Le 8è

Publié le 1 Décembre 2021

Avec un cadavre exquis

Avec le temps, va, tout s'en va, les hommes vieillissent, les feuilles tombent, les enfants naissent, telle cette petite fille prénommée Clara. Elle est dans les bras de sa maman, elle tète, puis s'endort. 

Délicatement elle la pose dans son berceau. Clara, quittant la chaleur du sein maternel remue, se réveille en souriant, infiniment heureuse de son existence.

Elle n'est pas vêtue de rose, mais de bleu et de jaune, joli poussin dans son pyjama si doux. Ses yeux noirs fixent sa maman, miroir de son âme. Cheveux crêpus, noir aussi, tel le jais, elle ne lui ressemble en rien. Châtain, cheveux lisses et longs, elle a la peau claire, presque transparente.   

Le 8è

A Joséphine Baker

Chère Joséphine,

Si je t'écris, c'est que j'ai entendu parler de toi à la radio. Je suis une petite fille de dix ans. Et depuis cinq ans, maman est morte. Je suis dans cet orphelinat, avec beaucoup d'autres enfants. Le dortoir est gris, triste, les dames ne sont pas gentilles, surtout quand je fais pipi au lit, ce n'est pas ma faute, quand même ! 

Je t'écris parce qu'en passant devant ton affiche, j'ai découvert que, comme moi, tu es noire. Maman était jolie avec sa peau blanche et douce. Mon papa à moi aussi est noir mais je ne l'ai pas connu parce qu'à la fin de la guerre il est reparti au Sénégal. 

Et me voilà seule noire, ici. Les autres se moquent de moi et disent que je suis sale. Pourtant, je fais comme la Mère Supérieure dit, je me lave tous les jours et même derrière les oreilles, ce qui n'est pas le cas de toutes les petites filles !

Je sais aussi qu'on se moque de toi, des bananes que tu mets pour chanter et danser. Il y en a qui disent que tu aimes mieux les femmes que les hommes. Je m'en fiche, moi.  Tu es une femme bien, tu ne t'es pas laissée faire pendant la guerre contre les Allemands.

Alors, si tu voulais bien m'accepter dans ton château, viens me chercher. Je m'appelle Clara Bruno et j'habite à l'Orphelinat Sainte-Croix. 10 rue des Martyrs. 75015 Paris.

Merci à toi et à très bientôt.

Clara      

 

Le 8è

Avec des photos du 8è, écrire à ma manière des Georges Pérec dans La vie mode d'emploi. 

Rue Pierre Delore, professeur en hygiène thérapeutique, climatologie et gérontologue.

Une petite maison au toit en forme de dôme, brillant au soleil. Une porte aux six roues. Porte de cimetière. Rondeur de cette sphère métallique.

Rue Croix Barret

Un vieux café, fermé. Pas âme qui vive. La terrasse abandonnée. Nostalgie, un peu de tristesse. 

Rue Antoine Dumont, administrateur de la Coopérative l'Avenir.

Des entrées de maisons individuelles. Portes ouvertes ou fermées. Avec une cour ou un jardin ; ou bien ouvrant directement sur la rue. J'aime les portes, en voyage, il m'arrive souvent d'en photographier. Je les aime pour ce qu'elles cachent, disent de leurs occupants.

Le Petit Moulin à trous

Il était une fois, rue Croix Barret, un vieux café, appelé "Le Petit Moulin à trous". Là, chaque jour, l'on pouvait apercevoir Gustave, un gugus guilleret, mais sourd comme un pot ; et puis aussi Antoine, toujours une cigarette de chanvre au bec, qui chantait admirablement faux, spécialiste des chantiers de démolition ; ou encore Pierre, le patron de ce bistrot qui concoctait une excellente soupe qui vous ressucitait un macchabé enterré depuis belle lurette.

La petite-fille de Pierre arrivait chaque jour de l'école, son adorable sourire dévoilait ses deux quenottes manquantes. Son grand-père s'interrompait alors pour lui claquer une bise sur chaque joue et la fenotte s'installait pour faire ses devoirs, avec un bonbon mou dans la bouche. 

Maintenant ce café est fermé, pas âme qui vive, sur la terrasse, couverte de mousse et de feuilles jaunes. Il va être démoli, abattu, il n'a désormais plus aucun avenir. Un bâtiment de six étages va être construit sur son emplacement.

Six étages, douze appartements, 42 pièces, neuf salles de bain, 24 fenêtres, un hall d'immeuble, et 4 chiens, 8 chats et autant d'enfants, 1 cour, 3 bancs et 1 tilleul, 12 trousseaux de clés et autant de serrures + 1, celle de l'entrée du bâtiments, 13 boîtes à lettres + 1, celle du syndic, des gens tristes et d'autres gais, des actifs et des retraités, es ronds et des maigres, des qui achètent tous au supermarché et des qui font eux-même leur pain à la farine bio, des femmes fatales et des hommes falots, des ignares et des cultivés, des lecteurs et des amateurs de bon vin (et des qui pratiquent les 2. 

 

 

Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Ateliers d'écriture adultes

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