Fukushima mon amour

Publié le 27 Mai 2014

Fukushima mon amour,

Coup de foudre ? Non, mon amour pour toi, artiste hurluberlu est venu peu à peu, jour après jour, heure après heure et s’égrènent les secondes.

Je t’ai rencontré au musée. Je venais tous les jours. J’avais pris un abonnement pour toute la durée de l’exposition. C’était la fin de l’hiver et j’étais bien, ici, dans ce cocon douillet. Bien mieux qu’à déambuler dans la rue en attendant de reprendre mon travail, un sandwich à la main, mieux que dans le tohu-bohu du métro ou le charivari du supermarché.

Je m’asseyais devant une œuvre, toujours la même, ébahie par tant d’imagination. De toutes les toiles, sculptures ou installations plus oufs ou timbrées les unes que les autres, c’est devant cette œuvre que je me sentais le plus en harmonie. Ce n’était sans doute pas un hasard.

Tu venais chaque jour, silencieux devant la même œuvre. Nous étions assis côte à côte sur la même banquette. Je te voyais, comme moi, plongé dans la contemplation de ces sphères accrochées au plafond. Ce fut ainsi chaque jour pendant une semaine, en silence, sans un regard, comme en suspens.

Nous avons commencé à parler le lundi suivant ou le mardi, peu importe. Tu ne connaissais que quelques mots de français « merci, d’accord, ça va ». Tu me dis ton prénom. Tu n’étais pas d’ici. Tu venais de l’autre bout du monde. C’est ton prénom qui m’a intrigué. Pas très courant, le même que celui de… Je venais de comprendre que tu étais l’auteur de cette installation que j’admirais tant. Tu venais, anonyme, observer ton œuvre vivre dans ce décor, prêtant attention à l’effet que produisait ton œuvre sur les visiteurs. Je m’approchais alors du cartel. Nom, prénom, date et lieu de naissance, lieu de vie actuel.

Le printemps revenant je te proposais de t’emmener visiter les environs. A l’heure dite je te retrouvais sur la place. Nous partîmes visiter l’immense parc, bouffée d’oxygène dans cette ville sombre et polluée. Un soleil farouche nous réchauffa un peu. Tout à coup nos corps se rapprochèrent pour éviter les zigzags d’un jeune homme juché sur des rollers. Surprise. Regards. Nos mains s’étaient involontairement effleurées.

Au loin, un air d’accordéon nous attira. Une guinguette, quelques danseurs qui valsaient et cette musique qui ambiançait l’atmosphère. Tu m’enlaças et, comme par jeu me fis faire quelques tours de piste. Ivre, non du vin blanc que tu n’avais pas bu, mais de bonheur, tu rayonnais. Il était l’heure, nous dûmes nous séparer…

Tu avais vingt ans de moins que moi. Tu t’envolais le lendemain pour le pays du Soleil levant.

Rédigé par Martine Silberstein

Publié dans #Biennale d'art contemporain

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