobuaki Takekawa.

Nobuaki Takekawa, l'art en direct (en 2013 signes)

Ce voyage immobile est comme un voyage intérieur dans lequel j’emmène toute ma famille

Cet artiste vient créer une œuvre chez nous. Le plaisir et la curiosité de voir un artiste à l'œuvre. Découvrir le mystère de la création.

Dans la chambre, la valise ouverte dévoile son matériel: des lanternes de papier, des pinceaux, de la peinture. Premiers frissons, prémices de l'art.

Patiemment il explique la genèse de son projet. Un festival ancestral à Kyoto où des lanternes sont suspendues en ribambelles. Des chars richement décorés de tapisseries originaires des quatre coins du monde. Lyon, capitale de la soie, fil conducteur, est tout naturellement reliée à Kyoto. Voici donc le mystère en partie dévoilé.

La suite semble évidente. Une feuille duveteuse que mon fils lui a offert lors d'une promenade dans les vergers et mon chien Virus peints sur une lanterne. Voici l'artiste au travail. Son atelier? Une table posée dans mon jardin. Une autre lanterne et voici des matriochkas. L'histoire de notre famille sur chaque lanterne. Une statue rapportée d'un voyage en Inde, une autre originaire de Thaïlande. Une petite sorcière. La calligraphie maladroite d'un enfant venu à mon atelier d'écriture... Son univers et le notre s'entremêlent. Mon chat et les deux siens. La sculpture d'une loutre exposée au Japon entourée d'un concombre et d'une aubergine, son premier repas à la maison. Le cheval à bascule fabriqué par l'oncle et l'avion en bois, cassé, ramassé près de l'hôpital où ma mémé se mourrait.

L'histoire de l'art devient claire. Représenter le réel. Exprimer des sentiments. Expliquer l'inexplicable. Revendiquer ses idées. Tous les supports sont possibles. Grotte, vidéo, peau de bête, papier. Tout, même vingt lanternes en papier équipées de pile et de lampe.

Nobuaki Takekawa, l'art en direct (en 2013 signes)

Cet artiste vient créer une œuvre chez nous. Le plaisir et la curiosité de voir un artiste à l'œuvre. Découvrir le mystère de la création.

Dans la chambre, la valise ouverte dévoile son matériel: des lanternes de papier, des pinceaux, de la peinture. Premiers frissons, prémices de l'art.

Patiemment il explique la genèse de son projet. Un festival ancestral à Kyoto où des lanternes sont suspendues en ribambelles. Des chars richement décorés de tapisseries originaires des quatre coins du monde. Lyon, capitale de la soie, fil conducteur, est tout naturellement reliée à Kyoto. Voici donc le mystère en partie dévoilé.

La suite semble évidente. Une feuille duveteuse que mon fils lui a offert lors d'une promenade dans les vergers et mon chien Virus peints sur une lanterne. Voici l'artiste au travail.

Nobuaki Takekawa, l'art en direct (en 2013 signes)

Son atelier? Une table posée dans mon jardin. Une autre lanterne et voici des matriochkas. L'histoire de notre famille sur chaque lanterne. Une statue rapportée d'un voyage en Inde, une autre originaire de Thaïlande.

Nobuaki Takekawa, l'art en direct (en 2013 signes)

Une petite sorcière. La calligraphie maladroite d'un enfant venu à mon atelier d'écriture... Son univers et le notre s'entremêlent. Mon chat et les deux siens. La sculpture d'une loutre exposée au Japon entourée d'un concombre et d'une aubergine, son premier repas à la maison. Le cheval à bascule fabriqué par l'oncle et l'avion en bois, cassé, ramassé près de l'hôpital où ma mémé se mourrait.

L'histoire de l'art devient claire. Représenter le réel. Exprimer des sentiments. Expliquer l'inexplicable. Revendiquer ses idées. Tous les supports sont possibles. Grotte, vidéo, peau de bête, papier. Tout, même vingt lanternes en papier équipées de pile et de lampe.

Nobuaki Takekawa, l'art en direct (en 2013 signes)

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Biennale d'art contemporain

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Publié le 27 Mai 2014

SOUTERRAIN

Dans le SOUTERRAIN Humide et froid

la taupe du SOUTERRAIN Souveraine

rencontra le mur du SOUTERRAIN, Soupira puis creusa un trou dans

le trou du mur du SOUTERRAIN, Souleva des pierres

et des cailloux du SOUTERRAIN. Saoule de fatigue, elle se reposa

dans le SOUTERRAIN Sourde aux bruits du métro voisin

passant dans le SOUTERRAIN voisin.

___________________________________________________________________

Mes notes et les remarques des participants sur les œuvres

Roberto Jacoby, Argentine

400 billets de 5€/ Izieu. Spoliation des biens des juifs, argent volé. L'argent circule. Enfants regroupés, déportés, partis en fumée.

Eduardo Paolozzi, Angleterre

Botte militaire/ escargot pacifique. Lenteur de l'escargot/Cittaslow.

Violence contre des personnes innocentes. La violence des puissants contre les faibles

Tracy Rose, Afrique du Sud

Elle danse, peinte en rose. Elle fait pipi sur le mur érigé par le gouvernement israélien. Elle joue un l'hymne israélien à la guitare. (Hope = espérer). Elle est militante. C'est pas de l'art. Elle est provocante. C'est une forme d'art choquante. Apartheid. C'est courageux de sa part. Décoloniser la pensée

Pour chaque œuvre: je vois, j'imagine, je questionne

Roberto Jacoby, Argentine

Je vois une plaque de marbre noir avec un texte gravé en blanc (billet/Izieu/enfants).

J'imagine les billets circulant de main en main. Les enfants sont partis d'un lieu, pour arriver à Izieu, pour finir en fumée dans un camp de concentration.

Je questionne: pourquoi avoir associé enfants et billets ? Combien ont coûté les délires d'Hitler à la nation allemande ?

Eduardo Paolozzi, Angleterre

Je vois une Rangers militaire en métal sur laquelle rampe un escargot.

J'imagine la dichotomie entre la dureté du métal, le symbolisme de cette chaussure (militaire/guerre) et la mollesse, la vulnérabilité, le pacifisme, la fragilité du pauvre petit escargot.

Je questionne: pourquoi tant de haine ? A quelle guerre/conflit l'artiste a t-il pensé ?

Tracy Rose, Afrique du Sud

Je vois une femme torse nu à demi masqué par de la peinture rose uriner contre le mur de la honte qu'a érigé le par le gouvernement israélien pour enfermer les palestiniens, les privant ainsi de liberté

J'imagine les difficultés de cette artiste sud-africaine pour s'exprimer ainsi au nez et à la barbe des militaires israéliens.

Je questionne: a t-elle créé d'autres évènements ailleurs dans le monde, en Afrique du Sud, par exemple, au temps de l'Apartheid ?

_________________________________________________________

Plein soleil. J'ouvre la porte.

Pénètre dans le souterrain. Humide et sombre.

J'arrive dans un couloir. Entre dans la première pièce. Pénombre.

Marbre noir, écriture blanche. Qu'est-il donc écrit ?

De plus en plus petit. Et ma myopie...

Je m'approche. Liasse de billets

Sors de l'alcôve, traverse le couloir

Nouveau réduit obscur, illuminé par une femme, illuminée,

de rose revêtue appelée Rose

Oreilles remplies de sons discordants, CHOC !

Je quitte ce lieu, emportée par la fuite de cette musique désagréable

Cours jusqu'à la troisième cave

Pauvre escargot, cette chaussure va t'écraser...

Sauve-toi vite

profite de l'obscurité pour te cacher

Martine, Grigny le 22 juin 2013 au bord du Rhône

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Biennale d'art contemporain

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Publié le 27 Mai 2014

New-York, Brooklyn. Partie à la recherche de ma fille, étudiante aux Etats-Unis, je déambule dans les rues de cette mégapole.

Taxis jaunes et noirs en file discontinue parcourent les avenues rectilignes.

De temps à autre la sirène lancinante d’une voiture de police, déchire l’espace sonore.

La vapeur des bouches de métro (qui me dira l’origine de ce phénomène unique ?) s’envole vers le ciel, pollué.

Qu’est-ce ? Une estrade, blanche et dessus, une forme, noire. Chrysalide immobile et silencieuse au milieu de la foule bruyante. Un mouvement l’agite maintenant. Elle se redresse. Elle devient. Non. Ce n’est pas un papillon. Une femme en émerge, de noir vêtue. Le sablier blanc à ses côtés compte le temps qui nous sépare du soir. Indifférente à l’agitation humaine qui l’environne cette femme se recouvre à nouveau de ce bas géant comme une burqua.

Chapeau-Vie, tel est le nom que Marie-Ange se propose de donner à cette étrange colonne de nylon.

C’est décidé, je vais suivre les aventures de cette héroïne d’un nouveau genre, poil à gratter de notre société.

Jérusalem. Les œuvres tissent des liens entre elles à l’insu de leurs auteurs. Ici, ce n’est pas une Rose aux épines acérées qui hurle sa détestation du Mur mais un Ange descendu du ciel posé sur un toit. Nous voici à nouveau en Israël, à Jérusalem. Mimétisme entre la couleur de son choixpeau et les terrasses. Colonne de tissus, comme une seconde peau qui l’habille en la recouvrant entièrement.

Statufiée. Immobile sur son piédestal. Debout. Qui l’a sculptée ? Horreur ! Les yeux s’ouvrent. La statue s’assoit. S’immobilise à nouveau. Muséifiée.

Avion. Relier en gondole Israël et Venise. Y aller en bateau ? Trop long… Je prends l’avion pour me rendre à Venise. Qui vois-je ? Une apparition ? Suis-je poursuivie par un fantôme ? Ou poursuis-je Marie-Ange ? L’Ange-Marie a retrouvé le ciel. Fatiguée, elle est montée dans la caravelle.

Venise. Blanc ? Noir ? Faut-il choisir ? Statue érigée ou fœtus recroquevillé, faiseuse d’Ange, Marie présente, vivante, avance au fil de l’eau, posée, délicate, sur la gondole.

Œuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Biennale d'art contemporain

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Publié le 27 Mai 2014

Après l’œuvre de William Kentdrige où déambulent des mineurs casqués, lampes aux fronts, armés de pioches et de pelles, voici Martine Aballéa et sa ville fantôme, ancienne ville minière du Yukon, Canada.

Là, miracle. Nul besoin de creuser des galeries pour trouver des diamants ! Il suffisait de se baisser pour les ramasser et en remplir sa besace. Et tout ça parce que le bon docteur Stein, médecin ambulant s’est arrêté ici, dans cette ville. Appelé pour une consultation à caractère exceptionnel (il devait examiner toutes les femmes de la ville frappé d’une mystérieuse stérilité), il avait promis de les guérir. Pour ce faire il leur faisait ingérer une substance d’un vert étrange, légèrement visqueuse et fluorescente. Las, elles rejetèrent cette matière verte quelques heures plus tard, recouvrant peu à peu les rues de la ville en un flot continu et peu ragoûtant. Toute personne touchée par ce liquide disparaissait aussitôt, transformée en diamant le plus pur qu’il soit !

La ville est maintenant déserte. Les diamants ont tous été récoltés. La substance verte a séché statufiant les plantes et les chiens, les chats et les oiseaux. Silence de mort.

Œuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

(suite à une remarque de l'artiste, je précise que cet article est l'interprétation totalement libre et déjantée que j'ai rédigée et je m'excuse auprès de Martine Aballéa si j'ai pu la surprendre ou l'étonnée par ma façon de recevoir son oeuvre) 

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Biennale d'art contemporain

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Publié le 27 Mai 2014

Femme illuminée

Torse nu de rose peint elle se prénomme Rose. Femen avant l’heure. Rose bonbon mais pas rose Barbie.

Clown triste, elle pisse contre le mur de la honte érigé par le gouvernement israélien. Frontière artificielle entre deux peuples qui ne demanderaient rien d’autre, sans doute, que de devenir amis.

Choc. Les sons discordants qu’elle tire de sa guitare nous arrachent les oreilles. Volonté de nous surprendre pour attirer notre attention sur cette situation.

Œuvre exposée dans les souterrains de Grigny en 2013

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Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Biennale d'art contemporain

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